"> Spécial été 2006 : les sales manies de l'Indiepoprock - Indiepoprock

Spécial été 2006 : les sales manies de l’Indiepoprock

L’existence du chroniqueur est un vrai sacerdoce : forcés à la génuflexion quotidienne et au recueillement devant le moindre mouvement de l’auriculaire gauche de Morrissey ou les plus inaudibles larsens des live pirates de Sonic Youth, les rédacteurs d’Indiepoprock.net s’astreignent ainsi quotidiennement à l’intransigeance lorsqu’il s’agit de la constitution de leur discothèque forcément idéale… Pourtant, sous les Pavement, des plages bien moins reluisantes se font jour lorsque l’on gratte un peu le vernis. Eh oui, les chroniqueurs d’Indiepoprock.net sont également des hommes, des femmes, avec leurs faiblesses, capables parfois de s’enticher des chansons ou artistes les plus inattendus : Spice Girls, Iron Maiden, Bernard Minet ou même Muse ! Toute honte bue, avant la trève de l’été, les rédacteurs passent à confesse, et vous dévoilent ici les plus impardonnables de leurs manies…

Caroline H. : William Shatner – Common People 

L’original de Pulp est un tube incontestable. Il s’écoute à la maison, sur les rares dancefloors indie rock, dans les fêtes avec les amis… En 2004, le capitaine Kirk décide de sortir son disque. Parce que lui aussi, il a le droit d’être une star pour un quart d’heure, parce qu’il commence à vieillir et après ce sera trop tard. On trouve ça très drôle, et quand on passe le disque pour la première fois sur la platine, on arrête immédiatement de se moquer : c’est pop, c’est soul, c’est rock, et bon. La fin en particulier est grandiose avec les chœurs qui s’emballent et la pauvre voix de Shatner qui cherche le fil à suivre avec une ferveur incomparable. C’est bête, mais ça marche !

 

 

Cedric B. : Joe Dassin – Salut Les Amoureux

Puisque j’arrive encore à me regarder dans la glace sans en rougir, j’avoue un petit faible pour Salut les amoureux de Joe Dassin. Né dans les années 70, élevé au son du rock sixties, maturé à la britpop, j’ai grandi dans une petite ville de Meuse dans une famille modeste. Enfance agréable, des études plutôt réussies, une vie de couple épanouie… Bref, rien ne me prédisposait à sombrer sous la niaise berçeuse de feu l’ami Joe. Mais voilà, une reprise de Miossec à la guitare acoustique, une mélodie sympatique, un brin de légèreté… Et pan ! Me voilà en train de fredonner « On s’est aimé comme on se quitte, tout simplement sans penser à demain…. » Non, je n’ai pas faibli suite à une déception amoureuse, ni en réaction à la déprime musicale des anées 80…mais réellement face à la mélodie de ce titre… Et puis peut-être aussi que la voie grave et lointaine de Joe a joué. Je n’en sais rien, je ne peux pas expliquer, c’est comme ça et c’est tout.

Christophe : Gwen Stefani – What You Waiting For

Ca commence par un solo de piano tout ce qu’il y a de plus innocent. Tic Toc Tic Toc. Un imperceptible battement du pied. Tic Toc Tic Toc. Les épaules commencent à onduler, la tête à dodeliner. Tic Toc Tic Toc. J’essaie de lutter mais rien n’y fait, la machine à danser prend possession de mon corps. Il faut dire qu’elle s’y connaît, Gwen Stefani, pour pondre des tubes qui parasitent votre cerveau jusqu’à  l’addiction totale. A l’époque de No Doubt, quelques singles avait agi de la même manière sur mon cortex (Hey Baby,Just a girl ou It’s my life, la reprise de Talk Talk). La voir continuer sa carrière en solo fut un soulagement, fini les railleries lorsque mon corps commençait à s’agiter aux premières mesures des morceaux susnommés. Malheureusement ma joie fut de courte durée, What you waiting for n’a pas attendu longtemps pour refaire de moi la marionnette de Gwen Stefani. Je me console en me disant que beaucoup souhaiteraient être à ma place…

Hadrien : Rod Stewart – Da Ya Think I’m Sexy ?

