Interview de Wild Nothing

Interview de Wild Nothing

J'aime l'idée qu'on ne puisse pas savoir quand cet album a été composé.

“Indigo” est ton quatrième album. Tu as toujours évolué entre tes disques, qu’est-ce qui a été nouveau pour toi sur celui-ci ?

À chaque album j’ai toujours un moment où je me demande quels sont mes objectifs, vers quoi je me dirige. Pour ce quatrième album j’avais vraiment envie de regarder derrière moi et voir ce qui définit vraiment Wild Nothing. Je pense que j’avais assez d’assurance pour faire référence à ma propre histoire en tant qu’artiste. Avant, je n’aimais pas faire des choses qui ressemblaient à ce que j’avais pu faire par le passé, surtout sur mon disque précédent. J’avais l’impression de me battre contre ma propre identité. J’essayais de m’orienter dans une nouvelle direction pour voir ce qui allait en découler. Mais cette fois-ci je voulais juste faire l’album qui ferait le plus sens dans ma discographie.

J’ai lu que tu avais beaucoup de pression pour ton disque précédent, comme si tu devais prouver quelque chose. Tu n’as pas eu ce sentiment cette fois-ci ? 

“Indigo” est vraiment une réaction à “Life Of Pause”, où j’avais l’impression de devoir faire quelque chose de différent. À l’époque je me disais que si mon troisième album ressemblait aux deux premiers, ça serait décevant. Je voulais faire une vraie recherche sur ma musique pour l’appréhender autrement, et je suis très heureux de l’avoir fait. Mais maintenant, sur ce quatrième album j’avais envie de revenir à des choses qui me ressemblent plus. Mon processus créatif est fait de hauts et de bas, parfois j’ai l’impression de vraiment avancer, parfois non. Mais cette fois-ci je me suis toujours senti bien, je n’ai jamais eu peur, j’ai juste essayé de le rendre aussi bon que possible.

Quatre ans s’étaient écoulés entre “Nocturne” et “Life Of Pause”, alors que pour celui-ci tu n’as attendu que deux ans, y a-t-il une raison à cela ?

Je pense que c’est lié au blocage psychologique que j’avais sur mes précédents albums. Entre le deuxième et le troisième, j’ai vraiment senti que je devais prouver des choses, donc je me suis posé beaucoup de questions. Cette fois-ci je n’avais rien à prouver et tout est venu plus rapidement.

Ça fait presque dix ans que Wild Nothing existe. Qu’est-ce qui a changé pour toi depuis tes débuts ? 

Mon processus créatif est resté plus ou moins le même. J’ai eu des collaborateurs différents et j’ai effectué quelques changements au fur et à mesure, mais le gros du travail est resté assez similaire. J’écris mes chansons de la même façon, c’est toujours très personnel. Mais d’un autre coté le monde de la musique a beaucoup changé. Je pense avoir été très chanceux d’arriver avec mon premier album à un moment où les gens s’intéressaient à ce genre de musique. Donc ma musique était en accord avec la mode du moment. Aujourd’hui c’est très différent je crois, les gouts ont évolué. Je portais beaucoup d’attention à cela avant, et ça m’effrayait, mais maintenant peu m’importe que cet album sonne “très 2018” ou “très oldschool”, je veux juste faire la musique que j’aime.

Tu as dit à propos de ce disque : “Même s’il n’est pas intemporel, il est au moins hors du temps”. Qu’est-ce que tu entends par là ?

Je pense continuellement au contexte de ma musique et j’essaye de comprendre où je me place par rapport aux autres artistes contemporains. J’aime bien me demander comment mon disque sonnera dans 5 ans. Cela m’intrigue. Quand j’écoute un vieux disque, je ne l’écoute pas parce qu’il est vieux mais parce qu’il est bon. Je pense que ma musique fait référence aux années 70 mais ce n’est pas volontaire, ce sont juste des influences. Je n’ai pas envie que mon disque sonne comme tel ou tel artiste ou telle ou telle période. Au contraire, j’aime l’idée qu’on ne puisse pas savoir quand il a été composé. Mais c’est très dur de savoir si j’ai réussi à atteindre ça.

À l’occasion de la sortie de “Life Of Pause” en 2016 tu avais dit : “J’ai l’impression que c’est le meilleur disque que j’ai produit.” Est-ce que tu as la même sensation pour “Indigo” maintenant ?

