"> Oiseaux-Tempête - Unworks & Rarities - Indiepoprock

Unworks & Rarities


Un album de sorti en chez .

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L’oxymore mis en musique

« Unworks & Rarities » est de ces disques inclassables.

D’abord parce qu’il est le disque d’un groupe qui l’est lui-même, Oiseaux-Tempête, dont nos chroniques  sont dithyrambiques. Et aussi parce qu’il n’est pas véritablement un album, plutôt un recueil d’improvisations parfaitement inachevées. C’est dans l’élégance de ces moments que se niche la beauté d’ Unworks & Rarities : être une compilation d’instants uniques, de faces B magnifiques et d’envolées mélodiques.

Véritable invitation au voyage immobile, la musique d’Oiseaux-Tempête à cette capacité à décrire des paysages inédits, tout en convoquant des émotions universelles. C’est l’oxymore mis en musique. En témoigne le titre d’ouverture Eclipse et Sirocco, qui s’étire et s’étale, avec ses nappes de sons, de mélodies délicates, son incroyable mise en lumière de ce qui va suivre. Le Quai de l’Exil laisse la place aux guitares, contenues, frondeuses, et rageuses dans une envolée viscérale, dans l’urgence de l’instant. Aussi fougueusement qu’un élan passionnel, qui retombe une fois exprimé. Même quand la gronde est littérale, par les clameurs de la foule qui ouvre No Go(l)d, No Masters, les discours sont ornés de touches lumineuses de guitare et d’autres instruments dont les Oiseaux-Tempête manient la langue.

Black As Midnight On A Moonless Night est une démonstration par l’exemple de ce talent qu’ils ont à peindre un paysage, sans faire usage de mots. Les seuls dont ils usent ne sont pas les leurs, mais ceux de Nazım Hikmet, poète turc, dont les vers sont récités par G.W Sok sur The strangest creature on earth. La poésie est sombre, la clarinette basse assoie la plainte des vers, pourtant l’ensemble est aussi pesant dans l’émotion que léger dans l’écoute, à l’image de l’artwork qui accompagne cet Unworks & Rarities, entre la représentation d’un Saint quelconque, et son image dissoute, déchue peut-être, sombre et étonnamment lumineuse.

Enfin l’album se ferme avec Nec Mergitur une captation live  enregistrée au début de l’automne 2015, dont le simple titre évoque la devise de Paris blessée en cette année tragique. Il y a dans ce titre la certitude de l’urgence, les plaintes contenues, et la furieuse envie de remplir l’espace, s’envoler sur place, et dont la chute est aussi brutale que l’ascension est belle. Elle nous saisit dans l’élan, dans sa beauté nette. Implacable. Magistrale.

Comme le sont ces Oiseaux-là.

Chargée de relations extérieures

La disco de Oiseaux-Tempête