"> Rufus Wainwright @ Cirque Royal - 09 mai 2004 - Live Report - Indiepoprock

Rufus Wainwright @ Cirque Royal – 09 mai 2004


K 154. Mon siège se situe au sommet des balconnets de l’imposante salle du Cirque Royale de Bruxelles. Vingt heures pile, une sonnerie écolière retentit, juste le temps d?avaler la dernière gorgée de ma bière, de saluer une amie et de rejoindre ma place. Les lumières s’amenuisent lentement puis s’éteignent, persiste un spot indomptable à l?avant […]

K 154. Mon siège se situe au sommet des balconnets de l’imposante salle du Cirque Royale de Bruxelles. Vingt heures pile, une sonnerie écolière retentit, juste le temps d?avaler la dernière gorgée de ma bière, de saluer une amie et de rejoindre ma place. Les lumières s’amenuisent lentement puis s’éteignent, persiste un spot indomptable à l?avant de la scène. Une ombre s’avance à l’intérieur de ce-dernier. Elle arrive seule, en toute décontraction, on aperçoit un visage au teint un peu blême (peut-être est-ce dû à son concert à Amsterdam de la veille), une chemise stylée garnit les frêles épaules du jeune ténébreux.

« Allô tout le monde (…) mon nom c’est Rufus Wainwright et je suis enchanté d’être ici ! » lance-t-il d’un français à tâtons. Il s’installe devant son piano et entame « Danny Boy » en guise de carte de visite, chanson repiquée avec brio à son papa. Applaudissements. La foule semble apprécier son chant scolaire qui se prélasse à grands coups de respirations. Pas de temps à perdre, il passe directement à la promo de son nouvel album « Want One », que je trouve pour ma part assez décevant ceci-dit. « Pretty Things », morceau qu’il dédiera ironiquement à son ami Georges, jaillit vigoureusement de ses doigts suivi d?un « Vibrate » à l’âme de choriste.

« Si vous dites à vos amis d’acheter mon album, je reviendrai avec mon band la prochaine fois? » rigole-t-il sur un ton à moitié désolé. « C’est difficile de vendre des albums maintenant avec les ordinateurs ! » surenchérit-il, toujours dans un français hésitant. Il s’assied sur un tabouret rehaussé, cale sa guitare électro-acoustique contre son torse et ses genoux et engage « California », single de sa deuxième réalisation « Poses ». Pendant les refrains, il s’efforce de remplacer la batterie manquante par des « papapapapapa » amusants (la faute à son « band » absent). Il expédie ainsi trois morceaux à la gratte, chansons à la fois tempérées et dégagées.

Notre sing/songwriter se réinstalle alors au piano pour jouer « La complainte de la butte » et là, sachez que pour rien au monde je n’aurais voulu rater ce moment. Avec un français quasi-parfait cette-fois, cet amoureux de la langue de Voltaire ravit par cette reprise au lyrisme larmoyant. Applaudissements nourris. Le public est touché, moi aussi. Ce jeune canadien tente alors un interlude avec « Beauty Mark » histoire d’égayer une atmosphère légitimement éprise de mélancolie. Timidement incliné sur son clavier, Rufus reprend son souffle pour un dernier titre : « Dinner At Eight », présent sur son dernier opus. Le fils prodigue nous offre une version plus personnelle de celui-ci, à l’image de son concert, dépourvue de tous ces compléments instrumentaux « tragico-théâtraux » qui font de « Want One » un disque d?opérette.

Sa prestation s’achève sans mot dire alors que la foule crie après un rappel qu’elle n’obtiendra pas. C’est normal car ce soir ce n’est pas lui que tout le monde attend. La deuxième et principale partie de la soirée est assurée par Archive. Une entrée sur scène à l’américaine, à grands coups de sampler et de larsen débute. Pour la suite il faudra voir avec quelqu’un d’autre car moi je m’éclipse discrètement, tout comme Rufus, à travers la pénombre de la salle, la tête emplie de souvenirs pour un bon moment.

Chroniqueur