"> The Ladybug Transistor + The Essex Green @ La Guinguette Pirate - 09 janvier 2004 - Live Report - Indiepoprock

The Ladybug Transistor + The Essex Green @ La Guinguette Pirate – 09 janvier 2004


C’est The Ladybug Transistor qui a ouvert cette soirée new-yorkaise à la Guinguette Pirate. Dès la fin du premier morceau, le guitariste tient à mettre les choses au point : « We hate George Bush ». (Qu’il se rassure, nous savons que tous les Américains ne sont pas des électeurs républicains.) Dans la salle quelqu’un lui répond : « […]

C’est The Ladybug Transistor qui a ouvert cette soirée new-yorkaise à la Guinguette Pirate. Dès la fin du premier morceau, le guitariste tient à mettre les choses au point : « We hate George Bush ». (Qu’il se rassure, nous savons que tous les Américains ne sont pas des électeurs républicains.) Dans la salle quelqu’un lui répond : « And we don’t like Jacques Chirac ! » Les présentations ainsi faites, la musique peut commencer.

Une petite troupe de cinq musiciens, décuplée par le ballet d’instruments qui s’opère sur l’avant-scène, se met alors à nous jouer un folk-rock enlevé et lumineux. La bonne humeur se répand dans l’assistance. Il faut dire que le bon exemple est donné sur scène : le batteur – construisant son jeu sur le couple caisse claire / charleston – est hilare d’un bout à l’autre de la session, tandis que le guitariste et la bassiste folâtrent joyeusement. Devant, la concentration règne un peu plus : il est vrai qu’on doit jongler avec les instruments. La chanteuse joue alternativement de l’orgue et de la flûte traversière tandis que le chanteur saute d’un clavier à une trompette, non sans secouer tambourin et maracas entre les deux. Sur scène et dans la salle tout le monde semble entraîné par cette musique sautillante.
Ajoutez à ça l’exiguïté du lieu et le léger tangage du navire et c’en est assez pour voir soudain le chanteur trébucher contre son clavier et disparaître sous un amoncellement de pieds de micro, trompettes et maracas. Stupeur dans l’assistance : ces jeunes gens n’ont pas une tête à casser leurs instruments. Dans la salle la bonne humeur reprend de plus belle : quelqu’un renomme aussitôt le groupe « The Ladypunk Transistor » tandis qu’un autre console le chanteur, dont l’onéreux clavier Yamaha est à terre, par un « Less is more ! » La  chanteuse éclate de rire. Sans se décourager, le chanteur finira le concert avec une basse entre les mains.

Ils auront joué une bonne heure. La profusion d’instruments (trompette, flûte, tambourin…) rappelle Belle and Sebastien tandis que la voix du chanteur oscille, dans le meilleur des cas, entre celle de Stuart Murdoch et de Jarvis Cocker. L’influence des Magnetic Fields est évidente, et c’est un peu le problème ; mais le public, essentiellement composé d’étudiants sages, semble apprécier le genre.

The Essex Green prend alors la relève et, bien qu’il emprunte le guitariste électrique et la chanteuse-organiste de la précédente formation, nous auront droit à une musique d’un tout autre calibre.

Il n’y a qu’à fermer les yeux et écouter : cette musique vient du pays qui a vu naître le They’re red hot de Robert Johnson et le Rock the joint de Bill Haley (le Bill Haley de la période Essex Records, justement). Tout le nu-rock qu’on vous vend depuis deux ans comme le fin du fin new-yorkais et qui compense par les grosses guitares l’absence d’écriture ne se remet pas de la comparaison avec The Essex Green. Ce groupe est à l’opposé de la grosse cavalerie des groupes phares de la scène new-yorkaise : il a pour lui un chanteur au regard fiévreux et à la voix parfaite, Chris Ziter, qui structure à l’aide d’une guitare acoustique rythmique des morceaux courts et  extraordinairement excitants. Le couple batterie / basse y est discret, la guitare électrique ne cède pas aux facilités de la distorsion, ce qui n’empêche pas la violence et l’énergie d’être là, dans l’écriture. Même la voix de la chanteuse se trouve transfigurée par cette formation, faisant désormais penser à celle d’une Courtney Love sage qui se mettrait à chanter du folk tandis que les notes perlées de l’orgue y
prennent toute leur dimension.

Le groupe avait mobilisé un public américain qui semblait déjà les connaître et sacrément les apprécier. Le public parisien s’est vite rallié et en a redemandé. Le guitariste et la chanteuse qui avaient plus de deux heures de concert derrière eux ont dû se soumettre.

A aucun moment The Essex Green n’a économisé son énergie et il nous a proposé durant une heure un folk-rock incisif et neuf, capable tout à la fois de puiser aux racines du rock américain et d’enchaîner dans un même morceau flûte traversière et guitare électrique sous les cris du public. Le plaisir des grands soirs était là.

Chroniqueur
The Ladybug Transistor + The Essex Green @ La Guinguette Pirate - 09 janvier 2004