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Comme l’an dernier, cette journée du vendredi au Forum s’apparente à un véritable marathon avec une programmation à faire se damner tous le indie boys & girls de la planète : Sufjan Stevens, Belle & Sebastian, The National, Deerhunter, Battles, Low, Shellac, Ariel Pink, Twin Shadow…et bien entendu le retour de Pulp ! Malheureusement, devant une telle orgie de concerts, il va falloir faire des choix.
La journée débute dans le magnifique écrin de l’Auditorium, situé à 2 pas du site du Forum, pour l’un des évènements annoncés de cette édition du Primavera Sound, la venue de Sufjan Stevens. Malheureusement l’organisation, décidément pas très inspirée cette année, a organisé une sorte de « tombola » payante pour acquérir l’un des précieux sésames donnant le droit d’assister à l’un des 2 shows de l’Américain qui fait se pâmer l’indiesphère. Difficile de faire la fine bouche après ça, compte-tenu du grand nombre de personnes à ne pas bénéficier d’un billet. Pourtant, les 2h que durent le set de Sufjan Stevens nous font passer par des émotions contradictoires, allant de l’excitation à l’émotion, en passant par l’ennui et la joie hallucinée sur un final haut en couleurs et en confettis. On aime, on déteste, on ne sait plus trop bien au final mais on ne louperait ça pour rien au monde s’il fallait y retourner demain.
Pour ceux qui n’avaient gagné (ou pas joué) à la tombola du sieur Sufjan, profiter du soleil en écoutant les enthousiasmants Avi Buffalo est un moindre mal. Le public est encore clairsemé et l’ambiance peine encore à décoller mais les Américains, s’appuyant sur leur toujours excellent premier album, nous préparent idéalement pour le reste de la soirée.
Difficile de rebondir après le gloubiboulga indie-folk de Sugjan Stevens, on décide de se poser au soleil devant le set de Tennis (ça ne s’invente pas). Leur pop 60’s nous fait à peu près le même effet en live que sur album : mignonne mais déjà oubliée une fois la dernière balle note jouée. Un petit tour s’impose sur la grande scène pour voir enfin M.Ward sans la délicieuse mais encombrante Zooey Deschanel. Ses folk songs passent en effet beaucoup mieux que celles de She & Him (le duo qu’il forme avec Mme Ben Gibbard), encore plus en live où elles sont interprétées de façon beaucoup plus rock. Il faut pourtant rapidement retraverser tout le site car les évènements s’enchainent à vitesse grand V.
Sur la scène Llevant c’est au tour de Matt Berninger et de The National de faire le show. Les Américains sont en grande forme et l’on assiste à l’un des tout meilleurs concerts de ce Primavera Sound avec, cerise sur le gâteau, la présence de Sufjan Stevens sur les choeurs de Afraid of Everyone et Terrible Love. Pas complètement remis de nos émotions on doit pourtant vite revenir sur terre pour se diriger vers la scène ATP et l’un des groupes que l’on a le plus envie de voir : Low. Malheureusement, nos amis Espagnols ont décidé que ce concert serait l’occasion de se raconter leur vie ô combien passionnante, quitte à couvrir de leurs voix la musique et le chant d’Alan Sparhawk et Mimi Parker. Malgré cela nous sommes subjugués par le slowcore des Américains, à l’image du superbe Especially Me tiré de leur dernier album, "C’mon", ou des titres nombreux de "The Great Destroyer". A revoir dans d’autres conditions plus propices.
Shellac, comme chaque année, régale la foule sur la scène ATP. C’est toujours surprenant de voir un groupe aussi peu connu, finalement, rassembler un public aussi nombreux et fervent. En tout cas, malgré une mise en scène volontairement minimaliste (les trois musiciens sur le même plan, batterie au centre, sous des projecteurs crus et sans aucun jeu de lumière), Steve Albini et sa bande délivrent une prestation de haut vol. C’est abrasif, agressif, ça regorge de ruptures rythmiques et de riffs de guitare hénaurmes : Shellac fait beaucoup de bien !
Retour sur la scène Llevant, copieusement garnie pour la venue de Deerhunter. Bradford Cox et sa bande entament les hostilités pied au plancher avec un Desire Lines saignant. Plus noisy que véritablement shoegaze, le set connaît logiquement son apogée sur un Nothing Ever Happened de gala ! Il faut une nouvelle fois abandonner le concert avant sa fin car de l’autre côté du site se prépare l’évènement pour lequel la grande majorité des festivaliers (dont nous faisons partie) s’est déplacée : le retour de Pulp.
Il est 01h45 du matin, on en est à notre 9ème heure de concert et pourtant on aimerait être ailleurs pour rien au monde. Les lettres P.U.L.P. s’éclairent tour à tour et la folie s’empare du public lorsque Jarvis Cocker & co entonnent Do You Remember The First Time ? Sûr qu’on s’en rappellera de cette première fois en ce qui nous concerne ! L’album "Different Class" est joué dans sa quasi intégralité, déchainant le public sur les tubes Disco 2000 et Common People. On est (agréablement) surpris de voir le groupe interpréter le superbe This is Harcore, pas forcément évident à placer dans une setlist de festival. Jarvis en fait des tonnes comme à son habitude, se met le public un peu plus dans la poche en parlant de l’actualité sociale houleuse en Espagne et des Indignados, il ne lui manque qu’un maillot du Barça sur le dos pour devenir citoyen d’honneur catalan !
Il est plus de 3h du matin, on chante Common People à tue-tête en se dirigeant vers l’avenue Diagonal et son défilé de taxis…
Crédit photos : Dani Canto (photos 1 et 2) ; Eric Pamies (photos 8 et 9) ; Toni Rosado (photos 3 à 7) ; Inma Varandela (photo 10)