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Lorsque l’on rentre dans la salle du Krakatoa en ce vendredi 6 mai, on est immédiatement marqué par la montagne d’amplis Orange. Le choix des armes a déjà été effectué, Dead Meadow a choisi la marque anglaise pour décharger ses munitions sonores.
Mais avant d’affronter l’ogre psychédélique, ce sont les américains de Spindrift, qui les accompagnent sur la tournée, qui se présentent sur scène. Des chapeaux de cowboy vissés sur la tête pour trois d’entre eux, les originaires de Los Angeles semblent tout droit sortis du grand Ouest Américain. Arrivés sur un morceau digne d’une chevauchée vers l’or, nous ne sommes pas loin de la vérité lorsque l’on évoque la thématique du western. Spindrift joue du rock à la manière d’un Ennio Morricone sous acid ou quand la musique du far west côtoie le psychédélisme. La plupart des morceaux sont instrumentaux et font preuve d’une très belle énergie. Ils concluent leur set sur une incantation indienne. On comprend mieux pourquoi dehors la pluie a fait son apparition.
Sur scène c’est la fumée qui se disperse en direction de la salle, sur fond de mélodie indou. Il n’est plus question d’incantation mais de messe noire avec pour maîtres de cérémonie les trois américains de Dead Meadow. Dès les premières notes, le son est massif. Le batteur originel a cédé sa place à un jeune qui ne donne pas sa part au chien lorsqu’il est question de matraquer les fûts. D’ailleurs ce soir c’est toute la section rythmique qui assomme le public avec une cadence dingue. Il ne reste plus à Jason Simon qu’à déverser son flow de notes ultra fuzzé. La wah wah est aussi de rigueur. Par dessus tout cet amas sonore, le leader prononce son sermon avec cette nonchalance caractéristique. Vient le moment des textes sacrés : Good Moanin’, Between Me And The Ground, At Her Open Door.
La présence scènique est assez impressionnante, il ne sont que trois mais prennent une grande place musicale et leurs compositions sont vraiment adaptées à la scène. On regrette la fin du set qui vient trop tôt mais c’est le jeu d’un plateau à trois têtes.
C’est au tour de Shannon Wright de monter sur scène, l’air timide et humble, le regard caché par cette frange touffue qu’on lui connait. Elle "enfourche" sa guitare et commence à jouer les premières notes. A partir de ce moment ce n’est plus la même personne. Elle est transcendée par sa musique. Shannon Wright déploie une énergie démesurée pour faire vivre chaque note de son répertoire avec en priorité son dernier album en date "Secret Blood". Shannon chante comme si elle avait une plaie ouverte, comme pour nous crier le mal qu’elle a en elle sur des mélodies purement rock contrairement à l’étiquette folk qui lui colle à la peau. Témoin de cette douloureuse scène, il y a sa section rythmique, une batterie et une basse, et le public, venu en nombre pour assister à cette très belle prestation. Le Krakatoa ne s’y trompe pas, il vit chaque instant de la plainte d’une artiste écorchée vive et qui, on peut le dire, est une songwriter majeure de l’indie.