"> Working Men's Club - S/T - Indiepoprock

S/T


Un album de sorti en chez .

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Premier album, des tout jeunes Working Men's Club. Vraie révélation ou vrai opportunisme ?

La nouvelle vague post-punk n’a cessé d’enfler ces dernières années et, en 2020, entre révélations et nouveaux albums de groupes apparus récemment, il ne se passe plus un mois sans qu’un disque, au minimum, associé à la mouvance, soit édité. Jusque-là, il faut bien avouer que l’on a regardé cette nouvelle génération, dynamique des deux côtés de l’Atlantique, avec bienveillance car, entre climat social propice, mainmise bien moindre des grandes maisons de disques sur les grandes tendances de fond et véritable spontanéité des groupes concernés, libérés d’un joug trop prégnant de figures tutélaires, le rock ayant perdu son statut de genre musical dominant, on a eu droit à une salve d’excellents albums. Toutefois, par habitude, méfiance naturelle ou simplement par expérience, on guette le groupe qui va tenter de s’inscrire dans le tableau général avec, dans la démarche, davantage de calcul que de sincérité. Working Men’s Club, apparu dans le radar l’an dernier via quelques singles et concerts, a-t-il ce profil ? De prime abord, un peu. D’abord, il faut préciser que Working Men’s Club n’est un groupe que pour la façade puisque, entre la publication de leur premier single et celle de ce premier album, le line-up a entièrement changé, à l’exception de la tête pensante de la troupe, Sidney Minsky-Sargeant. Ensuite, il y a les origines géographiques. Dès qu’on cite Working Men’s Club, on précise de suite qu’ils viennent du nord de l’Angleterre, avec tout l’imaginaire qui va avec. Mais Sidney Minsky-Sargeant clâme tant et plus qu’il a toujours écrit et joué sa propre musique, sans s’intéresser plus que cela à ce qu’avaient bien pu faire ses brillants prédécesseurs. Et là, on a un peu un souci, car on ne peut s’empêcher d’avoir l’impression d’entendre un discours rôdé, bien calé entre récupération d’un « patrimoine » musical et attitude bravache pour soigner l’image.

Et la musique dans tout cela ? vous demanderez-vous avec raison. De fait, une fois que vous aurez lu deux ou trois articles sur Working Men’s Club – où tout ce qui vient d’être dit se retrouve condensé – , si vous vous intéressez un minimum à la musique indé, vous avez déjà deviné que le son de Working Men’s Club est fait de plages synthétiques compulsives sur lesquelles viennent se greffer accords de guitare coupants, batterie électronique raide comme la justice, chant métronomique, pour des dynamiques entre tension et esprit rave. Et l’écoute de ce premier album sera un déroulé en 47 minutes de ce programme, sans la moindre surprise. Certes, sur Angel, long titre de 12 minutes qui referme l’album, alors qu’on croit que celui-ci va se terminer sur un accord étiré à l’envi, en milieu de morceau, ça repart de plus belle avec guitare et batterie pour un feu d’artifice final qui évite de nous faire pousser un soupir. Sur Be My Guest, en exacerbant son côté martial et en offrant un morceau plus « crasse » que sur le reste du disque, le groupe réussit à susciter l’intérêt et à faire naître une vraie tension. Le reste du temps, Working Men’s Club enfile un costume mal taillé. Sur les titres les plus « planants », les plus axés dancefloor, Valleys, White Rooms And People, Teeth, un manque cruel d’imagination et de folie est à l’oeuvre, et il faut vraiment beaucoup d’auto-persuasion pour se laisser emporter par ces dynamiques très convenues. Et quand la troupe joue une partition plus froide, prétendument plus tendue, sur Tomorrow ou Cook A Coffee, le tout manque de conviction, et surtout, de force de persuasion. Car, qu’il s’en défende autant qu’il le veut, Sidney Minsky-Sargeant illustre un genre plus qu’il ne l’incarne. Il ne fait pas de doute que les nostalgiques du Manchester des années 80 sont nombreux et sont prêts à frétiller dès qu’un album comme celui-ci apparaît. Mais, avec Working Men’s Club, ils courent après des ombres.

Rédacteur en chef
  • Pas de concert en France ou Belgique pour le moment

La disco de Working Men's Club