Le retour aux affaires en solo de Lucy Dacus.
C’est en 2018 que Lucy Dacus a éclaté au grand jour via la publication de son superbe second album, « Historian ». On découvrait alors une jeune femme qui, tout en s’appuyant sur une base folk rock tout ce qu’il y a de plus classique, faisait s’envoler ses chansons dans des sphères insoupçonnées via des textes à la sécheresse intense, une voix chaude et profonde et une interprétation, avec les guitares en avant, qui ouvraient grand les champs du possible. A l’époque, on faisait plus que s’enthousiasmer. Pourtant, si, depuis, la notoriété de Lucy Dacus a bondi, surtout aux Etats-Unis, les attentes qu’elle avait alors suscitées n’ont pas été complètement comblées. Son album solo suivant, paru en 2021, très autobiographique dans le propos, était de bonne facture, sans pour autant renouer avec l’intensité de « Historian ». Il y a ensuite eu l’aventure Boygenius, trio dans lequel Lucy Dacus évolue aux côtés de Phoebe Bridgers et Julien Baker, projet qui a connu un succès assez phénoménal outre-atlantique, bien qu’il ne nous ait pas bouleversés.
« Forever Is A Feeling » marque le retour en solo de Lucy Dacus pour la première fois depuis quatre ans. La parution de l’album a été pour elle l’occasion d’officialiser les rumeurs sur la relation intime qu’elle entretient avec Julien Baker en dehors de Boygenius, et on ne manquera pas de noter que, ce qui pourrait ou devrait être purement anecdotique est un geste assez courageux dans l’Amérique de Trump. Pour revenir à l’album proprement dit, celui-ci, sans surprises, brode autour du sujet de la relation amoureuse, avec des textes alternativement écrits à la première personne où directement adressés à l’être aimé. Lucy Dacus se montre toujours aussi douée pour trousser des textes sagaces et de jolies formules, même si une fois encore on regrette un peu la férocité qu’elle pouvait développer sur « Historian ».
Musicalement, le disque se révèle plutôt léger, comme si la musique illustrait globalement l’état de félicité et de douce ivresse qu’engendre le sentiment amoureux, ce qui aurait pu donner lieu à un recueil touchant et élégant, mais qui se révèle hélas souvent trop plat. Les guitares sont ici relayées au second plan et quand, à l’occasion d’un titre comme Talk, elles sont remises un peu à l’honneur, ce n’est que pour marteler un morceau pas désagréable mais trop marqué par l’emphase. Ailleurs, les arrangements sont plutôt jolis, les cordes virevoltent, mais, passé un beau démarrage avec Calliope Prelude, on tombe dans un registre trop bavard, dont rien ne ressort vraiment, qui peut même finir par susciter l’ennui. C’est donc la déception qui prédomine à l’écoute de « Forever Is A Feeling » et, si on était méchant, on se mettrait presque à souhaiter que les amours de Lucy Dacus prennent un tour plus chaotique qui pourrait potentiellement redonner plus d’intensité dramatique à sa musique, trop marquée par une sorte de béatitude.
- Publication 1 254 vues17 avril 2025
- Tags Lucy DacusGeffen
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