Nîmes was a love song (TINALS 2019)


Un festival à taille humaine où le son est de qualité : parfait pour débuter l'été.

Je n’étais pas retourné dans le Sud de la France pour le festival This is not a Love Song depuis six ans, trop occupé à me perdre dans les méandres d’un autre événement bien plus grand, le Primavera Sound à Barcelone. Pendant longtemps, j’ai cru que le dernier week-end de mai était un match de boxe entre David et Goliath qui auraient la même envie mais pas le même budget. J’étais loin du compte et cette 7e édition m’a prouvé le contraire.

Mea Culpa.

Je sais désormais que le TINALS est le lieu des musiques actuelles à visiter à cette saison, et je vous encourage à y venir l’année prochaine.

La première chose qui vous frappe en arrivant à la salle de musiques actuelles Paloma, c’est le vaste endroit où les activités ont lieu ; effectivement, il n’y a pas que des concerts toute la soirée mais aussi des rencontres en extérieur où y sont discutés les différents volets de la culture indépendante actuelle, à l’heure du numérique et dans la bande dessinée. Point de Ted Talks ici, un vrai échange existe entre les intervenants et leur audience, à la manière de la relation entre les musiciens et le public.

62029232_343561036341473_6458259176723316736_n

Kurt Vile

Je rebondis tout de suite sur l’ambiance que j’ai relevée pendant les trois soirs : elle était excellente du début à la fin. C’est l’avantage d’avoir un festival à taille humaine malgré quatre scènes, chacun(e) peut y trouver son compte même si quelques clashs étaient au programme car c’est l’essence même de ce genre d’événement. Non, je n’ai pas pu applaudir Built To Spill (qui était un bon groupe de guitares selon une dame d’un certain âge, bénévole) car j’écoutais Kurt Vile revisiter ses classiques. Ce guitariste est une vraie machine à tubes que l’on redécouvre à chaque nouveau morceau, avec tant d’albums que le choix est infini.

Dans un style très différent mais avec une collection de chansons conséquentes, Shellac a aussi fait forte impression auprès du public le premier soir. Il faut dire que le trio guitare/basse/batterie est très efficace pour marquer les esprits avec un Steve Albini impérial. Je me demande toujours comment il fait pour enchaîner les projets, au poker ou dans les studios. Respect.

Big Thief

Big Thief

Un autre fait marquant de cette édition du TINALS, c’est la présence de femmes à l’affiche qui montre la modernité assumée d’un festival qui choisit une ligne éditoriale en phase avec la scène indépendante. Vendredi soir, j’ai eu la chance de redécouvrir la belle mélancolie chantée par Adrianne Lenker et ses musiciens, du groupe Big Thief. Le fait qu’elle ajoute des solos de guitare à la fin de ses chansons m’a fait penser à Yo la Tengo, ce qui m’a convaincu de réécouter leur dernier album. Quitte à se nourrir d’influences, autant les faire ressortir en concert, je pense, et le pari est réussi. L’impression qu’elle laisse au public est forte et j’ai entendu quelques festivaliers en discuter plus tard dans la soirée encore.

Même constat pour Courtney Barnett qui a déroulé son set avec une assurance assez incroyable, enfin, pour quelqu’un qui ne l’avait pas vue depuis sa première tournée française. On m’a fait remarquer qu’effectivement, elle avait fait un sacré bout de chemin mais je trouve que l’attitude sur scène n’est pas robotisée comme certains(e) autres artistes confirmé(e)s. J’ai surtout l’impression qu’elle s’amuse sur scène, un peu à la manière d’un Thomas Mars de Phoenix, le sourire en avant, la guitare en plus pour l’Australienne.

Jusque là, tout allait bien, j’avais eu mon quota de guitares en deux soirées, et pourtant je n’étais pas prêt au spectacle suivant : Stephen Malkmus and the Jicks. Entre deux anecdotes croustillantes sur sa vie en tournée, le génie californien m’a offert un retour dans les années 90 sans artifices. Il nous invite dans sa chambre, (peut-on parler de bedroom rock du coup ?) d’adolescent trop âgé et réussit même à nous tirer quelques larmes sur une sorte de slow que l’on danserait lors d’un bal de promo. Une heure américaine réussie, qui augure un sacré retour de son premier projet, ô combien inattendu Pavement, qui se produira chez le festival concurrent du Primavera Sound.

Stephen MAlkmus tinals

Stephen Malkmus (c) C. Gardet

Je profite d’un moment de quiétude dans mon récit pour évoquer un aspect technique de l’événement : le son. Que ce soit à l’extérieur lors du concert des Men I Trust, un groupe indie pop à suivre ou dans la grande salle intérieure, il était impeccable, ce qui n’est pas toujours le cas dans d’autres festivals français. Il y avait une précision assez impressionnante, que l’on percevait déjà lors des balances réalisées le plus souvent devant une dizaine de personnes attendant un concert. Bravo aux ingénieur(e)s en charge qui ont réussi à nous proposer une ambiance digne des meilleures salles habituelles. De même, il faut souligner la disponibilité et l’efficacité des bénévoles, que ce soit aux différents bars et à l’accueil presse ; une ambiance familiale qui colle parfaitement avec le lieu à la fois étendu et accessible.

Justement, le seul point noir du festival porte sur un lieu qui manquait d’accessibilité parfois, le Club où étaient pourtant prévues de sacrées surprises mais où finalement, je n’ai pu que danser au son des Warm Drag. J’ai pensé à Suicide qui se serait perdu en Californie en découvrant ce duo, tellement les nappes entraînantes en étaient proches, avec à la place d’Alan Vega, une Vashti Windish qui en mettait plein la vue avec un style western remarqué. Ils repassent à Villette Sonique ce week-end, ne les ratez pas !

Shame tinals

Mais que seraient trois jours de fête sans un petit peu de mauvais alcool ? Oui, je m’adresse aux jeunes branleurs de Fontaines D.C. qui ont montré que leur potentiel sur scène n’était plus à faire malgré une attitude un peu trop forcée à mon goût. De toute façon le chanteur nous a prévenus en terminant son set d‘une demi-heure par « I’m gonna be big ». Il a intérêt à assumer cette position maintenant.

Second carton jaune distribué à des anglo-saxons, les Shame qui ont l’air d’avoir perdu en chansons ce qu’ils ont gagné en énergie. Pourtant, je me souviens que lors de leur concert en 2016 à Nantes, ils m’avaient fait forte impression dès le second morceau. Samedi soir, j’ai attendu l’étincelle, le nouveau single qui me donnerait envie d’acheter leur vinyle, vainement. Au vu de l’enthousiasme ambiant, je devais être le seul et j’ai donc décidé de rentrer au chaud finir ma soirée devant les superbes Low pour profiter une dernière fois des conditions acoustiques proposées par le TINALS.

Après tous ces beaux moments passés à Nîmes, je veux tirer mon coup de chapeau à ce festival qui a su conserver un brin de folie et une sacrée dose d’indépendance à taille humaine. Il m’aura fallu un certain temps pour y revenir mais je crois que comme son cousin breton, la Route du Rock que je couvrirai aussi cet été, il a conquis mon coeur d’indie rockeur.

A l’année prochaine !

Chroniqueur
Nîmes was a love song (TINALS 2019)