"> Kanye West - My Beautiful Dark Twisted Fantasy - Indiepoprock

My Beautiful Dark Twisted Fantasy


Un album de sorti en chez .

9

Kanye West est un homme de contrastes : frimeur et sensible, mégalo et partageur, crétin et génie, maître du buzz mais capable de ruiner sa réputation en 30 secondes. S’il aura incarné ces facettes l’une après l’autre, rarement il aura su les conjuguer aussi bien que le long de ce nouvel album, dont le titre […]

Kanye West est un homme de contrastes : frimeur et sensible, mégalo et partageur, crétin et génie, maître du buzz mais capable de ruiner sa réputation en 30 secondes. S’il aura incarné ces facettes l’une après l’autre, rarement il aura su les conjuguer aussi bien que le long de ce nouvel album, dont le titre paradoxal est le meilleur résumé : « My Beautiful Dark Twisted Fantasy ».

Peu d’artistes solos peuvent se targuer d’avoir un début de carrière aussi éblouissant que celui de Kanye, capable de se réinventer d’un album à l’autre avec succès ; il a cette fois décidé de concilier les qualités de ses précédents albums sur une seule galette. L’évidence de « College Dropout », les arrangements brillants de « Late Registration », la rigueur de « Graduation » et les silences de « 808s and Heartaches » s’épousent dans « My Beautiful Dark Twisted Fantasy », album qui s’amuse à marier les opposés au sein d’un même morceau et transforme des idées catastrophiques sur le papier (un solo de vocoder, Bon Iver sur le dancefloor…) en improbables réussites. A cela s’ajoutent les points forts habituels du gaillard : une production millimétrée ne laissant que peu de place au hasard, des gimmicks à la pelle et une pléthore de featurings qui subliment leurs morceaux : de grands noms du hip-hop se succèdent le long de l’album et l’épique All of the Lights ne compte pas moins de 12 invités de haut vol, la moitié étant à peine perceptible.

On s’émerveillera dès la première écoute sur les morceaux les plus saisissants de l’album : l’implacable bulldozer Monster, le touchant Blame Game centré sur un morceau de piano emprunté à Aphex Twin ou la pièce maîtresse, Runaway, futur hymne générationnel dont on n’aura probablement pas fait le tour dans 10 ans. Les autres morceaux s’affirment avec le temps, chacun recelant de trouvailles et mettant en scène un aspect différent d’un personnage décidément complexe, passant en quelques secondes d’une frime bravache à des pensées suicidaires (Power) ou mariant Black Sabbath à des beats électroniques (Hell of a Life). Imprévisible jusqu’au bout, Kanye West, après plus d’une heure de production luxuriante et d’affirmation de son statut de superstar, s’efface pour laisser le mot de la fin à la seule voix de Gil-Scott Heron.

Brillant de bout en bout, « My Beautiful Dark Twisted Fantasy » est le point d’orgue d’une année où le hip-hop américain a retrouvé de superbes couleurs, l’album réussit le même exploit que Stankonia il y a 10 ans en prenant avec audace et talent le parti de détacher le hip-hop d’un réalisme social pour se permettre, enfin, de fantasmer sans limites ni barrières.

Chroniqueur
  • Publication 1 073 vues12 décembre 2010
  • Tags Kanye WestBarclay
  • Partagez cet article

Tracklist

  1. Dark Fantasy
  2. Gorgeous
  3. POWER
  4. All Of The Lights (Interlude)
  5. All Of The Lights
  6. Monster
  7. So Appalled
  8. Devil In A New Dress
  9. Runaway
  10. Hell Of A Life
  11. Blame Game
  12. Lost In The World
  13. Who Will Survive In America