"> Rock En Seine @domaine national de Saint-Cloud, 24/08/25 - Live Report - Indiepoprock

Rock En Seine @domaine national de Saint-Cloud, 24/08/25


Une journée sous un soleil radieux pour la fin du festival parisien.

Une fois encore, le festival Rock En Seine, rendez-vous emblématique de la fin de l’été, aura cristallisé une bonne partie des problématiques du moment liées à ce type d’évènement. Cette édition s’est étirée sur cinq jours, mais n’aura pas réussi à être rentable, malgré près de 150000 spectateurs et des prix du billet journalier loin d’être accessibles à toutes les bourses, ce qui pose évidemment la question du modèle économique des festivals musicaux dans leur ensemble. Cette édition n’aura pas non plus échappé à la polémique mais le festival s’en est fait une spécialité. Cette année, c’est la présence des Irlandais Kneecap, précisément en cette dernière journée du dimanche, virulents défenseurs de la cause palestinienne jusqu’à l’excès, qui aura déchaîné les passions.

Avant cela, en tout début d’après-midi, le festival nous aura aussi rappelé que Paris est la capitale de la mode avec la présence de la Belge Sylvie Kreusch, qui est aussi mannequin et réalise fréquemment les bandes-sons de défilés de grandes marques de la « fashion ». Vêtue d’une étonnante robe-cape pailletée, la chanteuse aura néanmoins réussi à démontrer qu’elle sait écrire des pop-songs et les interpréter. Dans un rôle aussi ingrat que démarrer une journée de festival, elle s’en sera sincèrement bien sortie, jouant de plus habilement avec le public.

Leonie Pernet avait elle le rôle non moins délicat d’ouvrir la session sur la grande scène. Son electro intimiste aurait pu être noyée dans un tel contexte, la chanteuse a en outre avoué ne pas être à son top vocal parce que trop stressée mais, accompagnée de deux comparses et de son frère sur un morceau, elle aura réussi à captiver le public présent et à imposer une véritable empreinte.

Les Anglais, que tout le monde prend pour des Américains, la faute à leur americana vaporeuse, de King Hannah, prenaient la suite sur la seconde scène et là encore l’exercice semblait périlleux mais la présence d’Hannah Merrick, vêtue d’une superbe robe rouge à volants, et de son comparse Craig Whittle à la guitare, aura encore une fois réussi à instiller une touche de magie au public en partie venu de prime abord par curiosité.

C’était plutôt l’inverse pour Sharon Van Etten, soutenue par son groupe The Attachment Theory qui, sur une scène un peu plus petite, pouvait pourtant compter sur un public clairement venu pour elle. Son dernier album, né d’une véritable alchimie entre elle son groupe précisément, avait remis l’Américaine au premier plan et cette complicité s’affiche très clairement sur scène. Le tout est solide, sans réelles surprises, mais convaincant par la seule qualité des morceaux et la cohésion qui se dégage du groupe. On aura aussi aimé entendre Serpents, rare titre plus ancien dans une setlist logiquement dominée par le dernier album, on aura aussi aimé le petit moment imprévu quand Sharon Van Etten voit une bretelle de sa robe lâcher et manquer de dévoiler sa poitrine, le tout rattrapé avec classe et sourires et le concours d’un roadie réactif qui lui tend une veste et lui évite une situation délicate.

Les Américains Wallows prenaient la suite sur la grande scène et contentaient sans difficultés les ados, à large dominante féminine, massés aux premiers rangs avec leur rock sans risques ni aspérités. Pas de quoi non plus leur tomber dessus, ils ne font que perpétuer une longue tradition.

Arrivait le moment « chaud » avec le concert de Kneecap. Au final, en dépit d’une sécurité aux aguets, de slogans militants et de saillies pro-palestiniennes, on aura surtout constaté que les opposants à la présence du groupe leur ont fait une belle publicité qui leur a assuré une audience certainement plus large qu’elle ne l’aurait été dans d’autres circonstances et on aura assisté à un concert carré, pêchu, mais plus festif que radical.

On restait ensuite du côté de l’Irlande avec le groupe que, à voir les t-shirts qui s’affichaient dans la foule tout au long de la journée, la majorité des gens présents voulait voir en priorité, à savoir Fontaines DC. Leur présence sur la grande scène avec une telle ferveur annonçait une forme de consécration pour la troupe menée par Grian Chatten, et elle a eu lieu. Sans fioritures, avec même une once de distance, les échanges avec le public étant réduits au minimum, les Irlandais ont livré une prestation impeccable, naviguant dans l’ensemble de leur discographie, alternant titres nerveux qui déclenchaient des pogos monstrueux, d’autres plus calmes. Ils n’ont en outre pas oublié de saluer leurs compatriotes Kneecap et laissaient s’afficher sur les écrans géants un message sans ambiguité sur la culpabilité d’Israel dans la tragédie de Gaza. Juste de quoi nourrir le débat sur la pertinence ou pas pour les musiciens de s’immiscer dans le (dés)ordre du monde.

On avait ensuite la sensation d’avoir vécu l’acmé de la journée et la prestation des vétérans de Queens Of The Stone Age en clôture apparaissait comme assez anecdotique. On avait d’ailleurs constaté qu’une partie du public avait quitté le site du festival avant le début de leur concert. Le festival se terminait donc tranquillement, sur une journée à laquelle on peut globalement attribuer une bonne note. Les interrogations sur la mouture du ou des festivals dans les prochaines années restent toutefois d’actualité.

Rédacteur en chef