Second chapitre des turpitudes d'Ethel Cain.
Quoi qu’on pense D’Hayden Anhedönia, dont Ethel Cain est à la fois le nom de scène et celui du personnage qu’elle place au coeur de ses récits musicaux, force est de reconnaître qu’elle est parvenue à créer un véritable concept qu’elle manie avec habileté, en dépit des fausses pistes qu’elle sème. « Preacher’s Daughter », son premier album, se clôtutait par la mort de son « héroïne », au bout d’un long récit musical et littéraire qui plongeait dans le southern gothic. Cette fin permettait ainsi à Ethel Cain de laisser planer le doute sur la suite qu’elle donnerait ou pas à ce premier album. La suite, puisque suite il y a eu, s’est muée en fausse piste puisque « Perverts », sorti en tout début d’année, n’était finalement pas un second album mais un EP, en dépit de ses 75 minutes, mais il est vrai que la voix d’Ethel Cain, et la musique en général, ne représentait que la partie congrue de l’objet qui se composait essentiellement de longs drones expérimentaux. La véritable suite, c’est donc ce « Willoughby Tucker… ». Et, pour faire sens, le récit ne ressucite pas son héroïne mais évoque son adolescence et son premier amour, ce qui place ce nouvel album comme un prequel de « Preacher’s Daughter ».
Mais puisqu’il faut donner un certain nombre d’éléments de contexte avant de parler musique, le risque était précisément que la musique passe au second plan. Et, objectivement, ce serait dommage. Sur le fond, sans surprises, ce nouveau récit ne respire pas la joie de vivre et les amours d’Ethel Cain sont tourmentées et teintées de fatalité. Musicalement, le versant pop de sa musique, qui lui avait permis de connaître un succès à l’ampleur surdimensionnée sur « Preacher’s Daughter » mais brouillait aussi les pistes (encore une fois), n’apparaît cette fois-ci que le temps d’un Fuck Me Eyes soutenu par des synthétiseurs qui, au final, s’avère comme le moment le moins convaincant de l’album. Pour le reste, il y a évidemment la longueur de l’ensemble, avec deux derniers morceaux qui dépassent les dix minutes, qui peut encore une fois donner un côté ‘too much » à l’album, difficile à avaler d’une seule traite.
Il n’en reste pas moins que « Willoughby Tucker… » est un modèle de disque slowcore. Dès l’introductif Janie et sa légère inflexion sur le refrain qui permet à la voix d’Ethel Cain de s’épanouir et l’atmosphérique instrumental Willoughby’s Theme, l’ambiance captivante est posée, s’agrémente d’une petite variation country sur Nettles, trouve potentiellement son sommet sur Dust Bowl et son implacable guitare électrique en fond, et finit en apothéose sur Tempest et Waco, Texas, qu’on peut apprécier seuls si la patience ne permet paas d’arriver jusque-là en une seule fois. Cette fois encore, Ethel Cain laisse planer le doute sur la suite, le récit étant a priori bouclé. Quoi qu’il arrive, elle se sera fait une place et laissera une empreinte.
- Publication 1 158 vues1 septembre 2025
- Tags Ethel CainDaughters Of Cain Records
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Ethel Cain sur la route
Tracklist
- Janie
- Willoughby's Theme
- Fuck Me Eyes
- Nettles
- Willoughby's Interlude
- Dust Bowl
- A Knock At The Door
- Radio Towers
- Tempest
- Waco, Texas







