Interview de Baden Baden

Notre interview de Baden Baden pour la sortie de "Mille Eclairs"

Création

IPR : Comment est né “Mille éclairs” ? L’écriture des textes à Gatteville par Eric puis l’ajout de musique à Paris à la faveur d’aller-retours avec entre autres, Julien et Gabriel ou un travail en commun texte/musique sur tous les titres sans dissocier musique et textes ?

Eric : On s’échange à distance avec Julien des embryons de morceaux qu’on bricole chez nous, puis chacun rebondit sur ce que l’autre propose et essaie de l’amener plus loin. Au départ ce sont souvent des boucles instrumentales avec parfois un gimmick de voix plus ou moins fantomatiques. Ecrire un texte structuré est souvent la dernière étape. Il est même arrivé que je finisse un texte au moment de l’enregistrer en studio. C’est une étape que je repousse parfois sans cesse. Le texte et la prise voix. Mais l’idéal est quand la musique est suffisamment inspirante pour provoquer une écriture automatique. Pour ce qui est de la géographie, une première moitié de l’album a été composée chez nous à Paris. Mais a mi-parcours, après avoir abouti 5 ou 6 morceaux dont on était contents, il y a eu comme un blocage… il fallait changer quelque chose. Je me suis alors exilé pendant quelques mois seul dans une maison au bord de la Manche avec le minimum vital pour composer. Paris était devenu trop familière, il y avait trop de distractions. Je n’arrivais plus a me concentrer. Ca a été une expérience très agréable de pouvoir se recentrer sur un objectif unique pendant quelque temps.

Anglais

IPR : La moitié des titres de “Coline” étaient en anglais. “Mille éclairs” est quasi intégralement en français. Nous avons lu que “ce petit virage” s’était fait naturellement. Faut-il aussi y voir une prise de risque volontaire ou une forme d’assurance/maturité (sans prétention) qui vous permet désormais de vous “exprimer” en français ?

Eric : On ne s’est jamais demandé si c’était risqué ou pas d’écrire en Français. On a toujours aimé mélanger des instrumentations anglo-saxonnes avec un texte en français. Simplement parfois ça ne fonctionnait pas, donc on ne forçait jamais les choses. Et l’écriture en anglais était toujours quelque chose d’agréable pour ses sonorités. Il n’y a pas eu la volonté de favoriser l’une ou l’autre langue au départ. Mais les premiers titres composés l’étaient et on s’est très vite pris au jeu de manière systématique. Petit à petit ça a semblé fonctionner quelle que soit l’instrumentation. Au contraire avec l’anglais, on avait l’impression de ne plus être authentiques, d’être plus dans l’imitation. Ensuite le français est ma langue maternelle. Il permet donc une écriture plus automatique, instinctive. Ca permet de décrire des émotions avec nuances, d’être le plus évocateur possible avec peu de mots.

Inspiration

IPR : Est-ce que des lectures ou des films sont des sources d’inspiration pour les textes ? (ou est-ce uniquement la contemplation des rivages de la Manche) ?

Eric : Une autre oeuvre peut être une influence. Mais la source d’inspiration c’est la vie. Ce sont les émotions qu’elle procure. C’est ce qu’on en fantasme, ce qu’on projette. C’est la nostalgie… Ecrire une chanson c’est s’enivrer. C’est sans doute le seul et unique objectif. Le sport aussi peut procurer cette sensation. Il m’est souvent arrivé d’être ému aux larmes simplement en regardant un événement sportif. Il peut y avoir une telle densité d’émotions dans un très court instant.

Choix

IPR : Voilà, c’est bonheur, on vous envoie sur une île inhabitée loin des tumultes… 

Vous avez le droit d’emporter 3 disques et seulement 3 !

– un de chanson française, 

– un de rock anglais,

– un de rock US

Lesquels ?

Julien : C’est un choix cornélien.

FR : Alain Bashung – Fantaisie Militaire

UK : The Beatles – Revolver

US : Grandaddy – The Sophtware Slump

Genre

IPR : C’est réducteur, oui, mais on vous classerait bien dans une nouvelle catégorie : “Indie Pop élégante”. Est-ce que cela vous convient ? “Elegante” faisant référence à la qualité des textes et à la recherche instrumentale de Baden Baden (exemple, la trompette sur Criminel et d’autres envolées instrumentales judicieusement placées).

