To Live Alone In That Long Summer


Un album de sorti en chez .

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Le retour d'un des meilleurs représentants de l'Americana.

En surface, l’univers du Canadien Barzin est assez simple : une musique doucement mélancolique, volontiers rêveuse, aérée et mélodique. Pas trop difficile non plus de déceler les thèmes qu’il développe depuis 2003 dans ses albums, leurs titres étant de véritables petits champs lexicaux de la solitude et de l’isolement. « To live alone… » s’inscrit bien sûr dans cette lignée et voit notre homme traiter de la difficulté à établir le contact avec les autres, explore l’intimité, le tout sur une trame en down-tempo. Mais ce n’est pas pour autant que Barzin publie des disques à la chaîne. Bien au contraire, il n’a jamais eu un rythme effréné et ce nouvel album vient même mettre fin à un long tunnel de cinq années, « Notes To An Absent Lover » son précédent album, étant millésimé 2009. Dans l’intervalle, Barzin n’est pas resté inactif, travaillant notamment avec ses compatriotes Memoryhouse, mais la gestation a toutefois été longue puisqu’il a commencé à travailler sur ce nouvel album il y a déjà trois ans.

S’il n’arrive à nos oreilles qu’aujourd’hui, c’est que, sans renoncer à une esthétique relativement minimaliste, il a souhaité offrir un écrin plus étoffé à ses compositions, ciseler les arrangements. Oserait-on dire que ça s’entend ? Comprendre par là, que ça s’entend un peu trop ? Oui, indéniablement. Donner vie au premier morceau d’un album destiné à se révéler par petites touches est toujours un exercice on ne peut plus compliqué car il faut à la fois poser les bases et ne pas trop en dévoiler, et c’est d’autant plus difficile quand on s’est donné pour mission d’affirmer une « patte » un peu différente. Conséquence, Barzin s’y casse les dents. All The While est soigné, ça ne fait pas de doute, mais son auteur paraît pris dans un étau entre une certaine luxuriance et un désir de retenue et de sobriété. Cette légère impression d’avoir affaire à un frileux décidé à se jeter à l’eau mais qui commence par tremper le pied se poursuit sur Without Your Light, et c’est d’autant plus frustrant qu’on sait que Barzin est un excellent songwriter et on en vient presque à regretter qu’il n’ait pas enregistré cet album d’une traite, en premier jet, avec deux fois rien, mais sans états d’âme.

Fort heureusement, dès In The Dark, You Can Love This Place, tout rentre dans l’ordre. Ou plutôt, tout prend son sens. Car la batterie discrète en fond, les accords de piano qui imposent le tempo, les lignes atypiques d’accordéon sur le refrain et les discrètes interventions de cuivres sur le pont final témoignent d’un vrai raffinement, mais tout cela est au service d’une mélodie limpide sur laquelle Barzin se lâche enfin complètement, uniquement habité par la poésie de son propos et son chant neutre mais réellement touchant. Et « To Live Alone… » devient alors, non seulement un bel album, mais tout simplement un des plus aboutis de ce début d’année. Stealing Beauty est une rêverie solitaire qui s’offre un joli crescendo subtil sur le refrain, Fake ’til You Make It fait entrer une lumière diffuse dans une composition aérée qui évite à l’album de glisser vers une forme trop hermétique. Et puis, In The Morning, porté par des accords de guitare en lévitation et de petites percussions qui semblent éclater comme des bulles de savon constitue, avec le très évident et direct You Were Made For All This, où se distingue derrière notre homme un joli timbre féminin, le sommet du disque. Le contraste avec le début d’album est d’autant plus saisissant que, sur ces titres, Barzin apparaît libéré et mué par la certitude que ses arrières sont assurés, qu’il est bien accompagné et peut se concentrer pleinement sur le souffle et la limpidité de ses mélodies. Mais après tout, qu’un album commence par deux titres timorés avant qu’on assiste à l’épanouissement de son auteur, n’est-ce pas une preuve d’authenticité, un regard direct sur un processus de création qui ne va jamais de soi ? N’est-ce pas d’autant plus touchant ?

Rédacteur en chef
  • Publication 617 vues24 février 2014
  • Tags BarzinMonotreme
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Tracklist

  1. All the While
  2. Without Your Light
  3. In the Dark You Can Love This Place
  4. Stealing Beauty
  5. Fake It 'Til You Make It
  6. In the Morning
  7. You Were Made for All of This
  8. Lazy Summer
  9. It's Hard to Love Blindly

La disco de Barzin