"> Jessica Pratt - On Your Own Love Again - Indiepoprock

On Your Own Love Again


Un album de sorti en chez .

7

Second album attendu d'une voix atypique.

Le folk est un genre musical à la fois commode et ingrat. Commode car on n’attend pas de ses pratiquants qu’ils révolutionnent l’histoire de la musique mais plutôt qu’ils démontrent leur aptitude à séduire avec trois fois rien, une guitare et une voix, bien souvent. Mais c’est là le revers de la médaille car, plus qu’un autre, un disque de folk est un album qu’on peut écouter d’une oreille distraite, persuadé qu’en gros, l’ensemble est balisé. Le premier album de la Californienne Jessica Pratt, sorti il y a trois ans, n’a pas échappé à cette règle, en dépit de l’accueil plutôt favorable qu’il a reçu, au point que l’intéressée elle-même se disait quelque peu ennuyée qu’on la « catalogue » comme une artiste folk et rien d’autre. Toutefois, dans le même élan, elle avouait être touchée qu’on la compare à Joni Mitchell ou Joan Baez, qu’elle a toujours admiré, et que sa gêne venait essentiellement de sa crainte de n’être vue que comme une artiste unidimensionnelle.

Pourtant, force est de reconnaître que pour mettre en exergue ce qui fait la singularité de Jessica Pratt, on aura du mal à faire preuve d’originalité, car c’est sa voix qui attire immédiatement l’attention : une voix au timbre et aux intonations à mi-chemin entre la petite fille et la chanteuse d’âge mûr, soit un espace pas très défini qui intrigue et irrigue ses chansons bâties autour d’une guitare acoustique. Ensuite, avec « On Your Own Love Again », on en revient à notre problématique de départ : cet album est-il un bon disque de genre ou un opus somme toute anecdotique ? Back, Baby, le morceau lancé en « teaser » en fin d’année dernière, avait fait naître de belles promesses par son raffinement, sa mélodie et son chant qui le faisaient osciller entre douce lumière solaire et torpeur. Là, on est étonné de découvrir le titre relégué en fin d’album, surprise d’autant plus déconcertante que le reste du disque, d’ailleurs assez bref, se révèle assez monocorde et on ne sent pas chez Jessica Pratt de véritable volonté d’habiter très intensément ses compositions qui défilent les unes derrière les autres sans grand relief.

L’impression de départ, et même un peu plus, car il faudra un certain nombre d’écoutes pour mieux cerner la chose, finit par se nuancer, et c’est  Greycedes et son refrain charmeur qui nous prend dans ses filets. Moon Duo, qui lui succède dans un registre plus grave, nous donne un peu plus d’indications sur ce que cherche Jessica Pratt : sur ce morceau, on pourrait presque croire avoir affaire à Mazzy Star à sa grande époque, sans les arrangements dissonants. I’ve Got A Feeling, un pu plus loin, confirme que la chanteuse cherche à créer un climat quelque part entre musique contemplative et volontiers lumineuse et une approche parfois plus amère et désabusée. Dans ces moments-là, Jessica Pratt fascine et on n’hésitera pas à se faire écho de son refus de se laisser enfermer dans un carcan trop étroit. Mais elle n’atteint pas sa cible à chaque fois et Strange Melody ou Jacquelyn In The Backgroung, pourtant placés à des endroits stratégiques de la « tracklist », peinent à véritablement s’imprimer. A défaut de plébisciter l’album, on préférera donc s’arrêter sur la démarche et souligner son importance : aussi balisé qu’il soit, un genre musical reste vivant tant qu’un artiste y apporte sa sensibilité. Jessica Pratt ne le démontre qu’imparfaitement cette fois-ci, mais rien ne dit qu’elle n’atteindra pas son but avec éclat la prochaine fois.

Rédacteur en chef
  • Pas de concert en France ou Belgique pour le moment

Tracklist

  1. Wrong Hand
  2. Game That I Play
  3. Strange Melody
  4. Greycedes
  5. Moon Dude
  6. Jacquelyn in the Background
  7. I've Got A Feeling
  8. Back, Baby
  9. On Your Own Love Again

La disco de Jessica Pratt

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