"> Alt-J - Relaxer - Indiepoprock

Relaxer


Un album de sorti en chez .

Le nouvel album d'Alt-J pourrait, après quelques lectures, paraître désordonné. Il est pourtant le symbole d'une insolente réussite, quels que soient les chemins empruntés.

Signe d’un succès qui n’est plus à démontrer, l’effusion qu’a suscitée le retour d’Alt-J après la publication du single 3WW  n’avait, une fois encore, rien d’usurpé. La raison principale de cet éternel engouement tient en un seul et unique constat : Peu d’artistes, à l’époque de leur fracassant départ avec le cultissime « An Awesome Wave », avaient su bousculer les orthodoxies de la pop britannique avec autant de panache et d’inventivité, allants qui allaient être vite confirmés par un second album au magnétisme dévastateur et par-dessus tout irrésistible. La perfection n’existant pas, seules les prestations scéniques font office de talon d’Achille du groupe de Leeds, en dépit du champ des possibles expérimentaux que leur offre la scène. Un défaut de taille pour les puristes soucieux d’entendre les morceaux à l’identique, à degré moindre pour celles et ceux aspirant à vivre des sensations contraires à la répétitivité d’un album.

Si cette défaillance a tendu à être corrigée avec des titres issus du second opus, mieux armés pour le live « pur », le trio emmené par Joe Newman revient déjà fouler les planches avec du matériel sonore tout neuf, compilé en une troisième production baptisé « Relaxer ». Malgré un artwork a vite oublier, son contenu recèle huit titres pour trente-neuf minutes d’évasion, le plus expéditif jamais réalisé jusqu’ici. Néanmoins, contenter l’auditoire paraît de surcroît facilité lorsque les débats ne s’étendent pas, encore plus si l’aspect qualitatif parvient à être condensé sans accroc. Le troisième album du triangle magique s’inscrit clairement dans cette lignée, tranchant avec les treize pistes présentées sur chacun de ses prédécesseurs et, surtout, par l’inédite absence d’interludes qui avaient tendance à ébrécher le rythme d’écoute. De quoi se laisser porter par le fil débonnaire de l’édifice et d’apprécier, « track by track » , chaque pierre à sa juste dimension.

Sur le thème de l’amour éphémère et désacralisé, 3WW (Three Worn Words) ouvre tranquillement le bal avec sa symbiose de cordes sèches latinisées et percussions electro minimalistes, ses chœurs en soubresauts et son intervention divino-féminine signée Ellie Rowsell (Wolf Alice), rappelant au passage le sample de miss Cyrus sur l’un de morceaux phares du second opus. Ce même album revient en mémoire à la lecture d’In Cold Blood, piste suivante qui aurait parfaitement pu y figurer tant l’esprit imposé, construit autour d’un galop et de cuivres éloquents, ne diffère aucunement des singles édités il y a trois ans. Même si le titre est diablement efficace, craindre les mauvais augures d’un « This Is All Yours » bis paraîtrait justifiable.

Dès lors, ce sentiment de « déjà vu » s’estompe à vitesse éclair par la relecture du titre-référence des Animals, House Of The Rising Sun. Minimale, obscurcie et dépoussiérée de ses gênes rock, cette reprise, magnifique au possible, vient apporter le premier grand coup d’éclat à l’album. Forte est alors la probabilité que ce formidable apparat ait été placé avant la double tornade Hit Me Like That Snare/Deadcrush. Par sa dégaine décousue, ses ébriétés vocales, ses mots caressants (« Fuck You, I’ll Do All I Want To Do ») et japonisés (« Ichi, ni, san, go, roku, nana, hachi, kyu, jyuu »), le premier cité résonne sans conteste comme le titre le plus bigarré du catalogue d’Alt-J et donc, de l’album, dont il a le mérite de brillamment agiter le fluide, non sans une déconcertante surprise au préalable, vite effacée par la suite. Son suivant dresse d’indéniables références hip-hop, avec son flow suave mais affirmé ainsi que ses allusions asiates, écho dédoublé du titre précédemment évoqué, au détour du traitement vocal infligé en arrière-plan. Deux titres charnières déployés à hautes doses d’excellence, pour le peu qu’on y adhère.

Il va sans dire qu’un opus d’Alt-J n’irait sans ses composantes délicates et mélancoliques. Le dernier single officiel, Adeline, lance merveilleusement le triptyque de fin grâce au concours de grandiloquentes envolées et de chœurs harmonieux, et où l’aéronef à émotions s’envole pour ne plus toucher terre. En mode acoustique et en deux temps, Last Year apporte son complément de sérénité, dotée d’une fragilité gardée intacte et magnifiée dans son second verset par l’apport éthéré de la non moins délicieuse Marika Hackman. À terme, ne manquait qu’un dernier coup d’estocade qui clôturerait en beauté cet affable bazar : Pleader, inspiré d’un roman de 1939 signé Richard Llewelyn, portant en toute magnificence le sceau du travail parfaitement achevé. De son introduction de guitare aux allures de conte fantastique, ses lyrics mêlant nature et poésie, en passant par son bridge fantasmagorique et jusque dans ses ambles liturgiques d’une solennité à toute épreuve (le titre a été en partie enregistré dans une cathédrale), cette dernière corde à l’arc « Relaxer » est sans doute possible, celle qui s’écoutera au volume le plus élevé dans les écouteurs.

En définitive, il est à admettre qu’aucune direction ne se dégage clairement de ce nouvel album. Dans le cas contraire, cette carence que beaucoup déploreront et l’abandon qui pourrait en suivre résident aussi comme la marque indélébile de cet album, une nouvelle preuve que ces trois garçons-là sont d’un éclectisme phénoménal, qu’il soit référencé par la littérature, l’attrait pour différentes cultures ou encore les atmosphères, les couleurs et les styles musicaux sur lesquels l’inspiration se mue, une fois encore, en véritable démonstration de génie ou autre tour de force sans équivoque. Une grande et belle réussite, quoi que l’on puisse en penser…

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  • Publication 1 390 vues14 juin 2017
  • Tags Alt-JInfectious Music
  • Titres recommandés 3WW House of the Rising Sun Hit Me Like That Snare Deadcrush Adeline Pleader
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Tracklist

  1. 3WW
  2. In Cold Blood
  3. House of the Rising Sun
  4. Hit Me Like That Snare
  5. Deadcrush
  6. Adeline
  7. Last Year
  8. Pleader

La disco de Alt-J

90%

Relaxer