"> Thurston Moore - The Best Day - Indiepoprock
The Best Day

The Best Day


Un album de sorti en chez .

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Le plaisir n'est pas une question de longueur et ce court album de Thurston Moore en apporte la preuve.

S’attaquer à un article sur une production de Thruston Moore colle d’emblée une appréhension : on est certain qu’on sera lu pour partie par des personnes dont la culture musicale n’a pas été glanée sur Wikipédia. Nous avons rapidement dépassé cette petite angoisse et vous livrons ici la chronique du dernier album du New Yorkais.

Monsieur Moore, du haut de ses 56 ans, contemple le chemin parcouru sans nostalgie aucune, il musèle un peu, volontairement ou involontairement son côté expérimentateur et rageur pour choyer nos esgourdes et finit par nous ravir.

Loin d’être réservé aux initiés, « The Best Day » s’adresse cependant à ceux qui écoutent plus qu’ils n’entendent, c’est une merveille qui s’offre aux âmes sensibles. Consommateur de sons (et il en faut), passe ton chemin, sauf révélation, si tu tentes l’écoute, ta déception sera grande. On accède à un album de Moore comme on accède à une oeuvre contemporaine, il faut se laisser apprivoiser, se laisser séduire, et seulement, alors, l’émotion passe ; s’en suit la perte de tous repères sonores et on entre dans le domaine de la création musicale artistique. Un Grand concédait que la musique était un art mineur, l’américain démontre ici le contraire car ses notes prennent un sens singulier.

Avec ce 5ième disque, on accède à des morceaux qui s’étirent, à des petites litanies sonores agrémentées de touches expérimentales qui prennent la forme de dissonances sporadiques. En huit titres (et oui, seulement huit), le New-Yorkais crée une belle atmosphère avec pour certains morceaux une tension qui s’installe et vous tient en haleine à la manière d’un roman qui se termine en apothéose.

La richesse harmonique d’une 12 cordes s’invite ici et là, quelques sons estampillés du groupe que vous connaissez ponctuent les pistes de cette nouvelle production. Un peu comme si Thurston s’égarait, quelque chose comme une illustration musicale de l’expression « chassez le naturel, il revient au galop ».

Osons un bref tour de piste de ces petits chefs d’oeuvre.

Speak To The Wild  se présente comme un amuse gueule de plus de 8 minutes. Arpège, délicat mur de guitare, gimmick sonore entêtant et tendu qui s’installe jusqu’à un sublime acmé final. Sorte de préliminaires qui n’en finissent pas et qui laissent un goût de reviens-y.

Frottement sur les frettes pas loin des micros, jeu de Shelley beaucoup plus présent et voix de Moore qui s’affirme sur une mélodie lancinante, la passionnante tension  de Forevermore prend la forme d’un drame de 10 minutes, nous sommes restés subjugués dès la première écoute.

Tape : introduction façon harpe pour cette ballade, sans doute quelques notes au-delà du sillet ? Puis la mélodie d’une guitare sèche d’une grande beauté accompagnée par une voix qui se fait douce et gorgée de mélancolie.

The Best Day  : ce titre remportera haut la main tous les suffrages lors de la 1ère écoute, difficile de ne pas s’en payer une seconde tranche et pourquoi pas même une troisième ? Scansion parfaite, guitares rythmiques au diapason, morceau jubilatoire, de loin, le plus « accessible » de ce nouveau disque (encore qu’il y aurait pas mal de choses à dire sur le terme d’accessibilité appliqué à la musique).

Comme un moment d’égarement, la rage de Thurston éclate sur les moins de 3 minutes de Detonation, celle-ci reste contenue mais c’est un petit bonheur nerveux qui se finit à la manière d’une grenade dégoupillée.

Vocabularies  : ampleur des notes d’une 12 cordes pour ce morceau pour moitié instrumental, bruits semblables à des grincements en fond sonore, accélération du rythme puis la voix qui s’’immisce avec un phrasé parfait.

Guitares qui s’alourdissent, sons électriques saturés, batterie qui se met rapidement en osmose, Grace Lake est une petite bombe noisy de près de 7 minutes, une sorte de madeleine instrumentale pour Moore qui se termine dans une véritable apogée auditive.

Germs Burn, morceau final (et oui, déjà) nous offre un petit bond policé dans le passé. Voix accrocheuse, Steve Shelley qui se lâche et emplit largement l’espace sonore, indicible bonheur que ce titre définitivement rock.

Voilà, nous espérons ne pas avoir sombré dans la dithyrambe tellement cette création contemporaine nous a enchanté. Une remarque toutefois, Thurston, longueur n’est certes pas gage de plaisir mais si tu pouvais faire un effort pour le prochain…

Pour terminer, n’oublions pas l’artwork lui aussi réussi. On nous propose une atmosphère surannée à travers une belle image dessaturée, peut-être le « Grace Lake » dont nous parle Thruston ? Visiblement, il s’agit d’un moment de grâce lors d’une très belle journée.

Chroniqueur

Tracklist

  1. Speak to the Wild
  2. Forevermore
  3. Tape
  4. The Best Day
  5. Detonation
  6. Vocabularies
  7. Grace Lake
  8. Germs Burn

La disco de Thurston Moore