"> Smoke - Heaven On A Popsicle Stick - Indiepoprock

Heaven On A Popsicle Stick


Un album de sorti en chez .

9

En 1994, cela faisait déjà cinq ans que Jem Cohen et Peter Sillen suivaient Benjamin, ex-leader d’Opal Foxx Quartet pour un film. Un performer à part (drag queen, accro au speed, un grain de voix à la Tom Waits) et membre de nombreuses formations indé d’Atlanta et Cabbagetown en Géorgie qui allait notamment inspirer Death Singing à Patti Smith. Au cours de cette même année, quelques mois après la dissolution d’Opal Foxx Quartet, Benjamin rentrait en studio pour enregistrer "Heaven On A Popsicle Stick", le premier album de Smoke.

En 1994, cela faisait déjà cinq ans que Jem Cohen et Peter Sillen suivaient Benjamin, ex-leader d’Opal Foxx Quartet pour un film. Un performer à part (drag queen, accro au speed, un grain de voix à la Tom Waits) et membre de nombreuses formations indé d’Atlanta et Cabbagetown en Géorgie qui allait notamment inspirer Death Singing à Patti Smith.
Au cours de cette même année, quelques mois après la dissolution d’Opal Foxx Quartet, Benjamin rentre en studio pour enregistrer « Heaven On A Popsicle Stick », le premier album de Smoke.

Ce qui frappe tout d’abord à l’écoute du folk balkanique d’ouverture Hole, c’est cette similitude avec Tom Waits dans la voix. En aussi décadent. En plus triste. Une voix rauque nourrie aux clopes sans filtre, un rugissement de lion blessé d’avantage perceptible lorsqu’il s’époumone sur Abigail (« You’ll never dance again, sweet Abigail ») ou s’ouvre le ventre en deux sur la plaintive Curtains. Un grain de voix mourant à fendre le coeur, qui se permet des accents à la Lou Reed au fredonnement des scènes imaginées par l’écrivaine et musicienne Dana Kletter (Hank Aaron) quand il n’interpelle pas, cédant à l’angoisse de ses propres réflexions (I Do).

Un improbable ensemble que ce groupe de rock composé d’un violoncelle, banjo/trompette, batterie et guitare électrique. Un quintet bien loin des douze à quatorze membres d’Opal Foxx Quartet mais tendant toujours vers un son mâtiné de jazz. La musique de ces messieurs est habile : elle parvient à recréer successivement les ambiances et climats appropriés aux mots du chanteur, dans un résultat surprenant d’homogénéité. Ainsi, au cocasse-dramatique du premier titre succède la nostalgie d’une trompette appuyée par un violoncelle et les choeurs des musiciens sur le refrain de Awake. La gravité des cordes et la wah-wah désabusée laissent planer une ombre menaçante (The Trip, délicieusement jazz) pour s’éclipser devant la guitare rêveuse et le banjo de Hank Aaron. La tension dérange, heurte, filtre les secondes lumineuses sur I Do. Trois pistons mènent la danse, une obscure virée nocturne au son du jazz nous attend (The Pond) après que l’artiste malade et ses sbires, las de retenir leurs instruments, nous aient écrasé de mélancolie sur Beeper Will.

Arrive bientôt le terrible dernier morceau.

Car Benjamin est une folle, un junkie, et un homme malade qui se sait condamné (atteint d’une hépatite C, il décèdera en 1999 ndlr).
Il y a donc tout le désespoir et l’incompréhension d’une vie nourrie au rejet et à la médisance sur Curtains, treizième titre de « Heaven On A Popsicle Stick ». Cette chanson surpasse de loin les douze morceaux précédents du disque par son intense interprétation et son ambiance malsaine. Elle résume à elle seule tout le talent et la solitude de l’homme au micro. Ces chuchotements dérangeants, cet harmonica lancinant et plaintif ô combien laborieux à se sortir de la tête, ce violoncelle grave, ce feulement rauque d’homme blessé.. Pour toutes ces raisons, voilà probablement (et en toute objectivité) l’une des chansons les plus tristes jamais enregistrées. C’est peut-être également le premier morceau à écouter en priorité pour se faire une idée de la musique du quintet et s’ouvrir à son univers.

Au final, une excellente surprise que ce disque passé presque inaperçu dans son propre pays au cours des années quatre-vingt-dix.

A noter: les albums de Smoke étant devenus de petites raretés, il est désormais possible de se les procurer via iTunes ou Bandcamp.

Chroniqueur

Tracklist

  1. Hole
  2. Awake
  3. Freak
  4. The Trip
  5. Hank Aaron - Lyrics By Dana Kletter
  6. Luke's Feet
  7. Beeper Will
  8. The Pond
  9. I Do
  10. Ballet
  11. Guilt
  12. Abigail
  13. Curtains

La disco de Smoke