"> Rock en Seine - Live Report - Indiepoprock

Rock en Seine


Le festival Rock en Seine fêtait cette année sa cinquième bougie, toujours dans le cadre bucolique du Parc de Saint-Cloud, mais avec une programmation désormais étalée sur trois jours. Bénéficiant de soutiens importants (notamment de la région Ile-de-France) qui lui ont permis une croissance fulgurante, le dernier né des festivals franciliens proposait une fois de […]

Le festival Rock en Seine fêtait cette année sa cinquième bougie, toujours dans le cadre bucolique du Parc de Saint-Cloud, mais avec une programmation désormais étalée sur trois jours. Bénéficiant de soutiens importants (notamment de la région Ile-de-France) qui lui ont permis une croissance fulgurante, le dernier né des festivals franciliens proposait une fois de plus une affiche de gala symbolisée par le brelan d’as : Björk, Arcade Fire et The Jesus & Mary Chain. Récit de ces trois jours de messe indé, les pieds dans la boue.

A l’arrivée des festivaliers en début d’après-midi, la pluie a déjà fait son triste travail, et son amie la boue sera présente sur le site tout le long de la journée. Passée cette contrariété, on s’installe devant la scène de la Cascade sur laquelle doit débuter le set du premier groupe, sobrement intitulé Rock ‘N Roll (photo 1). Programmé suite à une défection de dernière minute, le combo parisien livre une bien piètre prestation, prétentieuse et peu originale. Ces drones jouent de manière bien ennuyeuse quelques morceaux repompés des Libertines. Et ce n’est pas le danseur épisodique, habillé d’une robe de chambre rose, sorte de décalque de Bez des Happy Mondays mais la drogue en moins, qui viendra relever le niveau du groupe. Le Rock’n Roll est vraiment mort…
 
De nombreux spectateurs commencent à patienter pour le set de Dinosaur Jr (photos 2 et 3), un public plus âgé pour ces vétérans du rock dissonant. Le groupe démarre bruyamment avec son dernier single, Been There All The Time, et une chanson de Lou Barlow qui semble échappée d’un album de Sebadoh, Back To Your Heart. Pour autant, même si les envolés abrasives et hardcore font mouche, il faut attendre que Dinosaur Jr s’attaque à son vieux répertoire pour que le set décolle. Dès Litte Fury things, on commence à hocher de la tête avec un plaisir non dissimulé. C’est sur la reprise de Just Like Heaven, que tombent toutes nos réserves. Ces dinosaures n’ont pas pris une ride et leur formule n’a rien perdu de sa redoutable efficacité : un batteur (Murph) qui cogne très fort sur ses fûts, les riffs de basse bien sentis de Lou Barlow, et les solis distordus de Jay Mascis, caché derrière sa crinière argentée. Le passage de Dinosaur Jr s’achève sur une envolés noisy particulièrement réussie, et on repart avec un sourire aux lèvres, comme un enfant venant d’écouter un disque de Black Sabbath dans la discothèque de ses parents.
 
On avait été marqué par les premiers concerts de Mogwai (photos 4 et 5), lors desquels le groupe appliquait à la lettre le principe de la "douche écossaise", avec des morceaux construits entièrement sur l’alternance calme/bruit. Mais depuis quelques albums, Mogwai a su rendre ses compositions plus complexes. Aussi, ce set se fera plus ambiant et abrasif. Tout en progression, entre basse mélodique, clavier atmosphérique, et guitare distordue, la prestation de Mogwai est exemplaire. Les Ecossais font preuve, chose rare, d’une relative décontraction. Remerciant le public, le groupe parle plus entre les morceaux que pendant, et ce malgré le chant sous vocoder de Barry Burns. Un sans faute.

Suivent The Shins (photo 6), dont le dernier album, "Wincing The Night Away", est garni de pépites pop. Le groupe ouvre avec le magnifique Sleeping Lessons, dont l’introduction au clavier constitue une douce entrée en matière, avant que James Mercer et sa bande n’enchainent sur des titres pop. Parmi lesquels le très mélodique Phantom Limb, où le chant de Mercer, tout en second degré, trouve un état de grâce sur ce morceau dont la composition classique s’apparente à de l’orfèvrerie. Sur Turn On Me, The Shins lance même une introduction calquée du fameux Wall Of Sound spectorien, confirmant ainsi le classicisme pop de ce groupe majeur. Pour autant, on ressent une petite déception : si les morceaux sont magnifiques, la prestation ne décolle pas réellement. Le set des Shins reste malgré tout un bon moment.
 
Toujours sur la grande scène, on guette avec impatience le passage de The Hives (photos 7 et 8). Dès l’arrivée du groupe, le chanteur Pelle Almqvist harangue la foule dans un anglais à l’accent français, et nous sert tout au long des "oui oui" et autres "c’est bon", hurle "The Hiiiiiiiiiives", nous invite à danser et nous indique qu’on va se prendre une chanson punk-rock dans le derrière. Et le groupe d’enchaîner à la pelle autant de morceaux punk-garage ne dépassant pas les deux minutes, et dont on retient les ultra-efficaces Tick Tick Boom, et Walk Idiot Walk. Certes, les titres se ressemblent beaucoup, mais l’énergie de The Hives emporte tout sur son passage.

Le temps de traverser l’interminable pelouse du parc de Saint-Cloud, et voici les festivaliers les plus courageux devant le mix de 2 Many DJ’s (photo 9). En effet, s’aventurer à cette heure près de la scène de la Cascade, c’est se priver à coup sûr d’une place de choix pour le show si attendu de Arcade Fire. Malin, le duo belge gratifie son public méritant d’une relecture electro de… Rebellion (Lies). D’autres bastard songs suivent, parmi lesquelles un incandescent Lithium (Nirvana), dont le refrain repris en choeur par toute l’assistance a du résonner jusque dans la loge de Win Butler et Régine Chassagne.

Alors que les revenants Unkle s’apprêtent à livrer dans l’intimité un set electro-rock relativement anecdotique, on arrive sur la grande scène pour assister au concert d’Arcade Fire (photos 10 et 11). Il fait déjà nuit et c’est une floppée de lumières bleues que l’on voit apparaître un peu partout dans la foule. Las, la déception est de taille. Sur scène, Arcade Fire multiplie les morceaux intenses comme son excellent No Cars Go ou encore le désormais classique Neighborhood #2 (Laïka). La prestation est superbe, mais sur Haïti chanté par Régine Chassagne, on commence à sentir comme une certaine lassitude et avec Intervention et son orgue omniprésent, on finit par décrocher. Ce n’est pas la reprise de New Order, Age Of Consent, qui nous ramènera à bon port. Arcade Fire semble s’être pris les pieds dans son emphase, qui semble pourtant avoir permis au groupe d’obtenir de la part du public un blanc-seing contestable. Le set n’est pas totalement décevant, et s’achève certes avec quelques bons morceaux du superbe "Funeral", comme Neighborhood #1 (Tunnels) ou Wake Up. Dommage qu’Arcade Fire livre un prêche musical à son public, comme si ce dernier allait à l’église…

Lire le live-report du samedi 25 août (2/3)
Lire le live-report du dimanche 26 août (3/3)

>> Lire les autres live-reports de festivals 2007

Crédit Photos : Robert Gil
Par Thomas et…

Chroniqueur
  • Publication 329 vues24 août 2007
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