On ne trouverait même pas un angle d’attaque. Cette immonde intro boite à rythme – synthétiseur – légers éclats de voix ? La catastrophique mélodie au clavier qui suit ? Le douloureux souvenir d’un Rod Stewart empêtré dans ce satané son eighties ? Et pourtant, cette chanson est formidable. Pourquoi ? Pour toutes les raisons énoncées ci-dessus. Le prince des Small Faces, qui est sans doute celui qui a connu la pire carrière post-années 60 parmi ses nombreux contemporains (et Dieu sait qu’il y a de la concurrence), a signé son plus gros tube avec un summum du kitsch. Tout y est, y compris le pont, ô combien mozartien !, au saxophone, qui pourrait figurer dans n’importe quelle chanson d’Eddy Mitchel. Enfin, que dire de cette voix fabuleuse, dont s’inspira grandement Robert Plant, qui tente en vain de s’extraire de cette soupe, les pieds embourbés par des paroles de la profondeur d’un dé à coudre. Le pire pour la fin : ce chef d’œuvre dure tout de même 5’27…

 

Jean-Baptiste : Avril Lavigne – Complicated

Avril, tu as pour toi ton joli minois, une jolie voix aussi. Mais ça ne suffit pas à faire de toi une chanteuse de talent diront certains, moi le premier. C’est vrai que tu as quand même tout du cliché parfait façon MTV : petite ado torturée des banlieues middleclass américaines, tes copains les skateurs sont cool mais tu racontes comment ils t’en font voir de toutes les couleurs. Dans Complicated, tu nous dis : « Life’s like this ». On a vu destins plus difficile Avril, mais Larry Clark nous a montré que ta vie n’était pas forcément rose. Alors quand tu parles de ton « skater boy » d’amour, il y a quand même une once de sincérité qui me touche, et puis j’aime cette mélodie sucrée et mélancolique comme les histoires de prince charmant que tu t’inventais il n’y a pas si longtemps encore. Tu vois, je suis un peu comme toi, un peu fleur bleue. Ou peut-être que je déraille complètement ? Tu as raison Avril, la vie c’est compliqué. Une dernière chose : le mascara sur les yeux, t’es pas obligée. Bien à toi.

Mathieu : Guns’n’Roses – Welcome To The Jungle

On pourra jurer que jamais au grand jamais on n’a jamais été fan de la bande à Axl Rose, mais pourtant cette chanson débile fait toujours tomber toute forme de défense que l’on pourrait avoir face à ce groupe. Après une intro avec la guitare hard-rock FM année 80 de Slash surchargé d’écho, on enchaîne sur une espèce de boogie parasité par la voix « mes-burnes-sont-trop-serrées-dans-mon-jean » d’Axl Roses. Tous les clichés les plus risibles du hard rock y passent : le solo guitare interminable, les râles de jouissance ridicules d’Axl Rose, et même un solo de basse. Pourtant on se surprend à hocher de la tête en rythme, voire à faire du air-guitar tout seul dans son salon. A bout de 4mn33 d’écoute on se sentirait presque honteux d’avoir éprouvé tant de plaisir à écouter pareil morceau, alors on cherche à oublier en ressortant ses albums des Smiths, Nick Drake …

Nico L. : Jeanette – Porque te vas

Les émotions en général, et celles liées à la musique en particulier, font partie de ces choses sur lesquelles il est impossible d’exercer un quelconque pouvoir. Incontrôlables, inexpliquées, impossible d’en définir les origines….Qu’est-ce qui déclenche chez moi cette jubilation à chaque écoute de la ligne de basse de la chanson de Jeannette, Porque te vas ? Pourquoi la petite syncope du charley, avant chaque couplet, m’accroche-t-elle au visage un léger rictus de satisfaction ? Qu’est-ce que la voix de cette fille a de si particulier pour faire naître un frisson qui me parcourt des pieds à la tête et me fait à chaque fois jurer d’aller visiter l’Espagne dans les plus brefs délais ? Et puis je me demande encore comment on peut marier un texte aussi triste avec une musique aussi enjouée ! Bref, à mille lieues de ce que j’ai l’habitude de mettre sur la platine… Mais indé ou pas, l’important n’est-il pas le frisson ?

No : Gwen Stefani – What You Waiting For  (le retour…)

La musique et la cuisine ont en commun l¹existence d¹une industrie de masse et de productions plus restreintes, réalisées par des cuistots utilisant le meilleur des légumes biologiques, ou par des artistes adeptes du son des guitares de 1960 et de boîtes à rythmes vintages. Il n¹est pas rare d¹avoir envie de retrouver la saveur écoeurante de la junk food : que celui ou celle qui n¹a jamais connu cette inexplicable pulsion de hamburger me jette la première pierre. C’est pareil avec What You Waiting For, on sait que c¹est gras et indigeste mais c¹est ce que l’on aime. Il y aura toujours quelqu¹un pour vous dire que c¹est un art de faire un bon hamburger, et que c¹est un art de faire un tube. Toujours est-il qu¹il vaut parfois mieux ne pas regarder en détail ce qu¹il y a dedans. L¹introduction, ambiance « William Sheller live au New York Ballroom», a déjà de quoi rebuter les estomacs les plus fragiles. Néanmoins passé les premières bouchées, cette chanson réveille en vous des envies de déhanchements sauvages. Toujours à la limite de l¹indigestion avec des guitares bien grasses, des mélodies édulcorées, des basses huileuses à souhait et un accompagnement rythmique des plus synthétiques, What are You Waiting For est avant tout une une pop song dont on peut avoir honte, mais dont aurait tort de se priver : ça ne fait pas grossir.

