"> Manuel Laisné - Caverne - Indiepoprock

On a aussi écouté Manuel Laisné – Caverne

« Caverne » a tout d’une échappée. Avec son premier album, Manuel Laisné, que l’on connaît bien dans les fabuleux Cannibale, s’offre un voyage en solitaire. Pas si éloigné des géniaux paysages du groupe normand à la musique diaboliquement entraînante. Tout près donc de cette faille spatio-temporelle qui a vu naître l’une des musiques les plus ensoleillées et rythmées de France, en plein bocage.

« Caverne » déroule donc une étrange musique, indéfinissable et impossible à géolocaliser. Ce qui est, en soi, un véritable exploit dans une époque où le pistage technologique est la règle. Manuel Laisné brouille absolument toutes les pistes, qu’elles soient culturelles ou géographiques, en composant des chansons qui doivent autant au patrimoine musicale créole, au reggae, qu’au post-punk. Des traces de krautrock, de rock psychédélique et d’afro-beat s’ajoutent à cette hybridation sensationnelle.

Le décollage est immédiat, et emporte tout sur son passage. A la manière d’un Pierre Vassiliu qui aurait rejoint Suicide, le musicien crée un sidérant monde musical, traversé par des paradoxes fascinants. Ils décrivent mieux que bien des essais – qui se prennent trop au sérieux – notre monde déboussolé mais plongé dans une créativité totalement débridée.

Baigné dans une lumière aveuglante, puis soudain beaucoup plus sombre, ultradansant et cérébral à sa façon, « Caverne » est une véritable ode au métissage intégral, à la désintégration des frontières mentales. Le disque invente une sorte de no wave tropicale, comme si Anika avait quitté Berlin pour Bamako. Ou si ESG s’était mêlé de ska. Manuel Laisné est univers à lui tout seul, et ça fait un bien fou, comme si la sono mondiale s’était reconnectée au désir, malgré toutes les incertitudes ambiantes.

Yan
Chroniqueur
Manuel Laisné - Caverne