Le retour de la troupe de Jarvis Cocker sur disque après 25 ans, pour quel résultat ?
Autant le préciser d’emblée si nécessaire, la nostalgie n’est pas du tout notre truc. Et, oui, on a écouté Pulp dans les années ’90 et adoré leur pop exubérante et décalée dans un contexte où ce que proposait la majorité des groupes anglais de l’époque était avant tout une relecture des grands modèles tutélaires de la pop, même si c’était parfois fait avec brio. A partir de ces précisions, on aborde ce retour inattendu du groupe de Jarvis Cocker sur disque sans excitation, sans non plus de volonté de rejeter par principe ce qu’on a aimé pour surjouer le choix du présent au détriment du passé.
Cet état d’esprit rend néanmoins difficile voire impossible de ne pas aborder dans un premier temps « More » avec une approche un peu « clinique ». Premier marqueur, la voix de Jarvis Cocker : force est de constater dès les premières mesures de Spike Island qu’elle ne présente aucune altération avec celle qu’on lui a connue à l’époque de la splendeur du groupe. Pour autant, qu’a-t-elle à nous dire ? On entend par là que Jarvis cocker a toujours brillé par sa propension à nous donner l’impression de nous raconter des histoires décalées avec une verve inimitable, une « conviction », signe de son implication et de sa croyance en ce qu’il chantait et qu’on ne retrouvait plus au début des années 2000 avec son groupe, ni sur ses albums solo ou il semblait surtout traîner son ennui. Ici, rien de tout cela, on sent indéniablement Jarvis Cocker totalement impliqué et sa voix et son chant constituent un fil rouge qui donne de l’attrait et de l’épaisseur à l’album. Mais qu’en est-il du son Pulp en 2025 ? Le risque de se retrouver avec une instrumentation vintage désuète ou de sentir une volonté de surenchère dans la modernité existait clairement. Là encore, belle surprise, on se retrouve avec un bel équilibre entre arrangements electro solaires, ouvertement pop feel good sans tomber dans la caricature, de beaux arrangements de cordes à d’autres moments, quelques touches de piano, de guitare. En résumé, à la fois riche, opulent, avec une touche de sobriété bienvenue.
On peut alors sortir d’une approche analytique pour s’installer confortablement et goûter pleinement aux morceaux de « More », apprécier leurs mélodies, leur ambiance. Le génie de Pulp consistait à la propension du groupe à trousser des morceaux qui lorgnaient parfois vers le disco tout en restant ancré dans une réalité banale, voire triviale et donc loin des paillettes. On retrouve cette verve sur les morceaux les plus enlevés de l’album, qui rappellent notamment la période « His N’ Hers », Spike Island et Grown Ups en tête. Toutefois, là où « More » se distingue et évite de ressembler à un simple retour en terrain connu, c’est le glissement progressif vers des ambiances plus posées, teintées de mélancolie douce amère, avec une écriture définitivement à la hauteur. Slow Jam brille par son petit groove en contrepoint d’une ambiance éthérée, My Sex s’offre un phrasé presque hip-hop sur une ambiance d’errance nocturne, The HYmn Of The North, avec un featuring de Chilly Gonzales, est une grande ballade ambitieuse et ample. Tout cela fait de « More » un album qui réussit le tour de force assez improbable de faire le trait d’union entre le brio du groupe dans les années ’90 et ses aspirations d’aujourd’hui, plus portées sur un songwriting plus intemporel sans se renier. On ne peut que saluer ce retour qui célèbre la force de la musique, des liens entre individus qui finissent par se retrouver pour le meilleur, sans être confits dans le passé.
- Publication 1 409 vues9 juin 2025
- Tags PulpRough Trade
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Pulp sur la route
Tracklist
- Spike Island
- Tina
- Grown Ups
- Slow Jam
- Farmers Market
- My Sex
- Got to Have Love
- Background Noise
- Partial Eclipse
- The Hymn of the North
- A Sunset






