"> Colin Stetson / Sarah Neufeld - Never Were The Way She Was - Indiepoprock

Never Were The Way She Was


Un album de sorti en chez .

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Stetson le saxophoniste et Neufeld la violoniste, ou l'alliance idyllique entre exigence et virtuosité...

Ces deux-là se connaissent bien, parfaitement même. À force de s’accompagner l’un l’autre pour transposer leurs œuvres respectives sur les planches, Colin Stetson, déjà auteur de trois albums notables, et Sarah Neufeld, échappée en catimini de l’ouragan Arcade Fire, ont fait le pari de s’unir le temps d’un projet collaboratif orchestré entre les murs de la célèbre et non moins respectable maison de disques canadienne, Constellation Records.

Saxophone basse et violon en mains, le mariage entre ces deux tessitures instrumentales demeure, sur le papier, telle l’union improbable entre élégance et gravité, une sorte de confrontation épineuse entre la splendeur de l’ébène et la robustesse du cuivre. Avant même les premières écoutes, l’idée semblait irrésistible et singulièrement prometteuse, suspendue en contrepartie par le questionnement, fondé ou infondé, de la teneur proposée par ce ballet.

Il suffit pourtant d’y prêter une minutieuse attention pour déceler le réel intérêt de cette collaboration. Pour ce faire, le morceau introductif The Sun Roars Into View fait office de prélude ad hoc : Premières nappes à consonance drone s’effaçant par de délicieuses notes de violon tandis que, simultanément, la partie cuivre monte langoureusement en grade. Le tout se traduit en un somptueux assemblage, renforcé à l’étoffe d’un luxueux refrain et magnifié en dénouement par l’adjonction de chœurs angéliques. Voilà le décor planté.

 

 

Won’t Be A Thing To Become emboîte le pas sur un ton volontiers berceur. Le cuivre s’y fait tendrement monotone, superposé à la longue par les cordes frottées venant insuffler leurs caractéristiques de prédilection, à savoir, pureté et délicatesse. In The Vespers vient ensuite contrebalancer cette sensation d’atticisme sur fond de notes virevoltantes, directement atténuées par son successeur And Still They Move où, cette fois, l’affaire tient lieu d’une démonstration néo-classique pur jus avec le violon pour principal protagoniste.

Puis, le mystérieux With The Dark Hug Of Time débarque en guise de point de rupture. L’atmosphère y demeure lancinante, sombre et tendue, scellée par les assauts d’un tempo industriel recouvert de larsens délicieusement oppressant. La rupture est ensuite confirmée par la fantastique pièce The Rest Of Us, où la dissonance proposée au coeur même de la rythmique magnifie à elle seule le morceau, certainement le plus mélancolique comme le plus exigeant d’entre tous. Cuivres, chœurs et violons batifolent de nouveau à l’unisson, à l’image d’une chorégraphie où les mouvements se feraient brutaux mais voluptueux, un ballet dont la beauté sous ses traits les plus abrupts en serait l’éternelle et unique dispensation.

 

 

Le titre éponyme Never Were The Way She Was ne viendra que confirmer cette sensation d’élégance glaciale avec, toujours en toile de fond, l’incessante bataille sentimentale entre saxo et violon, la pesanteur contre la limpidité, réunis avec brio à la même table avant de converger vers un morceau de clôture aérien, au sens propre comme au sens figuré, Flight.

De là à affirmer que les deux artistes viennent de signer ici leur oeuvre majeure, seuls l’avenir et la continuité de leurs carrières respectives pourront réellement l’affirmer. En attendant, le rutilant et énigmatique « Never Were The Way She Was » est de ces collaborations qui éveillent les sens et demeure capable d’installer un auditoire dans l’émoi perpétuel, autant qu’il exige de lui sa propension à en apprécier la magnificence et ses innombrables variables…

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  • Colin Stetson

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La disco de Colin Stetson / Sarah Neufeld