"> Gonzales - Soft Power - Indiepoprock

Soft Power


Un album de sorti en chez .

Autant le dire tout de suite, rédiger la chronique d’un album de Gonzales est toujours un exercice périlleux. Eternellement insaisissable, l’entertainer autoproclamé demeure une grande énigme. Cela fait bien longtemps que l’auditeur ne sait pas sur quel pied danser. C’est que Gonzales aime prendre des risques, autant dans l’élaboration de l’album que dans la réception […]

Autant le dire tout de suite, rédiger la chronique d’un album de Gonzales est toujours un exercice périlleux. Eternellement insaisissable, l’entertainer autoproclamé demeure une grande énigme. Cela fait bien longtemps que l’auditeur ne sait pas sur quel pied danser. C’est que Gonzales aime prendre des risques, autant dans l’élaboration de l’album que dans la réception finale par le public. Cette fois-ci, confortablement installé dans le paysage musical, "l’ancien" trublion a mis les petits plats dans les grands. Et cette fameuse élite dont il fait désormais partie, mais non sans douleur, n’est pas un vain mot dans la bouche de Gonzales. 

Ainsi, ayant l’habitude de fonctionner en réaction face à son public, il s’est glissé dans un environnement que l’on croyait révolu, la pop classieuse des années 70, et l’a réinventée à sa manière. Calfeutré dans un studio luxueux, avec son fidèle complice Renaud Letang à la baguette, Feist et Jamie Lidell aux chœurs et se sachant à l’abri du danger qui guette tout artiste ne bénéficiant pas de tant de moyens de production, il a laissé libre cours à ses obsessions. Il partage d’ailleurs avec les Bee Gees, l’une de ses influences avouées, l’ambition de mêler gros moyens de production avec une certaine forme de naïveté qui rendent l’œuvre si touchante. Son objectif est de bousculer son auditoire, de provoquer des émotions si possibles contraires, de passer du rire aux larmes, avec toujours une certaine poésie.

Si des morceaux bondissants comme Working Together ou Unrequited Love semblent à première vue plus accessibles, leurs textes acides reflètent parfaitement le caractère complexe et misanthrope de Gonzales. Slow Down, avec son solo de saxophone, est un sommet du kitsch, presque du mauvais goût, caractéristique volontairement assumée par son auteur. Un morceau comme Modalisa aurait presque pu figurer dans le sublime "Solo Piano". Gonzales chante merveilleusement bien dans le splendide Map Of The World, morceau délicat faisant se côtoyer les Bee Gees et Supertramp. Et il en rajoute une couche dans le luxe cossu du disco avec un Let’s Ride grandiloquent. Le bouleversant Singing Something dans lequel il est surpris en train de chanter seul, est une sorte de mise à nu. Apaisé, il laisse sa voix divaguer et finit l’album en beauté. 

Gonzales s’est créé un personnage à son image, grotesque, pathétique, touchant, exagérant ses défauts. Grâce à cet album, sincère au possible, il souhaite être pris au sérieux, jette le masque, et se montre tel qu’il est vraiment, tout en voulant rester incompris. Ce vrai clown triste refuse le piédestal et son statut de génie, émeut, énerve, et finalement toutes ces émotions sont le miroir exact de la vie.

Chroniqueur
  • Publication 359 vues12 mai 2008
  • Tags GonzalesMercury
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Tracklist

  1. Working Together
  2. Slow Down
  3. Theme From In-Between
  4. Unrequited Love
  5. Map Of The World
  6. Modalisa
  7. Apology
  8. Let's Ride
  9. C Major
  10. Singing Something
  11. Fortunately, Unfortunately
  12. Slow Down - Remix
  13. Home Movies

La disco de Gonzales