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In Time : The best of REM 1988-2003


Un album de sorti en chez .

1988 : REM quitte le label IRS, pour lequel il a écrit 5 albums qui influenceront toute une génération du rock alternatif américain. Le groupe signe alors sur la major Warner Music et son existence s?en trouve bouleversée à jamais. S?ensuit en effet une période qui le verra glisser plusieurs tubes au plus haut des […]

1988 : REM quitte le label IRS, pour lequel il a écrit 5 albums qui influenceront toute une génération du rock alternatif américain. Le groupe signe alors sur la major Warner Music et son existence s?en trouve bouleversée à jamais. S?ensuit en effet une période qui le verra glisser plusieurs tubes au plus haut des charts mondiaux (en France, nous aurons surtout droit à « Losing my religion » et « Everybody hurts »), jouer dans des stades aux quatre coins de la planète rock, devenir un habitué du cirque MTV et des shows-télé promotionnels, empocher des millions de dollars et rouler en limousine. Arrive 2003 et il ose la sortie d?un best-of en affirmant vouloir reconquérir ce grand public qui le boude depuis maintenant quelques années… Mais cessons de noircir le tableau avec tant de manichéisme.

Car c?est ce même groupe qui publie l’album « Green », le jour de l?élection présidentielle américaine de 1988, afin de protester contre la victoire attendue de Bush père ? à une époque où il est moins convenu de fustiger l?application de la peine de mort au Texas ou l?intervention militaire des USA en Irak. C?est ce même groupe qui, en 1991-1992, décide contre toute attente de ne pas partir en tournée, alors qu?il est au plus fort de sa popularité. C?est ce même groupe qui met sa notoriété au service de causes écologiques ou politiques locales, peu rentables en terme d?image. C?est aussi ce groupe dont le chanteur se montre aussi excentrique et sarcastique sur scène que retenu et posé en interview. C?est enfin ce groupe qui, en 1997, refuse de se laisser abattre par la retraite de son batteur de toujours, Bill Berry, et prend un nouveau départ en s?initiant aux boîtes à rythmes et aux synthétiseurs sur l’album « Up ». Pour une formation au parcours aussi long et à l?identité aussi riche, l?exercice du best-of est donc inévitablement réducteur. Mais il s?inscrit dans le parti pris par REM depuis 1988 : sortir de sa réserve et de la sphère underground et apprivoiser l?univers du rock mainstream pour y satisfaire ses envies et y insuffler une dose d?originalité.

In Time, compilation de la plupart des singles ? vous savez, ces titres accrocheurs paradoxalement isolés du reste des albums, dont ils ne révèlent souvent pas grand chose ? enregistrés par les américains depuis 1988, obéit donc aux lois de l?industrie musicale et présente la facette la plus lisse de leur musique. Mais si vous avez bien suivi, vous aurez deviné que, comme toujours chez REM, on y découvre suffisamment d?aspérités ou de clins d??il subtils pour s?y intéresser. Aux côtés des plaisants mais pas bluffants « Man on the moon » ou « Imitation of life » ou encore du mièvre « Stand », on trouve donc le charmant « Daysleeper », le poignant « E-bow the letter » ou l?irrésistible douceur « At my most beautiful ». « Bad day », chute de studio datant de 1986 et réenregistrée pour l?occasion, souffre d?une production un peu aseptisée mais son salut réside dans une rythmique énergique et un phrasé inimitable (essayez donc de reproduire cette mélodie quand vous chantonnez sous la douche, vous verrez que vous vous y perdrez !). On peut en revanche déplorer l?absence des excellents « Drive » et « Lotus », qui auraient fait aussi bonne figure que l?inédit « Animal », frisant l?auto-caricature. Quant au CD de raretés, disponible avec l?édition limitée, il offre peu de réelles surprises aux fans mais est déjà plus représentatif de l?étendue de l??uvre accomplie par REM.

Vous l?aurez compris, mieux vaut découvrir REM via ses albums que par l?intermédiaire de ce best-of, d?autant plus que celui-ci ne couvre que la période Warner du groupe. Il n?en reste pas moins un témoignage de son talent à réussir le grand écart entre succès de masse et intégrité artistique, entre culture du résultat et obligation de moyens. A l?avenir, on préfèrerait tout de même voir REM jouer dans la cour des apprentis sorciers avec Radiohead ou Blur plutôt que de courir après le trône de U2 et des Red Hot Chili Peppers*.

*d?autant plus que ceci est vain : à l?image des derniers albums de REM, « In Time » s?est plutôt bien vendu en Europe (sauf en France) mais a fait un joli flop aux Etats-Unis.

Chroniqueur
  • Publication 284 vues29 janvier 2004
  • Tags R.E.M.WEA
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