Olf bm : ABBA – Gimme Gimme Gimme

Par ces temps de revival 80s qui courent, revendiquer Gimme Gimme Gimme comme pratique honteuse de platine fait presque figure de cliché cool. Et pourtant… Une intro incroyable, d’abord lointaine puis chargée de basse et enfin, le temps de silence avant l’explosion d’un riff inimitable. Premier souvenir d’émotion musicale… Je pourrais revendiquer les Beatles, bien sûr, Peter, Paul and Mary, ou encore Tom Rush, tous ces gens dont je chantais les chansons par cœur quand j’avais 5 ans (dans un yaourt sophistiqué, évidemment). Mais quand ma nostalgie m’entraîne vers ma toute petite enfance, je revois la scène : j’avais trois ans et un petit tabouret de coiffeuse Fisher Price. Dans l’ombre solitaire du salon que seuls venaient troubler les rais de lumière de la cuisine, j’appuyais de mon petit doigt potelé sur le lecteur de cassette et alors que raisonnaient ces fameuses premières mesures, je montais sur ma scène de plastique, fière et décidée, mon trac maîtrisé, prête à donner à mon public un show légendaire. Pour quelques soirs inoubliables…

Pierre : Natalie Imbruglia – Shiver

On a tous un ami qui a une petite sœur. C’est universel. Tout autant que cette dernière lorgne sur la cime des charts. C’est comme ça, universel je vous dis. Dans son discman, on trouve ce qu’on a cyniquement fui pendant l’année. Mais nous sommes hors du temps, en vacances. Et elle paraît si insouciante avec ce casque. « Qu’est-ce que tu écoutes ? »… Trop tard, impossible de faire marche arrière. Et là, rien ne va plus. Pas de rejet. Pire, c’est fluide, ça vous plait et c’est Natalie Imbruglia. Puis revient le grand frère, votre pote. L’espace d’un instant, vous flottez…sur un océan d’humiliation. On revient trop rapidement sur terre. « Non mais c’est vraiment bien produit », à peine crédible, vous ne méritez que le dédain, au mieux un sourire narquois. Pourquoi mentir ? Vous l’aimez cette voix, cette mélodie sirupeuse, ces progressions un peu poussives, ces coups de cymbales insistants, ces paroles un peu tièdes, cette chanson en somme! Le paradoxe de la chanson honteuse vous rappellera toujours combien la mauvaise foi est l’apanage de tout indie qui se respecte. Et en tant que tel, vous vous refuserez d’admettre une telle hérésie !

Stella : Korn – Good God

A seize ans, je lisais Rock&Folk, autre habitude honteuse… Un jour, dans le courrier des lecteurs, je suis tombée sur la lettre d’un aficionado de musique ‘‘rock’’ en général, déçu par les guerres de chapelles qui sévissaient alors, comme toujours, entre métal, indie, pop, hardcore, etc… Sa conclusion était simple : ‘‘Suède et Korn ne sont pas incompatibles.’’ Voilà une phrase qui m’a beaucoup préoccupée au lycée, partagée que j’étais entre les skateurs qui ne voyaient en Suède que de la mauvaise guimauve et les indiepopeux pour qui Korn rimait avec ‘‘cri primal’’ (et non pas Primal Scream). Goog God symbolise tout ça, toutes ces heures de discussions un peu vaines et pourtant passionnées. C’est aussi une histoire de K7 pirates de Korn échangées en douce, quelques années plus tard, avec une certain Laurent, peu avant qu’il crée un webzine baptisé… indiepoprock.fr.

 

Tilda : The Buggles – Radio Killed The Video Star

Enorme tube de 1979, cette chanson pop synthétique annonce l’arrivée du clip comme moyen de promotion d’un titre, et le déclin des grands animateurs radio qui jusque là régnaient en maîtres. Le clip sera d’ailleurs le premier à être diffusé sur MTV lors de l’ouverture de son antenne. Comment résister à ce tube rose bonbon, bâti sur une mélodie aussi simple qu’efficace? Avec un son résolument 80’s, batterie, cordes, cuivres et claviers synthétiques… c’est presque du disco mélodique ! Introduction gorgée de claviers ‘émotions’ à la ABBA, montée en puissance avec des voix de robots qui donneront la réplique à des chœurs planants et si désuets, refrain à cinq mots (ceux du titre de la chanson !) entêtant, interprété par une voix féminine aussi bête que drôle, qui intervient aussi pour ponctuer les couplets de « ohwaoh » et de « ahahah »… C’est un poil benêt, c’est complètement bubble gum, c’est kitsch à souhait : c’est justement pour toutes ces raisons que ça tourne de temps à autre sur ma platine !

