"> Touché Amoré - Lament - Indiepoprock

Lament


Un album de sorti en chez .

8

Un groupe de post-hardcore qui approfondit son propos.

Le contexte musical du moment, propice à nous confronter régulièrement à des guitares qui claquent rend-il nos oreilles plus sensibles à un album qui en recèle quand, d’autres fois, on serait vite passés à autre chose ? La question mérite d’être posée quand on en vient à décortiquer le cinquième album de Touché Amoré, formation post-hardcore de Los Angeles qui se trimballe tous les attributs du genre et ne nous avait jusque-là guère marqués. Le post-hardcore, c’est une musique qu’on a toujours apprécié de savoir là, comme si les groupes qui alimentaient le genre étaient en quelque sorte des gardiens du temple que, pour le reste, on considérait avec tendresse sans être dupes de la limite de leur propos voire, parfois, de l’archaïsme de leur production. En gros, à petites doses, on pouvait, dans le meilleur des cas, apprécier la débauche d’énergie, le côté « défouloir » mais se lasser rapidement de ces dynamiques qui ne varient quasiment jamais, souvent vainement héroïques, et du recours outrancier aux cris plus qu’au chant. Depuis plus de dix ans, Touché Amoré a cultivé cette attitude, avec toutefois une dialectique assez sombre, sans pour autant sortir du lot. Et puis voici que paraît « Lament », leur cinquième album, qu’on l’écoute sans éprouver l’envie d’abréger, et qu’on éprouve même celle de se le repasser.

« Lament » a été produit par Ross Robinson, impossible de ne pas le mentionner, sa participation à cet album est tellement mise en avant qu’on se demande si ce n’est pas un album de Ross Robinson avant d’être un disque de Touché Amoré. Quoi qu’il en soit, pour le meilleur et pour le pire, c’est un producteur qui s’est fait un nom dans le milieu, responsable, pour le versant sombre, de la popularité de groupes cauchemardesques type Limp Bizkit et, pour le versant lumineux, du retour en verve de The Cure en  2004, de l’éclatante réussite de « Relationship Of Command » d’At The Drive In en 2000. Pour finir de faire le tour de cette collaboration avec Robinson, pas mieux que la déclaration de Jeremy Bolm, le chanteur de Touché Amoré, qui a affirmé : « On ne pouvait pas travailler avec quelqu’un d’autre que Ross Robinson pour cet album ». Déclaration en forme de joli résumé, faisant apparaître le producteur comme incontournable tout en laissant poindre un certain fatalisme. Intéressant constat.

Mais alors, qu’est-ce qui fait le sel de cette rencontre au final, qu’est-ce qui fait que « Lament » a de l’intérêt au-delà d’un nom de producteur à mettre en tête de gondole ? Il faut commencer par préciser que « Lament » est du début à la fin un disque de post-hardcore, oublier la dialectique qui voudrait que le groupe soit sorti de sa zone de confort, aie brisé l’armure ou on ne sait quoi d’autre. Tout le long de « Lament », Jeremy Bolm braille à s’en exploser les cordes vocales, les roulis de batterie sont incessants et les riffs sauvages. Au niveau du propos, là, Jeremy Bolm avait de la matière à faire sortir, voire à expulser. « Lament » est, directement et indirectement, lié à la perte de sa mère, décédée des suites d’un cancer. Ce propos était au centre de l’album précédent du groupe, et « Lament » se voudrait celui de l’étape d’après. Mais passer à autre chose, c’est plus facile à dire qu’à faire, et c’est la zone grise entre les tiraillements du passé, les aspirations pour l’avenir et l’incertitude du présent qui sont cette fois-ci au centre du jeu. Et Bolm a préféré tout expulser en écrivant des morceaux qui jouent la carte du souffle et de l’extraversion plutôt que celle de la contrition confinée, sans pour autant dissimuler son malaise. Et c’est là qu’intervient Ross Robinson, dont la patte se caractérise par une capacité hors-pair à saisir l’énergie du live et à la retranscrire en un son indéniablement studio. Ainsi, l’écriture finalement très mélodique de Jeremy Bolm, à la fois pleine de douleur et de nécessité de la transcender est portée par un groupe en pleine symbiose, libéré quand il le faut, canalisé sans que ça ne nuise à la spontanéité. Lament, Limelight, A Broadcast sont des pièces bouleversantes, exceptionnellement habitées, qui donnent toute leur noblesse à une forme faussement facile. Dans le genre, une réussite majeure.

 

Rédacteur en chef

Tracklist

  1. Come Heroine
  2. Lament
  3. Feign
  4. Reminders
  5. Limelight
  6. Exit Row
  7. Savoring
  8. A Broadcast
  9. I'll Be Your Host
  10. Deflector
  11. A Forecast

La disco de Touché Amoré

Lament8
80%

Lament