"> Rock En Seine@domaine de St Cloud, 30/08/2026 - Live Report - Indiepoprock

Rock En Seine@domaine de St Cloud, 30/08/2026


La dernière journée de Rock en Seine 2026, sous le signe du groupe de Robert Smith...

Normalement, le principe d’un festival est d’offrir l’opportunité de voir différents artistes au cours de la même journée, nuance avec un concert dédié à un seul. Disons-le d’emblée, si cette dernière journée de Rock en Seine n’a, sur le principe, pas dérogé à la règle, l’empreinte de la tête d’affiche était tellement prégnante que jamais la sensation que tout ce qui venait avant n’était qu’une succession de premières parties n’aura été aussi importante. C’est donc avec dans un coin de la tête que, un peu avant 21 heures, The Cure prendraient possession de la grande scène que les festivaliers ont déambulé entre les différentes performances du jour. Ou pas puisque, évidemment, dès l’ouverture des portes, certains se sont précipités pour être sûrs d’être au premier rang et n’ont pas bougé de l’après-midi…

Bref, avant cela, on a essayé de s’intéresser à la performance de Dry Cleaning qui, cette année, après deux premiers albums bof bof, a enfin réussi à offrir de la consistance à sa formule chant parlé sur fond de guitares. Hélas, l’espoir que cette mue positive prenne de l’épaisseur sur scène a tourné court. Dès les premiers instants, tout sonnait bancal : les guitares et la batterie étaient beaucoup trop fortes et couvraient complètement la voix de Florence Shaw, et il n’y avait aucune chance que cela s’améliore au fil des morceaux puisque cette fameuse formule fait que son « parlé chanté » est toujours sur la même tonalité. Résultat, l’ennui s’est installé et on n’a pas insisté.

Sur la grande scène, Slowdive prenait le relais. Si on fait abstraction qu’ils jouaient en plein après-midi, ce qui évidemment a éclipsé leur jeu de lumières et leurs fonds de scène qui semblaient pourtant parfaitement étudiés pour accompagner leurs climats vaporeux et éthérés, les vétérans du shoegaze ont livré une bien belle partition. Une balance bien réglée, une ambiance planante et onirique tout le long, des performances vocales à la hauteur, avec mention spéciale à Rachel Goswell, les Anglais prouvaient déjà que le passage des années ne signifiait pas forcément ramollissement.

Il fallait ensuite traverser quasiment tout le site pour rejoindre la scène où se produisait Anna Von Hausswolff. Alors, on peut être fan de ses ambiances gothiques baroques ou au contraire pas du tout, mais la Suédoise aura quoi qu’il en soit scotché le public avec sa voix. Si elle est loin de se produire seule sur scène et que ses musiciens déploient une énergie certaine, chacune de ses interventions vocales, à la fois puissantes et pures, auront imposé une marque forte.

Il fallait toutefois prendre un peu d’avance pour retraverser tout le site afin d’espérer avoir une place acceptable devant la grande scène pour voir les New-yorkais d’Interpol. Un peu comme trop souvent, Paul Banks et consorts se seront montrés déceptifs. Au-delà des quelques titres issus de leur nouvel album sorti deux jours plus tôt, ils se setont essentiellement appuyés sur les morceaux les plus efficaces et fédérateurs de leur répertoire qui, en live, ont a priori tout pour bien claquer. Mais Paul Banks a donné la sensation d’avoir bien du mal à suivre vocalement, les accords de guitare et de basse restaient étrangement étriqués. Ce qu’on appelle un coup d’épée dans l’eau.

A la fin du concert, personne ou presque n’a bougé, confirmant que tout le monde était là en priorité pour avoir une place de choix en prévision du concert qui allait démarrer plus d’une heure après. Une attente finalement insignifiante compte tenu de ce qui s’est déroulé ensuite. Rien ne sert de dire que The Cure allait se produire devant un public conquis d’avance, ravi d’entendre pendant plus de 2 heures 15 les titres les plus connus de leur vaste répertoire. La vérité est que rarement on aura eu la sensation de voir un concert où tous les éléments ou presque étaient parfaits. Fonds de scène soignés, lumières impeccables qui dessinaient les silhouettes des membres du groupe, son irréprochable, présence musicale impressionnante, des lignes de guitare de Robert Smith aux lignes de basse de simon Gallup, voix de Robert Smith immuable et à aucun moment en retrait, rythme effréné et sans temps morts, gestion de la structure du concert, avec montée progressive sur des titres pop avec un enchainement insensé Push/In Between Days/Just Like Heaven, avant une douce redescente puis un nouvel enchaînement splendide Play For Today/A Forest, un long rappel de 30 minutes avec un feu d’artifice Friday Im In Love/Lovecats et bien sûr en conclusion l’hymne Boys Don’t Cry. The Cure ont ce dimanche fait la démonstration de ce qui différencie un groupe mythique d’un grand groupe. Loin de se reposer sur ses acquis et sa légende, un grand groupe sait tout remettre à plat à chaque fois pour donner le meilleur, sans lassitude ni facilité. Robert Smith démarre chaque concert en regardant longuement le public, semblant sincèrement bouleversé de voir autant de monde venu l’acclamer, et il les termine de la même façon. Et on est convaincus qu’il n’y a aucune pose ni jeu dans son attitude.

Rédacteur en chef