"> Mohini Geisweiller - Event Horizon - Indiepoprock

Event Horizon


Un album de sorti en chez .

Il faut beaucoup de courage pour oser sortir un album comme "Event Horizon" : par certains côtés, Mohini Geisweiller s’expose à bien des critiques faciles. Il sera aisé de railler son accent français, le côté très naïf de ces mélodies simples et de ces claviers que l’on devine manipulés sans virtuosité. D’aucuns verront aussi dans […]

Il faut beaucoup de courage pour oser sortir un album comme "Event Horizon" : par certains côtés, Mohini Geisweiller s’expose à bien des critiques faciles. Il sera aisé de railler son accent français, le côté très naïf de ces mélodies simples et de ces claviers que l’on devine manipulés sans virtuosité. D’aucuns verront aussi dans les textes elliptiques et cafardeux de la chanteuse, une expression de la boboïtude parisienne branchée. Les plus acharnés souhaiteront même se demander si Columbia aurait investi le moindre centime sur "Event Horizon" si la demoiselle n’était pas dotée d’un physique des plus avantageux – la réponse est non, évidemment, mais cela ne dit absolument rien sur la qualité de l’album.

Mohini Geisweiller a du courage, donc, mais elle semble aussi totalement persuadée du pouvoir cathartique de la musique. Dans ce premier album empreint d’une tristesse qui ne dit jamais vraiment son nom, on devine une véritable volonté d’apaiser quelques blessures en les enregistrant à l’aide d’un équipement rudimentaire – un ordinateur, une boîte à rythmes. De ce dialogue entre une jeune femme, ses démons et quelques logiciels naît une collection de vignettes brèves, parfois muettes, jamais très disertes, où quelques mots en disent souvent bien plus que des pages entières. Très marqué par un style électronique uniforme et même monotone, ce premier album ne pourra pas plaire à tout le monde. "Event Horizon" est bourré de défauts, de faiblesses, de tics d’une naïveté confondante – mais ce sont justement ces aspérités qui en font le charme fou, parce qu’elles prouvent que ces chansons, les sentiments qu’elles véhiculent, sont totalement sincères, jamais affectés. Geisweiller n’est pas en représentation mais livre, avec une honnêteté qu’on devine mêlée d’angoisse, un journal intime musical, le journal d’une grande fille mélancolique qui cherche sa place dans une ville, un monde où elle se sent un peu perdue.

L’électronique minimaliste de Mohini Geisweiller évoque parfois l’écurie Morr Music (Lali Puna ou Ms John Soda), parfois des références bien plus anciennes (Kraftwerk, évidemment, ou de façon plus insidieuse Giorgio Moroder et sa disco synthétique). Quant aux paroles, elles se font rares, la plupart du temps camouflées derrière un anglais maladroit – les plus beaux moments sont pourtant atteints sur Systole, Diastole ou Donnemarie / Dontilly, avec quelques lignes sybillines, presque des haïkus, qui atteignent pourtant une profondeur insoupçonnée… Cette simplicité, cette sincérité, presque gênante de proximité, rappellent aussi les Young Marble Giants et leur "Colossal Youth", matrice incontournable de tout ce que la musique populaire a pu produire de plus touchant dans la veine "homemade" et minimale.

Petite chose patraque, album d’insomnie, "Event Horizon" est un disque fragile, un album que l’on peut choisir de massacrer joyeusement – en quelques sarcasmes l’affaire sera pliée – ou au contraire d’accueillir comme l’une des choses les plus émouvantes, les plus humaines et vivantes de ce début d’année.

Chroniqueur

La disco de Mohini Geisweiller