"> Kanye West - 808s & Heartbreak - Indiepoprock

808s & Heartbreak


Un album de sorti en chez .

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Aucun album cette année n’aura autant divisé les critiques que ce « 808s & Heartbreak » : chef d’œuvre innovateur et introspectif pour certains, disque de lamentation inachevée et auto-indulgent pour d’autres. Il faudra, comme bien souvent, couper la poire en deux pour se faire une véritable idée de ce que vaut la quatrième production de Kanye […]

Aucun album cette année n’aura autant divisé les critiques que ce « 808s & Heartbreak » : chef d’œuvre innovateur et introspectif pour certains, disque de lamentation inachevée et auto-indulgent pour d’autres. Il faudra, comme bien souvent, couper la poire en deux pour se faire une véritable idée de ce que vaut la quatrième production de Kanye West.

Dans sa trilogie étudiante, Kanye nous a proposé une grande variété de musique, en partant des sonorités soul classiques mais parfaitement produites de « College Dropout » pour conclure par les morceaux plus froids et personnels de « Graduation ». Etonnamment c’est lorsque Kanye s’écarte le plus de ce dont il nous a habitué que son album est le plus gratifiant. Par une production sobre et délicate Kanye West modernise la soul des années 60 ; Love Lockdown et Heartless, les deux premiers singles, deviennent ainsi de touchantes pièces d’introspection troublantes de sincérité et de tristesse et qui ne ressemblent pas à grand chose d’autres qu’on ait pu entendre depuis bien longtemps. Certes les titres sont très épurés, mais les silences sont ici nécessaires, et sont synonymes de blessures plus que de manque d’idées ; le dépouillement étant poussé à l’extrême sur le touchant Say You Will.

Assez étrangement c’est quand il retourne sur son terrain d’antan que Kanye West déçoit, plusieurs morceaux de l’album se révélant ainsi particulièrement indigestes. Paranoid, en voulant recréer les grands moments de « Graduation », évoque les pires passages à vide des Jacksons, See You In My Nightmare ne convainc qu’à moitié dans sa tentative de retrouver l’équilibre improbable de tubes comme Umbrella ou Cry me A River. Enfin l’horrible Robocop atteint des abysses insoupçonnés avec ses violons dégoulinant et son refrain affligeant.

Sur les plus réussies Street Lights et Bad News, on ne peut que constater l’autre problème de l’album, sur lequel Kanye West a tant été attaqué : la sur-utilisation du vocoder. Bien que cela soit un atout majeur sur certains (les refrains de Heartless en particulier) cela finit à la longue par écœurer et mettre à mal des morceaux plutôt intéressants. Effet de style ou outil pour mieux chanter, le vocoder montre ici ses limites.

Au bilan on réécoute avec plaisir et émerveillement une grosse moitié de l’album et on applaudit le fait que Kanye West, d’habitude surproduit et frimeur, sache ici faire preuve de sincérité, de sobriété et surtout d’une sensibilité trop rare dans le monde viril et testostéroné du hip-hop. Espérons qu’une fois ses maux de cœur effacés, Kanye saura conserver cette honnêteté et cette audace formelle tout en retrouvant sa superbe verve et son sens de l’emphase.

Chroniqueur
  • Pas de concert en France ou Belgique pour le moment

Tracklist

  1. Say You Will
  2. Welcome To Heartbreak
  3. Heartless
  4. Amazing
  5. Love Lockdown
  6. Paranoid
  7. RoboCop
  8. Street Lights
  9. Bad News
  10. See You In My Nightmares
  11. Coldest Winter
  12. Pinocchio Story