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Le beau temps toujours au rendez-vous, le public aussi, tout s’annonce bien pour cette dernière journée du festival parisien. Pourtant, quelques errements dans la programmation agacent quelque peu.
En effet si la volonté d’éclectisme ne peut qu’être saluée, on peut toutefois se demander ce que viennent faire à l’affiche des Kelis ou Mark Ronson. La première nommée est depuis quelques années vendue aux sirènes du tout venant estampillé MTV, le second est un producteur de gros son qui se complait à réarranger sans subtilité des morceaux déjà existants. Nous ne sommes donc plus là dans le débat de goût, mais plutôt dans celui de savoir si l’on veut inciter à la découverte, promouvoir la créativité, ou proposer du "prêt à écouter" sans intérêt. Enfin, était-il utile de programmer un concert trente minutes après le début de celui de Björk, apothéose annoncée du festival ? Ceci ne pouvait que créer un déséquilibre absurde de public et provoquer une contrariété de son entre les deux scènes.
Bref, c’est à 14h et en plein soleil que Bat for Lashes (photos 1 à 3) monte sur la scène de la Cascade. Evidemment, le décalage entre le contexte et la musique intimiste de Natasha Khan est énorme. Cette dernière demande d’ailleurs au public d’essayer d’imaginer qu’il fait nuit et que des créatures inquiétantes rôdent tout autour… Pourtant ce concert restera comme un des moments fort de la journée : voix envoûtante, présence et gestuelle atypique, arrangements subtils avec quatre musiciennes alternant percussions, violon ou piano. Réussir à conquérir un public dans de telles conditions est un véritable exploit !
Changement radical de style avec la musique décalée des parisiens de Housse de Racket (photo 4) sur la scène de l’Industrie. La musique en soi est presque anecdotique, on retient surtout une belle énergie et un second degré revendiqué qui font passer un moment de détente au public. Le coup de Trafalgar annoncé par certains n’a finalement pas lieu lors du set de Nelson (photo 5) sur cette même scène. Les Français ne sont pas encore la réponse hexagonale à Interpol et autres Editors mais ils sont sans doute les baby-rockers les plus dignes d’intêret.
Il faut ensuite patienter jusqu’à l’arrivée sur la grande scène des Kings of Leon (photos 6 et 7) pour retrouver de bonnes sensations de concert. Pas de fioritures, juste une banderole en fond de scène avec le nom du groupe, un jeu de scène réduit au strict minimum, mais une belle efficacité. Les Américains démarrent pied au plancher avec leurs morceaux les plus abrupts avant de glisser lentement vers des ambiances plus calmes, sans pour autant laisser retomber la tension installée. Quelques échanges avec le public, une vraie conviction dans le jeu : un concert qui remet les idées en place.
S’il y en a un qui s’y connait pour se mettre le public dans sa poche, c’est bien Just Jack (photo 8). Le jeune Anglais et son mélange de disco-rap ont mis des étoiles dans les yeux des festivaliers (au sens propre comme au figuré) et des ressorts sous leurs pieds. Assurément l’une des meilleures ambiances de ces trois jours. Sur la grande scène, c’est ensuite Faithless (photo 9) qui a pour mission de chauffer le public qui commence déjà, plus de deux heures à l’avance, à se placer stratégiquement pour la performance de la petite Islandaise. Bonne surprise, cette musique qu’on pensait réservée aux clubbers purs et durs se fait organique par moments, portée par un light-show efficace et une vraie présence sur scène. Du coup le public adhère et se trémousse avec bonne humeur.
Enfin, la nuit tombe sur Saint-Cloud, prête à accueillir sa reine. Entourée d’une belle section de cuivres et de Mark Bell aux machines, pieds nus et habillée d’une splendide robe argent, Björk (photos 10 à 12) ne déçoit pas l’attente. Virevoltante sur les morceaux les plus enlevés, elle capte l’attention, joue de sa voix comme une cantatrice, et surtout se permet d’offrir des versions entièrement réarrangées de ses chansons, qu’on ne peut pourtant pas classer à l’origine comme étant dans les plus simples en termes d’arrangements. On passe ainsi de l’intimisme et de l’émotion pure (Pagan poetry, Anchor song) à de purs moments de défoulement collectif (Pluto, Miss you). Le tout est servi par de beaux effets visuels (faisceau laser sur Army of me, toiles d’araignées qui jaillissent de ses mains sur Hunter). En rappel, Declare independence prend en live une dimension d’hymne fédérateur et n’est pas loin de déclencher l’hystérie collective. C’est sur cette communion totale avec le public que Björk quitte la scène et laisse repartir le public, tout sourire et heureux d’avoir pu faire le plein de belles images sonores et visuelles.
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Crédit Photos : Robert Gil
Par Christophe et…