"> Rone - Creatures - Indiepoprock

Creatures


Un album de sorti en chez .

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Rone a lâché ses 12 créatures. Attrapez-les toutes.

Une évasion sempiternelle saisit l’âme et allège de toute pesanteur. Il y a bien quelque ryhtmes soutenus, contre-balançant habilement les moments d’évasion et de vide céleste, ces moments où, fermant les yeux, le flottement cotonneux détache de la réalité et répulse les évidences.

Erwan (R.One) Castex signe avec « Creatures » son troisième album et plaque une surcouche d’abstraction sur le quotidien.
(OO) s’impose en magistrale introduction, Rone se présente, atterrit en fade-in pétillant, soutenu par un arrière-plan sonore sourd et vibrant.

Sans surprise mais avec le plus grand plaisir, on se délecte des arrangements très travaillés au gré des morceaux qui s’enchaînent avec une fluidité déconcertante. Les 12 titres se suivent, ne se ressemblent pas et attisent ainsi une soif de découverte sans cesse renouvelée.

Mâtinée de sons sidéraux, d’échos posant un environnement sans limite, de notes qui frôlent furtivement et se perdent loin devant, l’évasion s’installe. On se sent seul au monde dans une capsule en orbite avec vue sur la Terre.
Les amis de passage, glanés au gré de rencontres heureuses, par leur sceau et leur empreinte, valident l’ouverture de Rone aux collaborations et matérialise l’évolution depuis « Tohu-Bohu », plus introspectif. Ces rencontres s’expriment au gré de « Creatures » en poussant l’osmose entre Rone et son guest jusqu’à la fusion la plus aboutie. La trompette du japonais Toshinori Kondo habille Acid Reflux de la tête aux pieds et le morceau n’existe que pour cette complainte cuivrée discrète mais omniprésente. Un morceau rare tout en suspension, lent et intense.

Le multi-instrumentiste d’origine libanaise Bachar Mal-Khalifé aura déjà participé à d’autres environnements musicalement mixtes et apporte à Calice Texas une touche moyen-orientale chaleureuse.
On côtoie également à plusieurs reprises la guitare de Bryce Dessner, débauché pour l’occasion de The National. Sur Mortelle, il accompagne Etienne Daho (voix intemporelle) pour un titre surprenant et langoureux, donne du volume au bricolage inopiné de fond de bus de tournée US Roads, et appuie l’outro Vif.
Violoncelle de Gaspar Claus sur Freaks, voix de François sans ses montagnes de l’Atlas pour Quitter La Ville, « Creatures » est décidément un album ou le travail de composition vaut certainement celui qu’il aura été nécessaire de fournir pour organiser les rencontres, se synchroniser, écouter, ré-écouter, retravailler ensemble avant d’aboutir à chacune des créatures participatives.

Sing Song amalgame un complexe arrangement de sonorités sur fond de rythme trip-hop, menant une montée en puissance progressive débouchant sur un orgasme sonore. Usé jusqu’à la corde dans les années 90, le rythme de Memory renvoie directement vers cette décennie et précède Sir Orfeo, titre que l’on a du mal à ne pas rapprocher d’une autre référence, ultime, qui a dépassé le cadre de l’industrie musicale, propulsée par une magnifique publicité télévisuelle mise en scène par Michel Gondry: le titre Asleep From Day de The Chemical Brothers, présenté au titanesque album « Surrender«  en 1999. Encore une fois, c’est un morceau absolument spatial, lunaire, où l’instrumentation électro old-school transporte loin au-dessus de la Terre, pour un moment.

Introduit en primeur par Ouija, morceau extatique à souhait, « Creatures » enveloppe la musique électro d’une aura confirmant la possibilité d’y faire du beau, du sensible, du puissant, de l’artisanal et de combiner tout cela en même temps avec des collaborations toutes plus captivantes les unes que les autres.

C’est une sortie essentielle, Rone s’est fait plaisir et ça se délecte de bout en bout.

 

 

 

Chroniqueur

La disco de Rone

Creatures9
90%

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