"> Porridge Radio - Every Bad - Indiepoprock

Every Bad


Un album de sorti en chez .

9

Second album de Dana Margolin et de ses comparses et retour en grâce d'une pop foutraque décomplexée.

Porridge Radio aurait-il attiré les regards et les oreilles il y a quelques années ? Possible, mais il y a fort à parier que Dana Margolin et ses potes de Brighton auraient été vus comme un sympathique anachronisme. Mais comme les guitares et les climats radicaux sont de nouveau tendance, un album, paru en 2016, et quelques fulgurances live auront suffi à Secretly Canadian pour signer la bande, accueillie les bras ouverts par la critique à peine ce « Every Bad » paru. Pourtant, ne vous trompez pas, loin de nous l’idée de déplorer que cet album soit reçu avec autant de bienveillance et de renvoyer Porridge Radio au statut de hype éphémère. Mais un minimum de lucidité ne nuit pas et n’empêche en rien de savourer « Every Bad ».

Commençons par les bases : Dana Margolin est une grande gueule, dans le meilleur sens du terme, en tant que chanteuse comme dans son propos. Sa voix part dans tous les sens, son accent est à couper au couteau, elle chante sans frein, à gorge déployée, et cette liberté, si elle n’apporte rien de neuf, n’en est pas moins hyper stimulante et libératrice (plus encore en temps de confinement, élément de contexte à prendre en compte également dans l’appréciation du disque). Les paroles de Dana Margolin sont faites de formules simples, laconiques, contradictoires parfois, sans qu’on sache si elle est sincère ou si elle manie l’ironie à l’envi, où se mêlent états d’âme, tentatives désespérées de briser l’ennui, les malaises existentiels, épiphanies de bonheur, bref, encore une fois, la vie dans tout ce qu’elle offre au quotidien tant qu’on peut vivre normalement, du moins…

Derrière, en revanche, Porridge Radio prend de l’ampleur et de l’épaisseur et là, la troupe ne peut plus du tout être renvoyée à un effet de mode. Car si tout respire la spontanéité dans leur son, ce qui est d’ailleurs une qualité première de l’album, « Every Bad » est cependant tout sauf un manifeste punk lo-fi vite expédié et sympathique pour sa fraîcheur. Si les premières mesures de Born Confused ne vous en convainquent pas, ne montrez pas d’impatience, laissez le disque se dérouler et on en reparle après Pop Song, judicieusement installé au coeur de l’album. Avant d’en arriver là, Porridge Radio a donc réussi une entrée tonitruante, puis envoie une salve radicale avec les riffs ravageurs de Sweet, a mis du groove et du souffle dans ses accords sur Don’t Ask Me Twice et signé un bijou de pop à la fois vintage et dansante avec Long et sa structure confondante d’évidence, qui enfle, enfle sous les déclamations répétitives de Dana Margolin et les coups d’une batterie virevoltante. Et quand les synthés remplacent les guitares sur Pop Song, que le rythme se fait plus langoureux et la mélodie lumineuse, Porridge Radio devient un grand groupe capable de moduler ses ambiances, son instrumentation, Dana Margolin une chanteuse immense et une songwriter de premier ordre.

Sur la seconde moitié de l’album, Porridge Radio, comme sûrs de leur force, continuent d’enchaîner les numéros, en mode pop cool sur Give/Take, ballade déliée avec guitares grondantes tapies dans l’ombre sur Lilac, en mode planant décalé sur Circling avec synthés vintage et chant vrillé qui fait merveille. A l’arrivée, Porridge Radio livre avec « Every Bad » un véritable chef d’oeuvre de pop hardcore, ou l’inverse, et Dana Margolin devient une nouvelle icône et l’objet transitionnel par excellence de notre liberté temporairement restreinte. Et on ne la délaissera pas après.

Rédacteur en chef

Tracklist

  1. Born Confused
  2. Sweet
  3. Don't Ask Me Twice
  4. Long
  5. Nephews
  6. Pop Song
  7. Give/Take
  8. Lilac
  9. Circling
  10. (Something)
  11. Homecoming Song

La disco de Porridge Radio