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Interview de First Aid Kit

Duo suédois composé principalement de deux jeunes sœurs, Johanna et Klara Söderberg, Fist Aid Kit, plutôt que nous offrir une musique brumeuse, ont opté pour ces grands espaces tels que la country les rêve et les révèle. The Lion’s Roar est leur deuxième album : il permet de peaufiner encore plus leur son et d’articuler encore mieux leur démarche.

First Aid Kit est un nom dont on se demande pourquoi vous l’avez adopté. 

Klara : Nous avons toujours voulu que notre musique soit une forme de soutien pour les gens ; pas nécessairement une cure complète mais une une forme d’apaisement. C’est, en tous cas, l’effet que la musique a pour nous  et c’est ce qui devrait permettre d’avancer dans la vie. Écrire a une fonction thérapeutique pour nous, c’est pour cela que nous considérons que notre musique est comme un kit de premier secours. 

En même temps vous êtes assez nouvelles dans le schéma créatif ; comment peut-on, si tôt, évoquer des émotions inédites pour vous, mais si matures,qu’elles ont besoin d’une sorte de thérapie ?

Johanna : C’est exact et d’ailleurs nous avons toujours estimé qu’il y avait une forme d’ennui à narrer des histoires en nous basant simplement sur un seul point de vue. Nous partons de sensations que nous pouvons pressentir, qui nous touchent peu ou prou mais nous n’essayons pas de prétendre qu’il s’agit de nous.

Comment arrive-t-on à gérer cela ?

Klara : Ça n’est pas évident d’être à mi-chemin entre le vécu et la fiction ; commencer à parler de soi puis virer vers quelque chose de plus extérieur.

L’inspiration naît de quoi en général ?

Johanna : Souvent de choses que nous traversons mais dont nous percevons très vite les limites en raison de notre âge. C’est à ce moment-là qu’il faut passer à la fiction/ mais nous lisons beaucoup, par exemple, et c’est toujours une source  d’imagination pour nous. Sur les textes particulièrement, cela nous permet de considérer qu’il n’y a rien que nous ne puissions dire puisque cela a été déjà abordé.
Klara : En même temps ça n’est pas tel ou tel événement qui inspire nos compositions. Nous nous déterminons à partir d’une histoire que nous avons en tête, du personnel donc, et nous y greffons ce que nous avons lu pour donner un côté plus global qui permet à chacun de s’y identifier.

Et quid de la tonalité country-rock de votre musique ?

Johanna : Nous aimons sa simplicité.Nous pensons que la façon dont nous chantons, avec beaucoup d’harmonies, s’adapte à ce genre de musique. En écouter c’est comme nous sentir chez nous. Nous ne nous sommes jamais demandé quel type de musique nous devrions jouer, nos compostions ont dicté la tonalité que nous lui avons donné.
Klara : Parfois nous aimerions faire quelque chose de différent ; après tout nous sommes éclectiques dans nos goûts, mais il y a toujours un élément qui nous retient d’écrire de façon jazz par exemple. Au fond, il faut être soi-même dans tout ce que l’on fait. Déjà quand on est un artiste il y a une part d’artifice, alors si on peut le diminuer.

Vous parliez de vos harmonies vocales ; quelque part c’est déjà une façon de formuler un message et par ailleurs, comment vous les partagez -vous ?

