Interview de De Staat

Interview de De Staat

"Tu dois partir du principe qu’il y a d’autres gens comme toi dans le monde"

En parallèle de leur venue en France courant février, nous avons eu l’occasion d’échanger un peu avec Torre Florim le chanteur et leader de De Staat.

 

Comment vous présenteriez vous pour ceux qui ne vous connaîtraient pas encore ?
Je dirai que nous sommes un groupe de rock énergique avec des influences très (très) larges. Au final ça ne veut pas dire grand chose. Du coup, j’ai pris pour habitude de dire que nous sommes le groupe qui a réalisé cette vidéo virale, pour la chanson Witch Doctor, avec tous ces gens qui m’encerclent et dansent. Ça devrait peut être faire tilt.

Vous vous appelez “De Staat” est ce qu’il y a un sens particulier à travers ce choix de nom ?
De Staat signifie L’Etat. J’aime vraiment ce mot, l’idée de quelque chose d’officiel et d’imposant comme une nation, mais il peut aussi avoir d’autres significations comme par exemple un état d’esprit. Nous avons choisi De Staat au lieu de The State comme un clin d’œil à nos origines flamandes.

Vous êtes un groupe originaire de hollande, vous tournez en Europe (Allemagne, Italie, France …), à quel moment se dit-on, ok, passons à la vitesse supérieure et franchissons les frontières ?
Je pense qu’on en a toujours voulu plus. Les Pays Bas sont un très petit pays, et nous vivons près de la frontière, donc c’était une évidence pour nous que de la traverser, mais cela ne veut pas dire pour autant que ça s’est fait facilement. Ca a pris du temps de se faire connaître. Mais dès que  nous en avons eu la possibilité nous l’avons fait. Je suis très content qu’après quelques années nous en sommes arrivés au stade où les gens ont envie d’acheter un ticket pour venir nous voir jouer sur scène. C’est juste incroyable, mais nous restons aussi très humbles

S’embarquer dans un projet musical c’est aussi devoir composer avec cet équilibre toujours fragile entre ambition et humilité, la volonté de se faire connaître, de plaire tout en restant intègre artistiquement, et pour vous c’est un sujet de réflexion ?
Il y a une chose que j’essaye de toujours garder en tête , comme une ligne de conduite:  est ce que j’aimerai écouter la musique que j’ai faite ? Est ce que j’aimerai me voir sur scène ?
J’ai pour ambition de toujours créer quelque chose que je pourrais aimer, qu’en tant que consommateur d’art. Si tu fais ça, tu ne peux pas te tromper.  Tu dois partir du principe qu’il y a d’autres gens comme toi dans le monde, et que donc il y a une place et un “marché” pour ton travail. De cette façon alors tu restes toujours authentique, proche de ce que tu es intimement, ou de ce que tu crois être, ou de ce que les gens aimeraient que tu sois.
Être connu et apprécié peut parfois être étrange, mais c’est majoritairement une bénédiction plus qu’autre chose. ça rend la vie plus facile, c’est certain.

Votre dernier album « O » est plus direct que les  précédents, explicite, épuré,  était-ce l’idée de départ ou la cohérence, l’évidence se sont-elles imposées progressivement ?
On essaye toujours de répondre à l’album précédent. I_CON (notre troisième album) était un album très riche au niveau de l’orchestration. Il y a eu tout un tas de choses au niveau du son. On voulait que O soit bien plus epuré, plus concentré et plus direct. C’est l’idée de départ. Cela ne veut pour autant pas dire qu’on savait comment y arriver , et ça nous a pris du temps de trouver.
En ce moment je n’ai aucune idée précise sur ce que sera la prochaine étape par exemple. C’est toujours une aventure, mais une putain de drôle d’aventure.

Pendant l’enregistrement de l’album est ce que certaines idées vous sont venues en cours de route, et du coup ont changé le concept de base sur lequel vous étiez partis ? Est ce que le style épuré de “O ” était une évidence au départ ?
L’idée de départ n’a jamais changé: O se devait d’être un album direct et limpide. En revanche l’idée du cercle est venu au fil du temps. J’ai remarqué que nombre de mes chansons tournaient en rond d’un certain point de vue, et même pendant l’enregistrement nous étions en cercle dans le studio. Ces deux remarques étaient en phase avec l’idée de l’album. Ainsi la simplicité du O en tant que titre, et l’artwork aussi, sont des choses qui se sont imposées au cours du temps.

Vous renvoyez l’image d’un groupe hyper actif, vous composez constamment (Cf http://www.ghostnotes.net/)  le future est pour bientôt ?
ça fait un moment que Ghosnotes est mis de coté. L’idée de mettre en permanence en ligne des titres gratuits était un peu trop ambitieuse. Je me consacre désormais entièrement à l’écriture pour De Staat, c’est bien plus amusant et surtout bien plus gratifiant pour moi. Mais ça ne veut pas dire pour autant que je n’écrirais plus jamais avec d’autres gens. Dans l’immédiat nous testons nos nouveaux titres dans les festivals. C’est une période plutôt joyeuse en fait !

