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Cinq jours durant, Nantes a accueilli pape, maîtres et novices de la sphère indépendante lors de la cinquième édition du Soy Festival, organisé par l’association Yamoy – qui a pour but la promotion d’artistes et de pratiques artistiques émergents.
Au programme du samedi 27, l’hybride Volume Courbe, les locaux Belone Quartet, les anti-folk Dufus et les belges de Zita Swoon. Les américains de Dufus (photo n°1) sont la bonne surprise de la soirée. Avec ses ritournelles aux structures déjantées et ses brames d’onomatopées, le groupe (ici en formation réduite) fête en 2007 sa dixième année d’existence. Sur la petite scène de la maison de quartier de Doulon, l’univers instrumental de Dufus est ludique : des saladiers en inox deviennent ersatz de percussions brésiliennes, le souffle provoqué par un taille-bordure apporte une dimension stratosphérique aux compositions… Tel un ball-faye sénégalais, le chanteur-leader collectionne gris-gris autour du cou et moult pretintailles multicolores sur sa salopette. On exulte, donc, sur les grisants "I’m crazyyy, crazy…" de l’efficace tube Fun Wearing Underwear. Fin du concert, distribution de sourires, Dufus cède sa place aux Zita Swoon (photo n°2).
Le lendemain, les Volume Courbe (photo n°3) rempilent pour une seconde prestation au Panonica (les lieux sont encore hantés par l’inoubliable performance, lors de la précédente édition, d’Howe Gelb). Deuxième concert français des londoniens Volume Courbe, mêmes guitares savamment triturées, même distorsion bien négociée, qui évoquent par-ci Mazzy Star, par-là le Velvet… Cette influence se manifeste aussi par une reprise du Petit Chevalier de Nico, magnifiquement interprétée par la fragile et suave Charlotte Marionneau. Effusion de loops rythmiques minimalistes, des pincements de cordes se répètent à l’infini : voici l’univers d’SJ Esau (photo n°4), l’américain est la révélation de ce dimanche soir. S’en suivent les Zëro – Ex-Bästard – qui livrent un set fidèle à leur dernier LP.
Coutume Soy : les soirées viscérales au Floride ; le bar rock nantais coincé entre deux lignes de chemin de fer corrodées, de multiples entrepôts également rouillés, pas loin d’une enfilade de bars cubiques et d’anneaux de Buren colorés. Le Floride est l’endroit propice aux expérimentations et autres petites pépites des programmateurs du Soy. Le premier concert de la soirée de ce lundi 29 octobre est une claque : les inclassables One Sunburned Hand Of The Man (photo n°5), soit une demi-douzaine de chamans allongés, à quatre pattes, défoncés, tour à tour guitaristes, puis batteurs. Les membres du groupe s’échangent les instruments de la lutte ; une énorme massue voltige et manque d’exploser la tête du chanteur. La divine massue résiste, une tête de cheval?-chèvre?-Chevreuil? Est-elle latex?-empaillée?-ou bien fraîchement décapitée? L’horreur suspendue au bout d’une trique épargnée vient baiser un batteur étonnement stoïque. Un set explosif, d’une cohésion déconcertante, qui joue avec nos nerfs et les leurs, puis vient cette sensation de liberté chérie amorcée par des odes langoureuses et aériennes finalement, ravagées.
Fin de soirée avec Rhys Chatham (photo n°6). Deux morceaux, une heure de show, six guitares, une basse et un batteur. Une composition, Guitar Trio, nous hante depuis l’esprit. On ne peut, durant l’écoute de ce morceau de 1978, s’empêcher de chantonner les implacables arpèges d’Incinerate des Sonic Youth. Le pape de la noise et ses cardinaux ont offert au public présent un set prisé et remarquable.
Mardi 30, le pôle étudiant accueille la soirée électro de la programmation. Les italiens de Port Royal (photo n°7) livrent un set classieux, le public reste sous le charme des vidéos et des petits slogans. Leur dernier opus, “Afraid To Dance” rappelle les débuts des antibois M83.
Sous de nombreux aspects, le festival Soy peut rappeler (feu) le Mofo, à Mains d’Oeuvres. Le festival Soy est délicat puis sanguin, adroit et efficace, encore une fois une réussite cette année.
Par Polo et…