"> Treasure Island Music Festival :: 17 octobre 2009 - San Francisco (1/2) - Live Report - Indiepoprock

Treasure Island Music Festival :: 17 octobre 2009 – San Francisco (1/2)


Jim Hawkins et Long John Silver sont des crétins. Quelle idée de partir faire le tour du monde en bateau pour trouver une île au milieu de la baie de San Francisco, alors qu’il suffisait de prendre le Bay Bridge. Si vous venez de l’East Bay, une curieuse mise en place de navettes constitue le seul […]

Jim Hawkins et Long John Silver sont des crétins. Quelle idée de partir faire le tour du monde en bateau pour trouver une île au milieu de la baie de San Francisco, alors qu’il suffisait de prendre le Bay Bridge. Si vous venez de l’East Bay, une curieuse mise en place de navettes constitue le seul moyen d’accéder à l’île pour le festival, ce qui serait sans doute pénible si la vue n’était pas aussi belle sur le pont. En attendant, il faut néanmoins se coltiner une autre espèce douteuse, le hipster, échappé pour l’occasion de son Mission District de résidence, lunettes multicolores, pantalons serrés et pilosité faciale soigneusement négligée. Dès la file d’attente on se sent rassuré, on est bien à San Francisco.

Le festival est de taille modeste (14 000 spectateurs selon les organisateurs), l’ambiance est bon enfant, voire franchement hippie et le temps en ce 17 octobre est celui, très agréable, d’une fin d’été (on imagine déjà moins un festival en plein air à Chicago à cette période de l’année). Les deux scènes sont à portée d’enceintes l’une de l’autre, mais aucun concert n’étant programmé simultanément, il s’agira juste de faire les bons choix en termes de placement. Certains s’avèreront difficiles, particulièrement le dimanche, mais la possibilité de voir chacun des groupes présents est vraiment appréciable.

Après une impasse faite aux Murs, on arrive sur place peu après le début du set de Passion Pit. Après avoir déchaîné les passions avec le succès inattendu de Sleepyhead, Passion Pit peine à confirmer sa renommé et se place comme une sorte de MGMT bis. Verdict semblable sur scène : quelques jolis moments (Sleepyhead et Moth’s Wings en tête) et une performance qui s’accorde bien à l’ambiance et au soleil californien, mais à trop vouloir être hype, le tout semble un peu vain et la voix suraigüe de Michael Angelakos tend parfois vers l’irritant. Les hipsters sont néanmoins contents, même si on aura probablement oublié Passion Pit l’année prochaine. Bonne nouvelle pour le concert : le son est vraiment bon.

La performance qui suit s’avère beaucoup plus mémorable. La réputation des concerts de Dan Deacon n’est plus à faire et n’est pas volée ; ne vous laissez pas avoir par son physique improbable (gros barbu dégarni et hirsute vêtu d’un jersey de hockey), Deacon est un entertainer, un vrai. Depuis la sortie de "Spiderman of the Rings", le bonhomme a eu le temps de rôder son show et malgré tout ce qu’on a déjà pu en lire, la formule surprend toujours. Pour commencer, alors que Deacon a vraisemblablement bidouillé ses albums tout seul, il y a du monde sur scène : 3 percussionnistes, pas moins de 4 claviers placés en cercles, des xylophones, un type déguisé en disque rouge qui sautille, et ne sert à rien. A l’image de la musique, c’est un sacré désordre : rythmiques démentes et hurlements suraigus accompagnés de quelques transitions mystico-tarés ("Imagine a fictional horse in the majestic heaven") qui font bouger les pieds de manière incontrôlable. Mais c’est lorsqu’il fait appel à la foule pour un dance contest ou un tunnel humain que les choses deviennent vraiment folles. Deacon finit le concert épuisé (il enchaînera néanmoins sur un autre set le soir même à San Francisco) mais visiblement heureux et le public aussi.