Je pense que c’est normal de penser cela au moment de la sortie d’un album. Quand on crée, on veut donner le meilleur de soi même et partager les choses les plus proches de nous. J’ai passé tellement de temps et dépensé tellement d’énergie à travailler sur cet album que ça serait tragique de ne pas l’aimer. Cela dit, plus le temps passe plus je prends du recul sur mes anciens morceaux. Je pense sincèrement que “Indigo” est l’album qui me ressemble le plus aujourd’hui.

Tu as parfois dit que tu ne faisais pas de la musique pour dire quelque chose de particulier ou pour faire passer des messages. Les paroles n’ont pas d’importance particulière pour toi ?

J’aime voir ma musique comme un grand puzzle que j’essaye d’assembler. J’aime contrôler tous les aspects de mes albums, je pars de zéro et j’écris tout de A à Z. C’est vrai que les paroles n’ont pas plus d’importance que le reste, mais ça ne veut pas dire qu’elles ne sont pas importantes, je les vois juste comme un élément parmi d’autres. Tous les éléments doivent marcher ensemble, donc évidemment les paroles participent au morceau. Ce n’est pas pour autant que je n’ai pas de choses à dire, mais ce n’est pas l’intention première. Tous mes albums parlent d’amour et des relations humaines, c’est très cliché mais en tant qu’être humain on ne peut pas faire autrement. L’album parle de ma vie sous plein d’aspects, ma relation avec ma femme, l’endroit où je vis, ma ville, etc. Les hommes écriront toujours sur l’amour, c’est une chose à laquelle tout le monde peut s’identifier.

Sur ton album précédent tu avais souhaité rendre le son très organique. Quelle était ton ambition sur celui-ci ?

J’ai l’impression que c’est toujours le cas, d’une certaine façon. C’est la première fois que j’enregistre des morceaux en live avec des musiciens, donc cela donne une dimension organique à l’album. Je n’avais jamais eu l’occasion de faire ça, c’était beaucoup  plus simple pour moi d’enregistrer des petits bouts que j’assemblais ensuite. Cet album à l’air plus vivant, je trouve.

Tu avais dit dans une vieille interview que ton premier disque avait été très difficile à adapter en live car il partait un petit peu dans tous les sens. Qu’est-ce que l’expérience du live t’a apporté ?

Le fait de jouer mes morceaux devant des gens a beaucoup changé ma musique. Ça m’aide à voir ce qui fonctionne ou pas, et ça m’influence, évidemment. Je pense beaucoup plus aux gens qui m’écoutent aujourd’hui qu’à l’époque de mes premiers albums, même si ça ne dicte pas la façon dont je compose. Il y a des gens qui me découvrent aujourd’hui mais il y en a d’autres qui me suivent depuis longtemps, ils ont leur propre relation à ma musique, je sens cette présence, donc c’est important pour moi d’en tenir compte.

Tu as annoncé une tournée en Europe, comment tu te sens ?

Ça fait deux ans que je n’ai pas fait de tournée donc je suis très excité mais c’est aussi effrayant de reprendre ce rythme. Je suis quand même assez serein, je vais tourner avec mon quatrième album, je n’ai pas la pression d’un deuxième disque par exemple. J’ai juste à être moi, j’aime porter l’histoire de Wild Nothing sur scène en jouant des morceaux issus de tous mes albums. J’aime que mes concerts soient représentatifs de ma discographie, c’est intéressant de mêler des anciens et des nouveaux morceaux.

Beaucoup de groupes n’arrivent jamais au quatrième album. Tu fais presque partie des vieux artistes maintenant, ça te fait quoi ?

C’est sûr, c’est assez fou. Je n’ai vraiment pas l’impression que mon premier album est sorti il y a 8 ans. Je peux expliquer cela par le fait que je travaille quasiment seul sur mes disques. C’est beaucoup plus difficile de durer avec un groupe, les relations entre les membres évoluent toujours en 8 ans. C’est plus simple de maintenir une relation de travail avec soi-même.

 

Wild Nothing sera en concert à Paris, à la Maroquinerie, le 20 février prochain.

Chroniqueur
  • Date de l'interview 412 vues16 octobre 2018
  • Tags Wild Nothing
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