Savages @ Cité de la Musique – 04 Juillet 2017


Nous allons essayer de conter l’irruption de l’inouï : il est difficile de présenter par le langage une musique radicalement neuve et originale. C’est le cas du groupe londonien Savages, que nous avons découvert en 2013 par leur premier album, et que nous sommes allés voir à la Cité de la Musique de Paris dans le cadre du festival Days Off.

Ce que ces quatre filles donnent à entendre, sur scène plus que sur disque, n’entre pas dans une catégorie connue, prédéfinie. Pourtant, il s’agit bien de rock, comme en témoignent les parties de guitare de Gemma Thompson. Une nouvelle forme de rock, une musique tendue et nerveuse, qui n’est pas faite pour être agréable, et pourtant qui s’impose comme une évidence. Nous tenons avec ce quatuor féminin un nouveau grand nom du rock, et cela même si elles n’ont que deux albums à leur actif. Sauvages, elles le sont, tant leur musique fait preuve de force et d’agressivité, tout en évitant de tomber dans le métal. Leur sonorité reste claire même si la calme bassiste Ayse Hassan  joue avec un son boosté. Si c’est aussi intense et énergique qu’un groupe de métal, Savages nous dispense du côté cracheur de feu. On est à mille lieues de la pop.

Il est vrai qu’on pense sur certains morceaux comme She Will à des groupes post-punk. Disons qu’elles renouent avec une approche musicale qui était celle des années 80, tout en offrant une réponse aux musiques apparues depuis en dehors de l’univers du rock. Elles veulent qu’il se passe quelque chose plutôt que chercher à exécuter un show où défilerait un répertoire trop bien rodé. Sur scène, vêtues de noir, leurs visages sont mis en relief par la lumière blanche qui accentue les contrastes. Pas de couleurs, pas de joie factice, on pense au Placebo des débuts et à l’esthétique gothique. Mais uniquement pour le visuel, pas pour la musique. La chanteuse Jenny Beth occupe la scène et bouge avec une grande aisance tout en nous faisant entendre sa voix superbe qui est la caractéristique de ce groupe unique et essentiel. Si on veut établir une classification, on peut les rapprocher de Joy Division pour la musicalité, de Sisters Of Mercy et Bauhaus pour le son, et surtout de Siouxsie And The Banshees pour la voix exceptionnelle, au timbre chaud et grave.

Crédits photo : Philharmonie de Paris

Chroniqueur
  • Publication 544 vues6 juillet 2017
  • Tags Savages
  • Partagez cet article
Savages @ Cité de la Musique - 04 Juillet 2017