Nouvel album pour le groupe mené par Dana Margolin, celui d'une certaine maturité.
Après « Every Bad » paru en 2020, qui avait servi de marche-pied à Porridge Radio qui était toutefois resté en partie muselé par le Covid qui avait empêché le groupe d’aller défendre son disque sur scène, « Waterslide, Diving Board… » édité en 2022, avait tout de la rampe de lancement définitive et Porridge Radio était bien décidé à ne pas rater le coche. L’album avait effectivement permis au groupe de voir sa notoriété monter d’un cran et de tourner un peu partout en Europe et au-delà. Revers de la médaille, à enchaîner les concerts des mois durant, Dana Margolin a fini en état d’épuisement total et a dû s’octroyer une période de repos forcé. Et comme les ennuis volent en esquadrille, au même moment, Dana Margolin a vu sa relation affective prendre fin.
Sur ce second point, toutefois, on ne peut s’empêcher de penser que le chaos de la vie affective de Dana Margolin est aussi le carburant de son oeuvre avec Porridge Radio, ce qui apporte forcément un regard différent. Le titre de ce nouvel album laisse même à pensr qu’à certains égards, Dana Margolin se délecte des turpitudes de sa vie et que le disque s’inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs. De notables changements sont pourtant ici de rigueur. Les textes de Dana Margolin, à la fibre véritablement poétique, sont plus que jamais au centre de l’écriture mais si le propos n’est pas léger, le ton, qui exprimait auparavant les doutes et les failles de son auteure, a changé. Et si le titre de l’album peut apparaître comme un apitoiement, il n’en est rien dans les paroles, Dana Margolin affirmant, en dépit de ses blessures, sa force et sa volonté de ne pas se laisser abattre, bien au contraire. « Wherever you are/you’ll be hit by a wave of me », chante-t-elle ainsi sur l’excellent God Of Everything Else. Et sur Sick Of The Blues, elle clâme I’m Sick Of The Blues/I’m In Love, comme pour affirmer que, déjà, elle a tourné la page et est décidée à passer à autre chose.
Mais l’inflexion est également musicale. Là où les morceaux de Porridge Radio étaient parfois en montagnes russes émotionnelles, pris de secousses telluriques au gré des états d’âme de Dana Margolin, cette fois, les structures se font plus serrées, plus tenues, moins chaotiques. Mais tout cela se fait dans une grande unité, la production se révélant très brute, très proche du live, ce qui révèle un groupe clairement plus soudé que jamais. Dans le même élan, Dana Margolin ne perd rien du potentiel bouleversant de sa voix mais se détourne des fêlures trop évidentes et maîtrise davantage ses modulations.
Si, dit comme ça, tout semble évoluer vers un mieux pour la musique de Porridge Radio, l’album se révèle pourtant moins évident et fédérateur que « Every Bad » ou « Waterslide… ». Le côté intense et épique de morceaux comme Sweet, Nephews sur « Every Bad », le lyrisme mélodique de Jealousy sur « Waterslide… » laisse ici la place à une démarche plus tendue, plus introspective qui prend son temps pour réellement nous accrocher. Mais passé la première écoute, plus on revient à « Clouds In The Sky… », plus le disque s’avère poignant, attachant et réussi. A Hole In The Ground, God Of Eveything Else font mouche, Wednesday est une vraie ballade vénéneuse qui ne vous lâche plus. Et au final cet album est une nouvelle étape dans la carrière d’un groupe de plus en plus indispensable, qui brille en outre par une sincérité totale.
- Publication 1 287 vues22 octobre 2024
- Tags Porridge RadioSecretly Canadian
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Tracklist
- Anybody
- A Hole In The Ground
- Lavender, Raspberries
- God Of Everything Else
- Sleeptalker
- You Will Come Home
- Wednesday
- In A Dream I’m A Painting
- I Got Lost
- Pieces Of Heaven
- Sick Of The Blues







