"> Festival Beauregard 2026 : les vieilles recettes ont parfois du bon - Live Report - Indiepoprock

Festival Beauregard 2026 : les vieilles recettes ont parfois du bon


Un savoir-faire bien huilé

Instauré parmi les plus beaux rendez-vous de l’été, le festival normand poursuit tranquillement son chemin à Hérouville-Saint-Clair. Entre infrastructures rodées et public intergénérationnel, sa formule généraliste fait cohabiter les esthétiques avec une efficacité redoutable. Retour condensé sur quatre jours de ferveur et de grands concerts.

Jeudi : Orelsan surprend, Pulp régale

Le coup d’envoi du festival s’est articulé autour d’une montée en puissance particulièrement bien maîtrisée. Si la pop délicate de Girls in Hawaii a quelque peu souffert de la froideur clinique du début d’après-midi, et que l’électro immersive de Thylacine a su capter son audience, ce sont les têtes d’affiche qui ont véritablement embrasé cette première journée.

Attendu au tournant, l’enfant du pays Orelsan a choisi de prendre des risques en délaissant l’efficacité immédiate pour une performance narrative et scénographique ambitieuse. Un choix déroutant mais passionnant. Dans un tout autre style, l’insolent dandy britannique Jarvis Cocker a prouvé avec Pulp qu’il n’avait rien perdu de sa superbe : une prestation habitée, élégante et d’une rare intensité rock, rappelant l’écart immense entre jouer des morceaux et posséder une scène.

Vendredi : La chanson française et la fureur suédoise

Le vendredi naviguait entre poésie francophone et décharges d’énergie pure. Sous un soleil de plomb, le magnétique Bertrand Belin est parvenu à imposer un silence hypnotique grâce à sa seule présence, créant une bulle intime inattendue. Plus tard, Gaëtan Roussel a livré l’un des moments les plus émouvants du week-end, faisant dialoguer ses morceaux en solo avec les classiques de Louise Attaque et une reprise bouleversante d’Alain Bashung (Résidents de la République), d’autant plus pour un inconditionnel, et donc exigeant en la matière.

La transition fut brutale mais salvatrice avec les Suédois de The Hives. Impeccablement costumés et d’une insolence intacte, ils ont déroulé une heure de rock garage sous haute tension, sans la moindre baisse de régime. Une leçon de vitalité qui aura marqué la journée, complétée par les sets incandescents de Feu! Chatterton, bien que concernant ces-derniers, nous serions preneur d’un brin de renouveau, et l’énergie brute de SLIFT.

Samedi : Le triomphe des Dropkick Murphys

Journée la plus éclectique du week-end, le samedi oscillait constamment entre la pop fraîche de Royel Otis et le blues habile de Christone « Kingfish » Ingram. Si la délicatesse d’Agnes Obel s’est malheureusement perdue sur une grande scène extérieure inadaptée à son intimité, offrant un set totalement hors-sujet, les Américains de Dropkick Murphys ont balayé tous les doutes pour signer le concert incontournable de cette édition 2026. Célébrant trente ans de carrière avec une sincérité désarmante, leur fusion de punk et de folklore irlandais a soulevé la prairie dans un élan de communion totale. Un triomphe brut et généreux, qui a éclipsé la performance un peu mécanique et désincarnée de Franz Ferdinand.

Dimanche : Clôture iconique

Pour refermer ces quatre jours, Beauregard misait sur ses valeurs sûres. Le songwriter américain Kevin Morby a habilement musclé son set pour l’adapter au plein air, tandis que Vanessa Paradis a déployé toute son élégance naturelle devant un public conquis par son capital sympathie. Les légendaires Pixies, seront venus eux exécuter leurs classiques avec une précision chirurgicale bien que très industrielle. Après ce set qui n’aura accroché que les fans se présente Gaël Faye, dont les textes ciselés et la douceur apparente ont offert une parenthèse particulièrement agréable en fin d’après-midi. Sans jamais chercher l’effet spectaculaire, il parvient à capter l’attention d’un public pourtant déjà tourné vers la soirée. Une belle réussite.

Reviendra cette année au DJ néerlandais Armin van Buuren de clôturer le festival en transformant le domaine en un immense dancefloor à ciel ouvert pour au final résumer ce qu’est Beauregard : fun, ensoleillé, fleurant bon la fin du bac pour certains, un week-end famillial pour d’autres, en tout cas un doux début d’été pour tous.

Bilan

Beauregard ne cherche pas l’avant-garde, mais sa force réside dans sa capacité unique à faire cohabiter les contraires. On retiendra l’audace scénique d’Orelsan, la classe folle de Pulp, la justesse de Bertrand Belin et Gaëtan Roussel, la tension électrique des Hives et, par-dessus tout, la claque humaine et rock administrée par les Dropkick Murphys. Rendez-vous l’année prochaine.

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