Schlagenheim


Un album de sorti en chez .

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Premier album du quatuor décrit comme le plus excitant de Londres cette année.

Cette fois le doute n’est plus permis : après l’avènement de Shame l’an dernier et celui de Fontaines D.C au printemps, le premier album de Black Midi, annoncé avec tambours et trompettes, ou plutôt guitares débraillées et décomplexées, vient confirmer que le rock primaire et échevelé était définitivement de retour dans les îles britanniques, au point que le quatuor formé par Geordie Greep, Cameron Picton, Matt Kelvin et Morgan Simpson était, après une poignée de titres dévoilés, une présence minimale sur le web au profit de concerts fiévreux, déjà décrit comme le groupe le plus excitant de Londres. « Schlagenheim », leur premier opus, est en outre publié sur le légendaire label Rough Trade, soit autant de détails aptes à nous renvoyer quelques années en arrière, quand on nous annonçait une fois par trimestre minimum la nouvelle hype à ne pas rater, avec au final des résultats logiquement en deça des attentes et des carrières éclair. Bref, fallait-il réellement s’enflammer pour Black Midi ou cesser de croire aux histoires trop belles ?

953, titre inaugural aussi énigmatique que celui de l’album, a le mérite de nous couper le sifflet le temps de comprendre ce qui nous arrive : en un peu plus de cinq minutes, Black Midi enchaîne les riffs, démarre au sprint, puis ralentit sans crier gare, bifurque, reprend le sprint et le boucle avec radicalité. C’est le genre de morceau qui impose une patte et nous fait comprendre que l’étiquette ne va pas être facile à poser sur le dos du groupe, sachant qu’on est loin de l’exercice carré et concis que s’imposent les formations qu’on a citées en début de chronique. En bref, Black Midi fait à peu près tout l’inverse, comme s’ils cherchaient à nous empêcher de saisir l’essence de leur musique. Donc, c’est punk par moments, psyché par moments, etc… Mais alors, a-t-on affaire à un groupe insaisissable qui tire sa force de son habileté à ne pas se laisser enfermer dans un cadre ou à un brillant exercice de poudre aux yeux qui dissimule une incapacité à aller à l’essentiel derrière un empilement trop disparate pour être honnête ? Objectivement, dans un premier temps, le doute est permis, la sensation d’avoir perdu sa boussole nous faisant nous demander si le groupe lui-même en a une.

De fait, le groupe a admis que l’improvisation avait joué un rôle prépondérant dans l’élaboration de cet album. Alors faut-il célébrer l’audace et la spontanéité de Black Midi ou rappeler que, par définition, un album n’est pas censé être un work in progress mais l’aboutissement d’une gestation, qu’elle soit longue ou pas ? Gageons qu’il y aura deux chapelles mais, l’important, c’est de déterminer si on prend du plaisir à l’écoute de « Schlagenheim » ou pas. La réponse est plutôt oui et si Black Midi en déroutera plus d’un, ils n’en ont pas moins quelques atouts. Le premier, c’est de ne pas faire semblant. Qu’on considère leurs morceaux artificiels ou pas, le son est brut, les riffs sans retenue, les cris de Geordie Greep purs et libérateurs, que ce soit sur bmbmbm ou Ducter. Parlant de la voix de Geordie Greep, qu’elle appartienne à quelqu’un qui a la petite vingtaine surprend et, tout au long de l’album, il va chercher des intonations chaudes absolument bluffantes. Enfin, si leur principale caractéristique est de bifurquer plusieurs fois dans un seul morceau, ils maîtrisent à la perfection l’art de la transition et des ruptures, dans une cohésion totale. Le premier réflexe à l’écoute de « Schlagenheim » est peut-être d’avoir envie de voir Black Midi sur scène pour vivre pleinement le grain de folie dégagé par le groupe, mais il n’est pas dit que l’album ne s’incrustera pas durablement.

Rédacteur en chef

Tracklist

  1. 953
  2. Speedway
  3. Reggae
  4. Near DT, MI
  5. Western
  6. Of Schlagenheim
  7. bmbmbm
  8. Years Ago
  9. Ducter

La disco de Black Midi