"> Future Islands - Singles - Indiepoprock

Singles


Un album de sorti en chez .

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Avec quelques mois de recul, retour sur l'un des phénomènes de 2014 : comment le dernier album du trio Future Islands passe-t-il l'épreuve du temps ?

Partant du principe largement partagé qu’une critique tardive vaut toujours mieux que pas de critique du tout, il n’est pas inutile de se pencher, avec quelques mois de recul, sur l’un des grands vainqueurs des palmarès de l’année dernière : « Singles » de Future Islands. L’année 2014 a été faste pour le trio mené par Samuel Herring : sur la foi de l’immense Seasons (Waiting On You), le groupe a multiplié les apparitions médiatiques souvent très spectaculaires, enchaîné concerts et festivals pour soutenir cet album dont Seasons est le plus fier étendard. Cette activité considérable a été couronnée de succès et Future Islands a raflé nombre de distinctions, tant pour l’album proprement dit que pour quelques-uns de ses morceaux, ou encore pour des prestations scéniques au cours desquelles se distingue bien entendu Herring, étrange showman à la gestuelle inimitable.

Les mois qui passent sont cléments avec « Singles ». L’album, compact et concis, survit mieux que bien à l’accumulation des écoutes. Loin de lasser, il conserve son côté direct et addictif. Les chansons les plus « en retrait » initialement gagnent même à être réécoutées encore et encore. Les tubes, en particulier Doves, Light House ou le déjà cité Seasons (Waiting On You), conservent, eux, toute leur puissance.

La réussite est d’autant plus appréciable que les premiers contacts avec l’univers de Future Islands peuvent s’avérer, disons, déconcertants. Le son, assez distinctif, des Américains nécessite une période d’acclimatation : l’omniprésence des claviers renvoie à une imagerie très ancrée dans les années 80. Ces racines eighties, sensibles sur les titres les plus enlevés, sont également très présentes sur les morceaux plus lents, plus sombres, qui évoquent volontiers certains grands noms de la cold wave (Fall From Grace, A Song For Our Grandfathers). La production en revanche replace le disque dans son époque avec un son ample, généreux et équilibré, faisant la part belle au son rebondissant de la basse de William Cashion. La grande réussite de Future Islands est de parvenir à cultiver un équilibre instable entre une approche un rien caricaturale qui inciterait à l’ironie et une émotion très brute, qui abolit la distance entre l’auditeur et la musique et disqualifie le second degré.

Ce tour de force doit beaucoup au chant habité de Samuel Herring, drôle de crooner capable en quelques secondes d’évoquer les vocalises d’un Elton John psychotique puis de pousser des hurlements dignes d’un hurleur métal. Loin de toute convention, Herring grogne, jappe, glapit, crie avec une implication constante dans chaque chanson. Il apporte à Future Islands une singularité aussi désarmante qu’indispensable.

Avec « Singles », Herring et son groupe ont réussi un pari très risqué, celui de pratiquer une musique très référencée sans jamais tomber dans la gaudriole ou la caricature, impliquant au contraire réellement l’auditeur dans des morceaux d’une grande sincérité. Leur succès est plus que mérité et on espère maintenant que les saisons qui nous séparent d’un prochain album du Future Islands ne seront pas trop nombreuses.

Chroniqueur

Tracklist

  1. Seasons (Waiting On You)
  2. Spirit
  3. Sun in the Morning
  4. Doves
  5. Back in the Tall Grass
  6. A Song For Our Grandfathers
  7. Light House
  8. Like the Moon
  9. Fall From Grace
  10. A Dream of You and Me

La disco de Future Islands