"> Jean-Louis Murat - Morituri - Indiepoprock

Morituri


Un album de sorti en chez .

7

Ancrage de la poésie dans la terre des grands espaces.

Jean-Louis Murat a toujours revendiqué son attachement à ses terres rurales et une forme d’aversion pour la religion urbaine de notre époque, notamment dans les milieux artistiques. Cet enracinement philosophique a toujours insufflé une grande personnalité à ses textes, presque déstabilisante quant à nos us de mélomanes. « Morituri », bien loin de déroger à la règle, emprunte sans tabous le sentier tracé par ses prédécesseurs.

Avec sa voix symptomatique, bloquée dans l’adolescence, Murat a choisi pour l’occasion une orchestration ambitieuse, mariant ses balades rock nostalgiques avec clavecins, orgues, etc… Il raconte ses histoires de vie, presque militantes, à un second degré, « pro grands espaces » souvent escarpés et dur d’accès, (Pyrénées, Savoie). Un voyage et une liberté de mouvement salvateurs mis en exergue notamment sur l’exceptionnel Le cafard, « J’ai quitté Roissy pour sauver ma vie ».

« Que n’aurais-je pas fait pour Frankie? ». Sous forme de clin d’œil, le compositeur ne s’adresse ni à une quelconque amourette anglo-saxonne ni à Gene Vincent, mais proclame son patriotisme, en voilà un thème bien iconoclaste dans la chanson à texte française. S’adressant à une femme fragile, Murat s’imagine en chevalier traversant les siècles la protégeant dans des moments, détails, oubliés de nos mémoires, en héros ordinaire historique…

« Muratori » est cela, un recueil d’histoires écrites dans un goût certain pour la beauté des détails quotidiens, qui perdent leur côté ordinaire sous la plume de l’auteur. Du point de vu instrumental, l’accompagnement fait bien plus qu’office de faire valoir. Souvent feutré, parfois grandiloquent, par exemple le Tous mourus très piano bar (PMU ?)  s’agence sans aucun mal avec La Chanson Du Cavalier et son envergure, sa puissance orchestrale.

Voilà ce qu’est l’oeuvre de l’homme qui sortait en ’81, année de l’espoir pour beaucoup de ses compatriotes, son premier 45T « Suicidez-vous, le peuple est mort », censuré en peu de temps. Cette démarche artistique c’est un homme qui remonte une rivière claire, au fond d’un sentier montagneux âpre qui la protège de la pollution, à contre-courant, avec calme et détermination.

S’il ne devait en rester qu’un titre : Le Cafard.

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