Johanna : Pour nous ça n’est pas nous comporter comme un acteur mais plutôt mettre à plat nos émotions, rien de plus. C’est surtout moi qui suis chargée des harmonies car Klara compose le plus souvent, il est donc devenu naturel de nous partager les rôles ainsi.
L’album démarre sur un Lion’s Roar très « punchy » comme pour montrer que cet album est plus diversifié et doux amer que le précédent.
Klara :Ça n’était pas quelque chose de planifié ; simplement nous avions un groupe et nous souhaitons profiter de cela pour donner des arrangements plus étoffés. The Lion’s Roar a été notre première composition pour ce disque et et nous avons instantanément su qu’elle avait besoin de quelque chose de plus. De la tension, une dynamique. Ici nous nous sommes permis de la possibilité que nous avions d’ajouter des cordes ou tout ce qui nous passait par la tête. Cela nous a permis de sortir aussi de notre « zone de confort » et d’en apprendre un peu plus.
Vous êtes mêmes allées jusqu’à ajouter des cuivres. Le dernier morceau, King of The World a un parfum tex-mec à la Calexico. C’est votre prochaine évolution ? (Rires)
Kara : On ne les a jamais beaucoup écoutés mais c’est quelque chose qu’on a toujours voulu faire  vous savez, même sur le premier album. Ce morceau sonne comme s’il s’agissait d’une soirée « fun »et il y avait quelque chose de festif quand nous l’avons enregistré contrastant avec les textes véritablement mélancoliques.
Johanna : Je crois que nous nous orientons vers des choses plus dynamiques, c’est vrai.
Comme sur Wolf ?
Klara : Oui même s’il s’agit plus d’un fantasme dans ce cas. C’est ce qui nous autorise à être encore plus sombres. Je crois que tout ceci nous a permis d’acquérir plus de profondeur et que c’est beaucoup plus intéressant à écrire et aussi à écouter.
Emmylou est-il un hommage à Emmylou Harris par la façon de vous emparer de son style ?
Klara : Sans aucun doute. Nous y parlons d’elle, de Gram Parsons, Johnny Cash, ou d’autres ; de toute cette génération d’interprètes qui ont représenté tant de choses. Et puis nous adorons chanter avec d’autres personnes ; pour moi chanter avec Johanna est si naturel que c’est comme si je chantais toute seule. Néanmoins il y a toujours une émotion particulière quand vous vous associez avec quelqu’un et ce sont des moments que nous recherchons souvent quand nous tournons. Quand vous chantez avec quelqu’un, c’est très personnel paradoxalement ; vous n’avez pas à parler. Tout ce qu’il vous faut c’est obtenir cette sorte de connexion immédiate. Sur scène par exemple, nous chantons fréquemment avec les gens qui ouvrent pour nous car notre musique s’articule autour de la puissance des vocaux.
Vous avez mentionné certains artistes ; parfois on peut penser aussi chez vous à Joanna Newsom ou les Fleet Foxes.
Klara : Tout à fait. Nous avons joué avec ces derniers et ils sont fantastiques. Pour ce disque nous avons beaucoup écouté Joni Mitchell ou Townes Van Zandt. Ils sont différents mais tous deux excellents chacun dans leur style. Lui est très mystique, très sombre alors qu’elle est spirituelle aussi mais a une écriture plus proche de la conversation. Nous avons essayé de nous en inspirer pour cet album.
À qui s’adresse To A Poet ?
Johanna : C’est un poème de Frank O’Hara (poète américain 1926-1966). Il disait : « Vous ne pouvez rien planifier en matière de cœur » et nous en avons fait quelque chose de très personnel. Klara l’a mis en musique et dédié à la personne qui lui a fait connaître O’Hara.
Klara : Il est certain que je me suis identifiée à cette phrase, l’idée que vous aimeriez être avec quelqu’un mais que ça vous est impossible.
Ça ne vous embarasse pas parfois d’être autant dans l’intime ?
Johanna : Quand nous écrivons, nous ne pensons jamais à ce que les autres vont en penser. Il faut être dans son propre monde, écrire pour soi-même avant tout.
Klara : Je ne m’imagine pas adopter un autre point de vue que le mien. Sinon, ça ne signifierait rien pour nous.
Dans un registre plus enlevé il y a Blue qui peut véhiculer, a contrario, une image de tristesse.
Klara : Oui, nous voulions un morceau plus pop, pour égailler un peu le disque mais les tes textes, sont, comme souvent chez nous en contraste avec le tempo. C’est comme un jeu de s’amuser. avec les mots.
Johanna : Et quand on nous en fait la remarque, cela prouve que les gens font attention à ce que nous chantons. C’est d’ailleurs probablement la composition la plus mélancolique de l’album.
Et bien sûr, il y a la production de Mike Mogis de Bright Eyes ?
Johanna : Ils nous avaient vu jouer à Austin et il appréciait notre attitude.
Klara : Nous avons toujours été fascinées par la culture américaine et Bright Eyes a été un facteur déterminant dans notre vocation de faire de la musique . Grâce à lui notre son a, enfin, pu s’étoffer et nous permettre de mûrir. 
Chroniqueur
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