Après avoir, à raison, assisté à ce formidable spectacle depuis la fosse, c’est donc de loin qu’on assiste à la performance de The Streets. La show du britannique détonne un peu par rapport à l’ambiance du festival et Mike Skinner n’hésite d’ailleurs pas à placer quelques remarques bien senties sur l’accoutrement de son public. L’ami Mike aimerait aussi bien que les spectatrices tombent le haut, mais malgré ses appels répétés, aucune ne lui donnera satisfaction. Pour se venger, il n’arrête pas de parler de Sacramento, sans trop qu’on sache pourquoi … C’est un peu le problème avec The Streets ; Skinner a des mélodies plutôt intéressantes, possède un flow cockney hilarant, place quelques répliques cultes ("I’m not fucking Bon Jovi"), mais ce serait sans doute mieux si on comprenais ce qu’il raconte…

Une évaluation rapide permet de classer la performance de DJ Krush dans la catégorie nullissime et il est temps d’aller voir les Brazilian Girls. Soyons concis, c’est nul, Les Brazilian Girls (qui ne compte qu’une représentante du sexe féminin et viennent de New York) sont une espèce d’horreur arty sans nom, mélangeant vaguement les genres, les styles et les langues pour en faire une infâme bouillie sans saveur. Un désastre qui culmine avec une chanson dont les paroles consiste en une répétition sans fin du refrain "Sexy Asshole" par une chanteuse en sous-vêtement sous un déguisement de cœur en carton. No comment.

On oublie rapidement tout ça et on recharge les batteries à coup de hot-dogs hors de prix pour les canadiens de MSTRKRFT à la tombée de la nuit. Il faut bien avouer que la performance des deux DJ canadiens, enflammant sans peine un dance-floor de plusieurs milliers de personnes fut plutôt enthousiasmante. Une fois sortis de sous leur table, les deux larrons donnent le ton, il va y avoir de la basse. Armés de leurs moustaches de pervers (Justice leur doit tout) et leur bouteille de Crown Royal, les deux larrons envoient la purée et mixent les classiques (Daft Punk, Justice, Benni Benassi). Rien de franchement original, mais avec un DJ set de qualité et du gros son, difficile de ne pas se laisser emporter par l’enthousiasme général. Bohemian Rhapsody, improbable conclusion est reprise à l’unisson. Mission accomplie pour MSTRKRFT.

Pas le temps de traîner (ou de se payer un hot-dog hors de prix), Greg Gillis attaque déjà sur l’autre scène. Comme pour Dan Deacon, il y a du monde sur scène, mais ici seul Gillis, aka Girl Talk, fait quelque chose qui pourrait ressembler à une imposture puisque l’unique activité du monsieur semble être de s’agiter frénétiquement devant son MacBook. Peu importe, son mashup est tellement entrainant qu’on se laisse prendre au jeu. Le sourire béat du voisin indique généralement qu’il vient de reconnaître un sample. Gillis mélange sans retenue Jay-Z et Nirvana, Radiohead et Eurythmics… et ça marche. Ajoutez à la recette du lancer de rouleau de PQ et des ballons débiles et vous obtenez une jolie fête, à laquelle on regrette juste de ne pas avoir pu assister de plus près.

La soirée s’achève sur un dilemme : accompagner ses potes pour voir MGMT, dont la mauvaise réputation live n’est plus à faire, ou prendre discrètement la poudre d’escampette pour ne pas attendre des heures une place dans une navette. Merci donc à MGMT d’avoir résolu le problème avec une des plus stupides décisions live de l’année : "this is our last concert for some time, so we’re gonna play our album in the order". Parfait, donc après le cinquième titre, on peux partir. MGMT et ces trois hits (Time to Pretend, Electric Feel et Kids) ont connu un tel succès, qu’ils pourrait appuyer sur le bouton play que ça suffirait à rendre le public dingue. Le problème c’est que le groupe est amorphe, joue ses morceaux tels quels sans rien y insuffler, sans oublier que les déguisements psychés qui donnaient un petit cachet à "Oracular Spectacular" ont été rangés au placard. Sur scène, on voit juste deux types tout à fait normaux qui ont l’air totalement dépassé. Comme prévu, tout le monde décolle dès que les dernières notes de Kids ont fini de raisonner. On part prendre un peu de repos, car la journée de demain s’annonce encore plus chargée …

Chroniqueur
  • Publication 167 vues17 octobre 2009
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