"> Ethel Cain - Perverts - Indiepoprock

Perverts


Un album de sorti en chez .

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Second album d'Ethel Cain, long puits sans fond.

Le second album d’Ethel Cain affiche une durée de près d’1h30, ce qui en soi pourrait contribuer à faire peur à certains auditeurs potentiels à l’époque du streaming roi et de l’incitation qu’il génère à aller à l’essentiel, au détriment de l’écoute au long cours. On précisera toutefois que, dans « Perverts », si on veut vraiment entendre de la musique, on peut tailler à la serpe parmi les longs drones inquiétants qui parsèment l’album, dès son introduction, un peu plus loin sur Housofpsychoticwomn, à d’autres moments encore. A ce stade, en général, cela suffit à faire le tri et tomber les artistes qui s’inscrivent dans une telle démarche dans une catégorie où ils sont vénérés, ou au minimum suivis, par un carré de fidèles restreint.

Rien de tout cela pourtant pour Ethel Cain qui, depuis la publication de son premier album « Preacher’s Daughter » en 2022 est suivie par un public large qui s’incarne à travers la dévotion de sa communauté en ligne. Il faut l’avouer, cette hype à de quoi interpeller, plus encore quand on suit depuis de nombreuses années des artistes comme Chelsea Wolfe, qui incarnent une certaine quintessence d’un rock/folk gothique, avec une reconnaissance certaine mais dans une mesure moindre qu’Ethel Cain.

Alors comment expliquer l’engouement autour de la Floridienne ? Comme souvent, on peut ébaucher des pistes, sans chercher à donner de réponse définitive. En gros, disons qu’Ethel Cain a pour elle une présence, une silhouette assez magnétique, une voix éthérée envoûtante, même si elle évoque vite d’autres timbres déjà connus, et un style, avec textes étranges et ambiances qui évoquent un mal être paradoxalement fédérateur.

Maintenant, après l’accueil critique globalement très positif de « Preacher’s Daughter », elle tombait potentiellement dans la problématique de la confirmation sur le second opus. Mais la première qualité de « Perverts » est peut-être de balayer la question. En effet, sur cet album, Ethel Cain a décidé de tout étirer, de pousser les logiques à l’oeuvre sur son premier album encore plus loin. L’album est donc d’emblée un long puits sans fond duquel, on l’a déjà dit, la musique elle-même peut complètement s’absenter pendant des dizaines de minutes consécutives, pour revenir dans une mouture aussi minimaliste que possible. Quelques vocaux étouffés s’échappent de Onanist, quelques notes de piano et de guitare surnagent dans le maelstrom sonore de Etienne. Et puis, il y a quelques moments de grâce où des mélodies ténues mais immédiatement accrocheuses captivent, sur le beau Punish, le final Amber Waves. Des moments évidemment magnifiés par une voix toujours juste. Alors cela suffit-il à perpétuer une vénération forcément déraisonnable, ou simplement à nous faire dire que « Perverts » est un bon album ? Encore une fois, la question est ailleurs. Ethel Cain est parvenue à tracer un sillon loin des standards, avec un succès assez hors du commun en écho. Et « Perverts » est un album qu’objectivement, peu de monde écoutera certainement du début à la fin en une seule fois encore et encore, mais qui suffira aux amateurs pour venir y piocher quelques éclats de lumière et l’écho d’une noirceur existentielle.

Rédacteur en chef

Tracklist

  1. Perverts
  2. Punish
  3. Housofpsychoticwomn
  4. Vacillator
  5. Onanist
  6. Pulldrone
  7. Etienne
  8. Thatorchia
  9. Amber Waves

La disco de Ethel Cain