"> Car Seat Headrest - Making A Door Less Open - Indiepoprock

Making A Door Less Open


Un album de sorti en chez .

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Nouvel album de Will Toledo. Attentes comblées ?

Il y a quelques années, les amateurs de Bandcamp avaient trouvé un nouveau groupe favori pour accompagner leurs nuits de déprime, où l’on médite sur les erreurs du passé. Leur héros ? Will Toledo à l’allure d’adolescent démuni, une mèche rebelle devant les yeux. Celui-ci avait un don : proposer des émotions atrabilaires parlant au plus grand nombre, qu’il expose sous la bannière de Car Seat Headrest. Un groupe “fait maison” comme personne d’autre ne l’avait osé. Pour preuve ? Leurs premiers disques calamiteux en terme de qualité sonore, des enregistrements effectués dans un break en guise de studio. Un défaut devenu qualité pour s’accorder avec une esthétique DIY, comme un éclat de spontanéité à la manière d’un vieux disque de Bad Brain. A présent, ils disposent d’un véritable studio. Un lieu où ils ont donné naissance à « Making a Door Less Open ». Un album attendu par les groupies ayant hâte de comparer leurs névroses à celles de Will.

Avant toute chose, précisons que nous nous attarderons uniquement sur la version digitale. En effet, le groupe a eu la bonne idée de diviser l’album en un éventail de tracklists variables en fonction du support choisi. S’ils sont loin d’être les premiers à s’adonner à ce concept, cela reste assez incompréhensible de s’amuser à déconstruire sa propre oeuvre avec des modifications mineures. Alors qu’importe si certains déclarent que la version vinyle est meilleure car 98% des auditeurs vont s’empresser de se rendre sur les plateformes de streaming.

Avec leurs deux derniers projets pour le label Matador, Car Seat avait mis la barre très haut. « Teens of Denial » exposait au monde entier la vie torturée de Will sous un rock acidulé cohésif du début à la fin. Puis « Twin Fantasy », un album excellent datant de 2011 mais dont la qualité auditive médiocre de l’époque a été remasterisée en 2018. Deux victoires pour le groupe qui se devait de remettre en jeu son statut avec un nouveau projet. Alors dans « Making A Door Less Open », oubliez les guitares aux cordes bien aiguisées car ils se risquent bel et bien à de nouvelles sonorités inédites. Si des nappes de synthétiseurs et autres boîtes à rythme ont toujours accompagné les tonalités analogiques de sa musique, le groupe décide d’inverser les rôles pour faire résonner en priorité les joujoux électroniques. Un postulat justifié par le fait que Andrew Katz, membre du groupe, se sera chargé du mixage, emmenant avec lui son savoir-faire dans l’EDM pour l’imputer à ce disque. Une idée effrayante de vouloir s’allier avec une musique synonyme de beuverie et de foule en délire, eux, aux antipodes de ce genre, bien plus familier aux rythmes asthéniques. Avec quelques craintes, on s’avance avec curiosité en se demandant comment le groupe a pu travailler un tel genre musical.

Plus de doutes, le bourdonnement discontinu qui introduit l’album nous avertit qu’on s’éloigne de l’indie rock. Les premières frappes de batterie n’ont rien de palpable et s’apparentent à une certaine plasticité. Weightlifters en est une belle démonstration, rentrant dans le vif de ce que souhaite faire le quatuor. Will brandit sa petite voix fébrile pour un retour dans la démence où seule la puissance de son timbre apparaît comme de l’exultation. Car si la production de cette première piste reste plate, notre chanteur n’a pas égaré ses cordes vocales quand il est question de beugler sa peine. Sa nouvelle vie d’artiste ne semble pas être synonyme d’une quelconque utopie. Elle est  tout aussi distordue que son ancienne routine sur la banquette arrière de sa voiture. Le titre Hollywood vient dépeindre le tableau baveux d’un monde trompeur. Malgré ses addictions, Will ne supporte pas les prises de drogues abondantes ni le sexe débridé d’Hollywood. Ses protestations deviennent encore plus enragées, déplorant une envie d’extraire la bile de son estomac pour manifester sa rancoeur envers le quartier. Le morceau se veut viscéral, sans passer par une quelconque figure de style. A l’inverse, Life Worth Missing s’accorde au travail qui à pu être donné dans les disques précédents. Will retourne à une allégorie, celle de la porte à moitié close venue définir son désir d’isolement. Une porte que Will voudrait fermer et ouvrir à sa guise mais dont la vie ne lui offre pas cette chance.

Des paroles toujours à la hauteur donc, mais une production qui ne dispose pas de cette mélancolie intense d’antan. Adieu les pistes de plus de 10 minutes montant en crescendo afin d’atteindre une tristesse maladive. Cette formule si efficace qui ne tombait jamais dans le trépas de l’ennui s’efface, créant une certaine déception. Les autres désillusions résident dans l’aspect cartonné de nombreux morceaux comme Deadline (Thoughtful) à l’EDM sonnant comme des sons aigus qui fusent de toutes parts, supportés par un drop sans inspiration. Plus encore, Hymn (remix) montre un rythme saccadé et une voix robotique, le tout poussé par de la drum and bass basique. Les prises de risques sont loin d’être envoûtantes, à peine acceptables.

Mais revenons sur l’influence indie rock, tout de même maîtrisé sur une partie du disque. Martin est une rencontre entre guitare sèche et électrique pour un refrain profitable quoique classique dans la forme. Plus efficace, Deadline (Hostile), secoué par des pétales de distorsions, un cri sourd sur un refrain entêtant. L’idée reste celle d’une peine de cœur, premier carburant de la dépression de Will. Le groupe reste dans la continuité de Teen or Denial avec There Must Be More Than Blood qui propose une longue plage au riff altéré pour nous plonger dans l’esprit torturé de Toledo. Cette surcharge de déréliction résonne à nouveau dans cet album inégal. Cependant, Will voulait se délivrer du travail d’homogénéité des albums précédents en déclarant que chaque morceau devait se suffire à lui-même. Une fausse bonne excuse, en somme. Le groupe expérimente sans jamais y trouver la bonne formule mathématique.

La déception est énorme. Énorme car l’attente l’était tout autant. Pourtant, le disque n’est pas si mauvais, loin de là, et certaines pépites y sont dissimulées ici et là. On y retrouve cette plume unique d’un Will qui chute dans un gouffre sans fin ainsi qu’une attitude misanthrope bien ressentie. Mais la piètre qualité de la production rend le disque moyen, faisant de ce dernier l’un des plus grandes gâchis de la discographie si étoffée de Car Seat Headrest.

Chronique par Axel Bodin

Rédacteur en chef
  • Pas de concert en France ou Belgique pour le moment

Tracklist

  1. Weightlifters
  2. Can't Cool Me Down
  3. Deadlines (Hostile)
  4. Hollywood
  5. Hymn - Remix
  6. Martin
  7. Deadlines (Thoughtful)
  8. What's With You Lately
  9. Life Worth Missing
  10. There Must Be More Than Blood
  11. Famous