"> Jehnny Beth - To Love Is To Live - Indiepoprock

To Love Is To Live


Un album de sorti en chez .

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Le premier album de la voix de Savages en solo.

Connue pour être la voix de l’excellent combo rock féminin Savages, auteur de deux albums qui ont marqué ces dernières années, Jehnny Beth se lance parallèlement en solo avec ce premier album. Un album d’autant plus stimulant que Jehnny Beth apparaît depuis ses débuts comme une figure particulièrement en phase avec l’époque et qu’on sent prête à explorer des territoires musicaux divers et variés. Car, comme on avait pu le noter il y a quelques années avec la parution de leur premier opus, Savages était un peu l’émulation d’une nouvelle génération de musiciens et musiciennes. Une génération qui a pris suffisamment de recul sur les genres et les icônes du monde de la musique, qui s’est lancée en musique en dehors des carcans trop étroits que les labels ont souvent imposés à leurs artistes. Et si le premier album de Savages était un disque de rock brut, c’était avant tout un exercice de style, une tentative de la part de Jehnny Beth et ses acolytes de s’approprier les codes du rock, mais en s’y immergeant totalement. Autrement dit, la démarche était pleine de recul, sans tricherie, mais avec une volonté de réussir le projet sincèrement, pas de s’acheter une (fausse) image à bon compte.

Dans son discours, Jehnny Beth a gardé la même logique. On sent en elle une artiste très attachée au propos, à la démarche, pas forcément aux étiquettes. On attendait donc d’elle un disque libre, audacieux, qui navigue entre les ambiances et les styles, sans pour autant être une succession de figures éclectiques mais imposées. Beau programme sur le papier, mais quels contours un tel album pouvait-il prendre ? Avec « To Love Is To Live », non seulement Jehnny Beth comble nos attentes, mais elle apporte la réponse avec un sacré brio. Pour ce qui est du propos, Jehnny Beth, comme le souligne la pochette de l’album, incarne un être à part, tout simplement humain plutôt qu’androgyne. L’album est donc une succession de moments d’émotion, intenses ou doux, syncopés ou séduisants, toujours mouvants, voire fascinants. Musicalement, c’est un album solo et à aucun moment elle ne cherche à remplacer ses comparses de Savages pour récupérer l’essence du groupe sous son nom propre. La palette sonore est plus vaste, les guitares sont en retrait, sans être absentes, et voisinent avec des synthés, des beats métronomiques par instants, avec un piano suave à d’autres, parfois avec des cuivres.

Dit comme cela, on aurait vite fait de taxer cet album d’expérimental. Si, en filigrane, il l’est, on ne peut mettre ce terme en tête de gondole, car « To Love Is To Live », avant d’être cérébral, est extrêmement sensuel, voire charnel. C’est ce qui rend, en fin d’album, une ballade comme French Countryside aussi touchante. La fibre mélodique est intense, l’ambiance un brin nostalgique prenante. En revanche, impossible de classifier précisément l’album, qui oscille sans cesse entre les formes et les sonorités. Mais, encore une fois, tout cela se fait au gré des émotions. Innocence, à fleur de peau, assène ses vérités avec une cadence qui flirte avec le hip-hop, We Will Sin Together est un titre entre pop urbaine et electro planante, I’m The Man renoue avec des ambiances plus punk… On notera en outre les interventions de quelques proches de Jehnny Beth sur le disque, notamment Joe Talbot d’Idles, sur le grondant et métronomique How Could You. Enfin, impossible de ne pas tirer un coup de chapeau à Jehnny Beth pour sa capacité à embrasser toutes ces émotions avec une voix toujours en symbiose, forte par moments, fragile à d’autres. « To Love Is To Live » est le disque qui installe définitivement son auteure en artiste majeure du moment.

Rédacteur en chef