"> Sans titre - 2006-07-12 - Paris [La Maroquinerie] - Live Report - Indiepoprock

Sans titre – 2006-07-12 – Paris [La Maroquinerie]


Le moins que l’on puisse dire, c’est que Grand Hôtel aime les défis. Il y a d’abord ce pari incroyable pour ces anciens du groupe Temper de se lancer dans des compositions en français. Il y a ensuite cette annonce d’un concert quasi unplugged au bar de la Maroquinerie, à Paris. Ni distorsion, ni volume […]

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Grand Hôtel aime les défis. Il y a d’abord ce pari incroyable pour ces anciens du groupe Temper de se lancer dans des compositions en français. Il y a ensuite cette annonce d’un concert quasi unplugged au bar de la Maroquinerie, à Paris. Ni distorsion, ni volume sonore démesuré. Une bravade effrontée pour ce groupe que l’on sait proche de la scène rock new-yorkaise. Une façon aussi de se fondre dans ce cadre idyllique, ombragé sous ses tonnelles verdoyantes, près du vieux Ménilmontant. C’est visiblement émus que les membres de Grand Hôtel abordent cette soirée, en se remémorant les concerts auxquels ils ont assisté ici même, notamment celui de Shellac.

Sans troubler la quiétude du moment, J.P. Montal s’installe avec nonchalance derrière le micro, sa guitare électrique à la main. C’est en solo qu’il attaque le set, avec un titre écrit il y a quelques semaines seulement, dans la langue de Shakespeare, comme au bon vieux temps de Temper. En anglais, le chant de Montal évoque toujours autant celui de Lou Reed. Lui-même en sourit, arguant que cette chanson inédite est très prometteuse, puisqu’elle sonne déjà comme  »une mauvaise chanson » du chantre du Velvet Underground. Le ton est donné : le chanteur de Grand Hôtel n’est pas là pour se prendre au sérieux. Rejoint par le second guitariste, Fred H. Collay, il enchaîne avec L’abstinence, petite leçon d’humilité qui rappelle le Mieux vaut se taire de Diabologum. Le public, quant à lui, se rassure. Même sans la distorsion, l’âme de Grand Hôtel reste intacte, portée par des riffs de guitares accrocheurs.  

Le concert commence véritablement avec l’arrivée d’Anne-Laure P. à la basse et Arnaud G. à la batterie. Sous ses airs désinvoltes, le quatuor est extrêmement bien en place. Affichant une symbiose parfaite, chaque membre du groupe marque le tempo du pied. Plus calme ce soir qu’à l’accoutumée, la musique de Grand Hôtel laisse la part belle aux variations et aux nuances, tout en gardant cet art de la concision qui fait mouche. Le groupe improvise discrètement quelques notes de guitares ou de basse ici ou là, quelques breaks de batterie étouffés. Montal nous livre ses obsessions, de ces pensées secrètes qui peuvent empêcher de dormir la nuit, comme la vie cachée d’une première dame de France (Anne-Aymone). Ou encore cette question qui a tenu la France en haleine pendant près d’une semaine :  »cette question qui me tiraille, pourquoi ce coup dans le poitrail ? », se demande Montal en imaginant une rencontre avec Zinedine Zidane dans La Vie au Périscope.  

Quitte à frôler la schizophrénie, Grand Hôtel alterne avec les morceaux en anglais de Temper, comme le sublime Down to Italy, où Pavement vient chanter la Dolce Vita sur la route des vacances. On sent que le groupe résiste tant bien que mal pour ne pas pousser davantage le son. Rien n’y fait. Sur Grand Hôtel, morceau fleuve qui résonne comme une  »tentative de rock proustien », le blues captivant des premiers couplets laisse peu à peu la place à un funk psychédélique. Montal se roule par terre avant de monter sur les tables bringuebalantes du premier rang. Chassez le naturel, il revient au galop.

Merci à Alan King pour les photos.

Chroniqueur
  • Publication 126 vues12 juillet 2006
  • Tags
  • Partagez cet article