Thomas : Superbus – Tchi Cum Bah

2002 : Superbus débarque dans le paysage musical tricolore avec son Tchi Cum Bah sublime et vous vous en fichez sans doute comme de l’an 40, ou plutôt comme de l’été 41. Si cette prose vous paraît particulièrement douteuse, c’est normal ! Et si vous parvenez à y retrouver le nom de quelques étalons du ska/punk ricain, crétin et gamin, pris en tenaille entre deux termes censés, c’est donc que vous aussi, vous avez l’humeur joueuse aujourd’hui ! Quand on est – comme Jennifer Ayache, la chanteuse de Superbus – fille de Nul (Chantal Lauby), que l’on ose des onomatopées pseudo-punk ado du type de Tchi Cum Bah, et que par-dessus tout, on a le culot d’en faire une bombinette radio insouciante et rutilante, alors on s’expose de la part du chroniqueur désemparé à ce genre de réactions à la gomme !

Tristan : Indochine – Une Maison Perdue

Il faudra bien, un jour, réévaluer le cas Indochine, groupe injustement voué aux gémonies, raillé pour des paroles naïves quand tout le monde n’a de cesse de s’ébaubir sur les niaiseries d’un Michael Furnon ou d’un Mathias Malzieu… On pourra alors se rendre compte que le groupe a pu, certes sans génie mais avec talent, délivrer quelques belles chansons pop. L’album « 7000 Danses », le meilleur disque du groupe, s’achève sur cette étrange ballade. Une introduction post-kraftwerkienne faite de syllabes samplées lance le premier couplet : « Perdue / Au loin une maison perdue / Refuge / Le refuge d’une passion émue / La dernière image de la lune »… Chanté par Dominique A, certains applaudiraient, j’en suis sûr. Un refrain plus classique et entêtant remet le titre sur des rails plus évidents ; mais ce qui reste définitivement perdu, dans cette chanson, c’est la voix toujours aussi irrémédiablement à côtéde Nicola Sirkis, jamais aussi superbement paumée que sur ces couplets irréels…

Vincent : Shakira – Whenever Wherever

Serait-elle responsable ? En ayant chanté juste avant la finale de la coupe du monde, Shakira aurait-elle porté malchance à l’équipe de France et énervé Zidane au point qu’il mette un coup de boule à un adversaire ? Non, on ne lui attribuera tout de même pas cette lourde responsabilité. Et puis moi je l’aime bien Shakira. Pas pour sa plastique ou ses airs de séductrice latino mais bel et bien pour sa musique ! Bon, d’accord, je ne connais pas tout son répertoire musical par coeur, seulement le titre que tout le monde doit avoir en tête : Whenever, Wherever. Tube de l’été de je ne sais quelle année, ce titre avait parfaitement rempli son rôle : un rythme entraînant et joyeux qui donne envie de se déchaîner sur la piste de danse du camping municipal de Palavas les Flots. Sans être non plus un grand amateur de sa musique, il faut bien avouer que j’ai un petit faible inexplicable pour cette chanson ; de là à enchaîner sur un album entier…

wqw… : Apocalyptica

Les choses indiepoprockement incorrectes tapissent ma discographie : de la soupasse pop de Kyo au hard rock 80’s de Maiden, Metallica jusqu’aux permanentés suédois de Europe, de l’indus rock pyrotechnique de Rammstein au récent « My Humps » des Black Eye Peas… Pourtant après réflexion, le plus « honteux » est peut-être le groupe finlandais Apocalyptica qui reprend des classiques du hard-rock (Metallica, Pantera, etc.) a quatre violoncelles. On pourra surtout se pencher sur leurs deuxième et troisième albums, « Cult » et « Inquisition Symphony ». Car si le premier est encore trop timide et entièrement consacré à Metallica, depuis le 4ème album, le groupe a perdu de sa superbe avec l’introduction d’une batterie, celle de Dave Lombardo (Slayer) et frôle le n’importe quoi avec des featurings plus qu’improbables, notamment avec la chanteuse de Dolly… Pour autant, l’énergie qui se dégage de ces adaptations ne me laisse jamais indifférent. D’ailleurs j’y retourne…
Chroniqueur
  • Publication 413 vues10 août 2006
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