Votre groupe est réputé (à juste titre) pour ses performances live, la chanson Witch Doctor devient un moment très attendu dans vos sets. Faire bouger la foule d’un geste, jouer les démagogues, leaders charismatiques, grisant ? flippant ?
C’est une expérience évidemment excitante que d’être au centre d’une étrange performance chorégraphique (quand la foule fait une ronde autour de lui dans la fosse NDLR). Le public fait aussi partie de la performance ce qui est plutôt cool je trouve. Ce n’est pas quelque chose qu’on a l’habitude de voir à un concert de rock, et je suis fier de ça. Je suis fier qu’un moment pareil puisse avoir lieu. C’est étrange, inhabituel. Et ce qui est étrange est bien ! Ceci étant ça ne veut pas dire qu’on le fera toujours. Mais voir une vidéo que tu as faite, devenir une performance live, qui est elle-même filmée à son tour, est un truc nouveau qui m’ouvre à d’autre choses.

La vie en tournée peut vite s’apparenter à une routine (un des thèmes de l’album), et vous  êtes depuis de longues semaines  sur la route, comment  lutter contre ce risque de « tourner en rond » ?
La routine a du bon sur certains points. Elle t’oblige à rester concentré et à améliorer ta performance. Il ne faut juste pas y rester coincés ! Mais nous n’en sommes pas encore là je pense. Ou peut-être que nous avons touché ce moment du doigt et nous en sommes vite sortis, à travers de nouveaux titres, de nouvelles façons d’appréhender la performance live. Il faut toujours avoir faim de nouveauté, et aussi faire différentes choses. Enfin, surtout ne pas se prendre au sérieux. Have fun man !

Vous avez joué dans des lieux immenses lorsque vous faisiez la première partie de Muse l’an dernier. Et plusieurs semaines plus tard vous jouez dans des salles plus petites, plus intimes. Comment gère-t-on ce changement d’échelle et ces publics complètements différents ?
Nous sommes passés par tous les types de salles de ce point de vue: de petits clubs à de grandes scènes de festival, donc la taille de la salle n’est pas quelque chose qui nous est étrange. Le seul véritable truc auquel nous avons dû nous habituer est de jouer au milieu (la scène de Muse était au milieu du public et de la salle). C’était une expérience fantastique pour moi, parce que ça m’a obligé à repenser ma façon de jouer en concert. Il y a des gens tout autour de toi, comment faire pour tous les toucher ? Donc c’était cool. On est super reconnaissants envers Muse de nous avoir donné cette chance là.

A l’instar d’autres pays européens, France et Pays-Bas connaissent une montée des populismes. La politique on en parle ?
Je n’ai pas de craintes particulières, mais c’est quelque chose qui est  réellement en train d’arriver. Je pense effectivement que le monde pourrait aller bien mieux surtout de ce côté ci.
C’est évidemment quelque chose que j’aborde dans mes chansons. “Blues is dead” est d’ailleurs a propos de mon incapacité à me plaindre de ma vie. “Help yourself” parle de la façon de voir les choses uniquement d’un point de vue égocentrique, et plus particulièrement de certains politiques dont les sujets favoris parlent de murs, de fermetures de frontières. Mais d’une façon générale j’essaye de rester positif. Je pense que ces tendances populistes sont tout ce qu’il reste aux idiots. Peut-être que nous en avons besoin aujourd’hui pour prendre enfin conscience de la nécessité de construire un monde meilleur ensemble. Ou pas. En fait je n’en sais rien.

Un mot sur vos dernières découvertes musicales ?
Je suis littéralement fan de St Vincent. Et si vous voulez découvrir quelque chose de flamand, allez jeter un oeil du coté de Jo Goes Hunting et de Gosto.

On avoue aimer connaitre les titres de la shame list des artistes qu’on écoute. Vous avez des plaisirs coupables ?
Ma réponse ne sera pas celle que tu attends parce que je ne crois pas aux plaisirs coupables. La musique c’est la musique, si tu déniches quelque chose qui te plait, vas y. J’aime autant Beyoncé que Rammstein.
Mais si tu veux écouter quelque chose qui va te dérouter, alors écoute “Dat Doen We Niet Meer” d’Önder, Murda etc.
Et voilà !

 

Propos recueillis en collaboration avec LeBoxson

Crédits photos : Isabelle Renate La Poutré

Chargée de relations extérieures
  • Date de l'interview 3 348 vues24 mars 2017
  • Tags De Staat
  • Remerciements Merci à l'équipe de Caroline et au Boxson pour sa précieuse collaboration
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