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19h30. La salle de la Maroquinerie ouvre ses portes. Installée sur les marches, une poignée de spectateurs. Sur scène, un homme est allongé, il médite le regard fixé sur les spots verts. Une heure plus tard, ce même homme gigotera convulsivement, guitare à la main, la tête dans les pieds de micro. Mais que s’est-il passé ?
Il existe des soirées calmes, paisibles et très agréables comme le concert des Lo’jo dernièrement, et d’autres qui se vivent dans l’urgence, la hargne et les riffs, la sueur et la bière – et qui ne sont pas moins jouissives. En ce lundi de Pâques 2007, Jésus s’appelait Elvis.
Le groupe montpellierain Servo entame la soirée en donnant le ton, assurément rock n’roll, fonceur, rentre-dedans avec une générosité et une dépense d’énergie colossale. Une basse, une guitare, et une batterie, la formation rock dans sa plus simple expression, Servo est enfant de Fugazi pour les riffs et les breaks et de Blur pour les rythmiques sautillantes. Joli bébé ! Le chanteur, Léo Poumey n’hésitera pas à se jeter dans le public et à se contorsionner sur sa guitare (Eh oui, c’est bien lui le Zen de tout à l’heure) pendant que le bassiste jettera dans la salle son instrument. "Servo le coup d’œil" et surtout une oreille attentive !
Après une telle performance, on craint le pire pour les suivants. Il s’agit de Sukoï fever, un groupe d’Orléans. Musicalement Sukoï fever n’invente rien, c’est du rock énervé assez basique, roots pour ainsi dire, des années 50-70 pour balayer large. La formation en costume est assez sage sur scène et donnerait l’impression d’assister à un concert d’étudiants de Harvard s’il n’y avait le chanteur, gentiment maniéré, le genou épileptique, le corps élastique et le verbe rigolo (« vous êtes un public de doux ») qui le temps du set ne lâchera son micro que pour distribuer des fleurs à l’assistance.
Les quatre Catalans de Tokyo Sex Destruction, eux, ne font pas dans la dentelle. Dès le premier titre, le chanteur à la tête de Playmobil explose, le batteur se déchaîne, la langue pendante, le bassiste massif et barbu exécute une série de bonds-pas chassés avant de hurler en chœur avec le guitariste. On pourrait qualifier leur style de soul / punk-rock agité. Le chanteur a emprunté à James Brown son jeu de jambes et ses improvisations vocales à Jim Morrison. Le public est transpercé par ses allers et venues, des restes de pétales sont humés et distribués, le flower power de Sukoï a fait des adeptes. Et pourtant ce qui ressort de la soirée, c’est la rage. Il y a des soirs où l’on se dit qu’on n’aimerait pas être une peau de caisse claire, une corde de guitare ou encore moins une latte de plancher ; par contre pour le spectateur c’est du bonheur !
Crédit Photo : Robert GIL