"> Jehnny Beth - You Heartbreaker, You - Indiepoprock

You Heartbreaker, You


Un album de sorti en chez .

8

Nouvel album sans concessions pour Jehnny Beth.

Lors de son passage à Rock en Seine en 2022, Jehnny Beth avait mentionné qu’il s’agissait de son premier concert parisien depuis le lancement de son projet solo trois ans plus tôt, soulignant ainsi le temps perdu à cause de la pandémie de COVID qui avait tout mis à l’arrêt pendant deux ans et avait d’ailleurs perturbé la sortie de son premier album solo « To Love Is To Live » en 2020. Depuis, si « You Heartbreaker, You » paraît cinq après son prédecesseur, Jehnny Beth a largement rattrapé le temps perdu, écumant les scènes un peu partout en Europe et même aux Etats-Unis. En bonne artiste pluridisciplinaire, on l’a également vue au cinéma, chez Jacques Audiard ou dans le multiprimé « Anatomie D’Une Chute ».

Musicalement, sur son premier opus solo, au sortir de l’aventure Savages, le combo féminin avec lequel elle avait contribué à redonner ses lettres de noblesse au rock à guitares sur deux albums incandescents, on l’avait sentie désireuse d’agrandir ses horizons, des titres rock alternant avec d’autres beaucoup plus pop et doux. Mais dans le monde d’aujourd’hui, Jenny Beth fait le constat que, pour se faire entendre, le cri est peut-être le mode d’expression le plus adapté : cri de colère, de frustration, d’angoisse, de libération également. Conséquence, sur « You Heartbreaker, You », ça tape plutôt fort, et ce du début à la fin.

Ce second album n’est pour autant pas un retour en arrière ou une redite. Côté production, on sent une volonté de ne pas en rabattre sur l’ambition. Parfaitement épaulée par son fidèle complice Johnny Hostile, Jehnny Beth donne ainsi vie à un son puissant, aux basses lourdes, aux guitares emphatiques et grondantes auxquelles se mêlent des textures plus electroniques fondues dans la palette sonore. Une base impeccable pour faire claquer et rugir la voix, dès l’introductif Broken Rib. Tout le reste de l’album, la tension ne retombe jamais, les seules respirations étant dues à des moments ou les mélodies et les rythmes s’alanguissent le temps de quelques mesures pour mieux repartir de plus belle. A ce jeu, Out Of My Reach et plus encore I Still Believe et son refrain rageur qui essemble à une séquence de boxe font des ravages, I See Your Pain constitue un final en feu d’artifice libérateur et radical. « You Heartbreaker, You » vient ainsi confirmer la pertinence et le talent de Jehnny Beth pour refléter l’époque sans pincettes ni paillettes. Un geste salutaire.

Rédacteur en chef