Protomartyr sort un septième album singulier et ambitieux.
Quand on parle d’un groupe de post-punk, on rechigne souvent à utiliser le terme de maturité pour définir où ils en sont dans leur parcours, de crainte de laisser penser que la spontanéité intrinsèque à ce style est émoussée. Les Américains de Protomartyr ont néanmoins depuis longtemps atteint ce stade en préservant leur puissance de feu et en la mettant au service de compositions plus complexes que de simples sprints rageurs et concis. Avec « Formal Growth In The Desert », leur précédent album, ils avaient en outre ébauché une inflexion dans leurs dynamiques avec des morceaux qui s’affranchisaient encore davantage des schémas traditionnels pour naviguer en montagnes russes au gré des humeurs incarnées avec brio par leur leader Joe Casey. Avec « Hotel Usona », non seulement ils confirment cette nouvelle voie, mais ils l’approfondissent en affichant une ambition finalement assez rare dans le milieu du post-punk.
Si parler d’album-concept serait un peu fort, celui-ci est néanmoins tout entier bâti autour d’une idée centrale qui relie tous les morceaux entre eux, qui serait la visite d’un hôtel décrépi qui vit ses dernières heures et les témoignages mélancoliques de ses derniers occupants, comme métaphore de ce que deviennent les Etats-Unis. Une idée en soi ambitieuse qui trouve son incarnation autour d’un Joe Casey plus que jamais maître de cérémonie et qui, tout au long de l’album, via sa voix grave et profonde, est un magnifique narrateur, tour à tour grave, mélancolique, colérique ou juste distancié. Dans la palette sonore du groupe, on notera aussi l’ajout, là encore pas évident au départ mais parfaitement pertinent et intégré d’une trompette, qui de The Old Hotel à Checking Out, qui ouvrent et referment l’album, offre une touche dramatique et quasi-cinématographique à l’ensemble. Parallèlement, encore une fois, Protomartyr ne renie rien de son ADN tout en redistribuant les cartes. La batterie est souvent belliqueuse ou affolée, d’une justesse diabolique, les guitares sont parfois plus en retrait mais en aucun cas au rebut et peuvent surgir sans crier gare en des saillies pleines de fiel et d’urgence, sur Sounds We Cannot Hear, le plus frontal Feed The Sewer.
En point d’orgue, « Hotel Usona » impressionne par ses compositions atypiques, libérées de tous les carcans, sans cesse mouvantes, qui ne craignent pas de sonner parfois presque expérimentales, et toujours d’une pertinence indéniable, avec comme sommets la magnifique ouverture que constitue The Old Hotel, l’atmosphérique et inquiétant Lavender – Gospel, le dramatique et déchirant Third Country. On tient bien sûr avec « Hotel Usona » un album majeur de cette année, mais plus encore, par sa forme et son propos, un disque qui pourrait s’avérer comme un des meilleurs témoignages d’une époque.
- Publication 517 vues1 octobre 2026
- Tags ProtomartyrDomino
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Protomartyr sur la route
Tracklist
- The Old Hotel
- Sounds We Cannot Hear
- Converts
- Exalted Eagles
- The Knife Dream
- Feed the Sewer
- Lavender – Gospel
- Third Country
- Checking Out












