"> Fontaines DC - Skinty Fia - Indiepoprock

Skinty Fia


Un album de sorti en chez .

9

Le troisième album des Dublinois, et une nouvelle exploration sonore et d'écriture.

Une chose est certaine pour Fontaines DC, c’est qu’ils retiennent les bonnes leçons. Après le succès de leur premier album paru en 2019, le groupe s’était en effet quelque peu emballé et avait été au bord de publier un second album en roue libre, sans recul. Finalement, le combo emmené par Grian Chatten a tout repris à zéro et publié un second album bien différent de « Dogrel » et aura au passage exploré autrement une certaine radicalité sonore, sur un rythme sombre et emphatique. Un album en forme de retour sur terre. Cette fois, avec « Skinty Fia », Fontaines DC, après avoir remis les pieds sur terre, célèbrent l’importance de garder les pieds dans leur terre. Relocalisé à Londres, naturellement plus connectée avec le grand cirque du rock et de la pop que Dublin, le groupe commence en effet par clamer haut et fort ses racines irlandaises. Le titre même de l’album est un vieux juron irlandais tombé en désuétude que Tom Coll, le batteur de la bande, entendait sa grand-mère lancer de temps en temps, et l’album démarre par In Ar gCroithe go deo, formule en irlandais qu’on peut traduire par « Dans nos coeurs à jamais », épitaphe qu’une famille irlandaise basée à Londres souhaitait voir gravée sur la tombe d’une des leurs, requête d’abord refusée par les autorités anglaises qui craignaient qu’une inscription en irlandais soit vue comme un message politique. Un incident édifiant qui a eu le mérite de rappeler à Fontaines DC d’où ils venaient et qui leur offre d’emblée le premier morceau de bravoure de « Skinty Fia ». Car ce morceau introductif, d’abord porté par la voix de Grian Chatten, enfle pendant six minutes, la batterie de Tom Coll en milieu de parcours et les choeurs lui donnant un souffle épique.

Bien calé sur ses acquis et ses racines, le groupe va ensuite dérouler un album à la fois séduisant et vénéneux. La propension à jouer de l’emphase et d’une texture sonore menaçante, grondante parfois, marque de fabrique de « A Hero’s Death », est encore à l’oeuvre, notamment sur Bloomsday, porté par un chant caverneux, une batterie implacable et lourde et un accord de guitare au milieu à la fois plein de fiel et de groove. On tient là le principal signe distinctif de l’album. Une capacité à s’appuyer sur des dynamiques en mid-tempo, de rester sur un canevas sonore principalement électrique et rock, avec les guitares et la batterie au centre du jeu, en y ajoutant une inflexion plus séduisante, moins aride que sur « A Hero’s Death ». C’est ce qui fait la grande réussite du déjà connu Roman Holiday, solaire par la limpidité de sa mélodie et le chant cette fois plus ouvert de Grian Chatten et ce petit accord de guitare en ligne de fond qui revient et souligne le tout. Sur How Cold Love Is, la trame est plus ouvertement sombre, mais le léger crescendo, avec encore une fois la batterie de Tom Coll en élément directeur, donne cette patte vénéneuse et groovy au morceau.

Parfaitement à l’aise entre tension et écriture catchy, déjà bien délayée sur « Dogrel », le groupe peut en outre donner libre cours à son envie d’expérimenter. Pas question ici de partir dans tous les sens ou de jouer la carte du groupe qui délaisse son ADN pour repenser son approche mais simplement de venir greffer naturellement quelques éléments supplémentaires de ci de là. Skinty Fia, bien porté par un chant habité et intense, s’accommode ainsi sans contradiction d’une batterie électronique, à l’inverse, le temps d’une respiration poétique sur The Couple Across The Way, ce n’est plus qu’un frêle accordéon qui soutient Grian Chatten. Aventureux juste ce qu’il faut, bien campé sur une identité d’écriture et de groupe qui s’affirme sans se restreindre, « Skinty Fia » est l’album impeccable d’une formation qui s’installe tranquillement parmi les meilleures du moment.

Rédacteur en chef

La disco de Fontaines DC

Skinty Fia9
90%
Dogrel8
80%

Dogrel