Julien : Merci, on accepte volontiers tes compliments ! C’est toujours difficile de classer un groupe dans une catégorie musicale, à fortiori son groupe. Pour faire simple, pop ou indie pop nous convient très bien !

Précisions

IPR : Le texte en anglais/espagnol sur Criminel, est tiré de quel(s) film(s) ? Et M.A.C., quelle signification ?

Eric : Sur Criminel, il s’agit d’un dialogue en japonais issu du court métrage « Les oiseaux de Tomoko » d’Alexandre Saltiel qui est un ami et qui a réalisé plusieurs clips pour nous dont le tout premier en 2010 pour le titre Anyone. Pour ce titre, on était à la recherche d’un dialogue de film entre un homme et une femme sur le thème de la passion amoureuse et de la rupture. Ici c’est la sonorité qui nous a plu : il y a toujours quelque chose de très solennel et grave dans le phrasé Japonais. Ca collait bien avec l’ambiance du morceau.

Pour M.A.C ce sont des initiales qui peuvent avoir un sens pour nous. Mais je n’ai pas envie d’imposer quoi que ce soit. Toutes les propositions sont les bienvenues !

Barny Barnicott

IPR : Diriez-vous de l’anglais qu’il a permis d’enrichir les sons de Baden Baden en y ajoutant une certaine complexité ? Quelles ont été les “références” de B. Barnicott qui auraient pu vous amener à le contacter ?

Julien : Oui. C’est Frédéric Lefranc, l’ingé son et réalisateur de “Mille Éclairs”, qui nous a parlé de lui et fait écouter son travail sur “Dream Cave” de Cloud Control. On a tous été séduits et on a décidé de lui confier le mix des morceaux. Barny a apporté une vraie profondeur aux compos et la cohérence en termes de production qu’il manquait peut être sur “Coline”. Il a apporté aussi beaucoup de textures notamment sur les chœurs réverbérés et distordus qu’on entend ici et là.

Ressemblance

IPR : Nous avons pensé au phrasé de Florent Marchet en écoutant Eric (on vous l’a certainement déjà dit), mais aussi à Paco Volume dans un registre beaucoup plus pop et même électro. Est-ce que cela vous agace ou est-ce assez inévitable ?

Eric : Oui c’est arrivé une ou deux fois qu’on me dise que mon phrasé ressemble a celui de Florent Marchet. Si c’est un ressenti alors ça ne se discute pas. Et il y a pire comme comparaison ! Mais ça m’a toujours étonné. J’ai découvert Florent Marchet sur le tard… à son 4e ou 5e album je crois… donc c’est le fruit du hasard… Sans doute qu’il y a une similitude dans le timbre de voix et la façon de placer les mots. Mais de toute façon, ça ne nous dérange pas d’être comparés. Paco volume ce sont des amis, donc ça nous dérange d’autant moins !

Dominique A

IPR : Nous avons pensé aux qualités des textes et sons de Dominique A en écoutant et en réécoutant “Mille éclairs”. Dans le genre flatteur, c’est pas mal, non ? Vous en pensez quoi du Nantais d’adoption ?

Eric : Que du bien ! Ca a toujours été un exemple pour nous. Il a une carrière que je trouve assez exemplaire… Une vraie personnalité musicale tout au long de sa longue discographie sans se soucier des courants et des modes. Son écriture est très sincère, inventive, elle nous parle beaucoup : l’art d’être tellement évocateur à travers seulement quelques mots parfois. Une expression comme “Le courage des oiseaux”… On peut tout imaginer et c’est juste beau…. En plus on a eu la chance de partager la scène avec lui un soir, et c’est quelqu’un de très simple et gentil.

Nantes 

IPR : Nantes est sans doute l’une des plus belles villes de la façade ouest (après Gatteville-le-Phare s’entend), il existe là bas une salle, Stéréolux qui vous accueillerait avec bonheur. 

Vous venez quand ? 

Eric : Dès qu’on nous booke ! On n’a jamais eu la chance de jouer sur Nantes, ce serait un vrai plaisir pour nous !

Tous nos remerciements à Eric et Julien mais aussi à Delphine.

Retrouvez la chronique de “Mille Eclairs” mercredi sur Indiepoprock.

Chroniqueur
  • Publication 471 vues9 février 2015
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